‹ La sculpture antiqueChapitre 41 sur 163 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

sabad — là massue courbe qui sera l'Instrument du meurtre, le globe ailé, mieux encore les formes courtes et trapues, le style lourd du bas-relief, nous ramènent aux bords de l'Euphrate. Rien ici de particulier à la Phénicie, si ce n'est le disque et le croissant placés audessus du casque, ce que M. Perrot nomme le blason du peuple phénicien.

Il est inutile de multiplier les exemples; nous n'aurions encore qu'à faire le départ entre ces éléments de même ordre; nulle histoire ne peut être écrite plus vite que celle delà sculpture phénicienne.

Mais il ne faut pas oublier que la Phénicie n'est pas tout entière sur la côte syrienne, et peut-être penserait-on que les colonies ont été mieux douées que la métropole; qu'il s'est formé au loin, sur les rivages plus occidentaux, une sculpture moins esclave de l'Egypte et de l'Assyrie, ayant un style personnel; loin de leur pays d'origine, perdus au milieu de peuples barbares, rarement en contact avec les voisins civilisés de la mère patrie, peut-être les Phéniciens de Carthage, de Malte, de Sicile, d'Hibérie, ont-ils trouvé dans leur isolement relatif et le besoin de se suffire à eux-mêmes un stimulant à se créer un art propre et indépendant. Il n'en est rien.

Le sol de l'Espagne n'a rien livré des secrets phéniciens qu'il renferme; mais l'Afrique et la Sardaigne ont parlé. A Carthage, à l'exception de stèles funéraires ou d'ex-voto trouvés en très grand nombre, et sur lesquels nous reviendrons, la sculpture n'est représentée que par les figurines de terre cuite ou émaillée, et ces menus produits de l'industrie plutôt que de l'art phé-

nicien sont en dehors de notre sujet. Les petits bronzes sardes, au contraire, qu'on a découverts mêlés à de nombreuses terres cuites, méritent au moins d'être signalés. Mais il n'est pas bien prouvé que ces petits guerriers ou chasseurs, allongés, étirés, contournés en dépit de toute nature et de toute anatomie, couverts de vêtements bizarres, coiffés de casques cornus ou de bérets minuscules, armés d'arcs et de flèches, de massues ou de haches grossières, que ces idoles singulières, à quatre bras, à trois yeux, soient vraiment des œuvres phéniciennes. Nous penserions plutôt à des productions indigènes, malgré quelques vagues ressemblances de style et de technique qui peuvent les rapprocher de certains bronzes trouvés en Phénicie.

Malte, la Sicile, ne sont pas mieux favorisées que Carthage ou la Sardaigne. Mais l'île de Cypre tient une place à part dans l'histoire artistique aussi bien que politique de la Phénicie. C'est vers le xxe siècle, croit-on, que la Syrie maritime fut occupée par les Phéniciens originaires des bords du golfe Persique. Étouffés bientôt sur leur étroit territoire, Cypre voisine, dont les sommets brunissent par un ciel clair à l'extrême horizon d'Arad ou de Beryte, reçut la première le trop-plein de leurs villes, et jusqu'au xe siècle, quand vinrent aborder d'autres commerçants aventureux, les Hellènes, l'île fertile et riche, découpée de ports abrités, resta le domaine exclusif et privilégié de ses pacifiques envahisseurs.

Sans doute la bonté du climat, la douceur d'une vie facile, la paresse ou du moins le ralentissement d'ac-

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