‹ La sculpture antiqueChapitre 43 sur 163 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

d'ailleurs, n'a pas ici le même caractère qu'en Assyrie ; il est moins dur et moins ressenti ; les muscles ne sont pas rendus avec la même vigueur; le détail de l'ajustement n'est pas poussé aussi loin. L'indépendance de l'artiste se marque à certains traits qui s'éloignent de l'usage assyrien ; ainsi la chevelure demi-longue s'aplatit derrière la nuque, et quelquefois elle est tout entière cachée devant sous le bonnet. La barbe est souvent réduite à une masse très simple, divisée en éventail ; les boucles ne sont indiquées qu'à l'extrémité inférieure par trois ou quatre bourrelets tordus en hélice. La lèvre supérieure, qu'ombrage, en Assyrie, une épaisse moustache à bouts détachés et relevés, est ici toujours nue (M. Perrot). » Il suit de là une conclusion toute naturelle, c'est que l'influence de la sculpture assyrienne sur la cypriote s'est produite à distance, et par un art intermédiaire, l'art phénicien. Les Cypriotes n'ont eu sous les yeux que des pastiches des grands bas-reliefs ninivites ou babyloniens, pastiches fabriqués dans leur mère patrie, ou des figurines et des statuettes de pure origine assyrienne; mais ces petites productions sont toujours, dans la vallée du Tigre et de l'Euphrate, bien moins finement modelées et moins poussées dans le détail que les grandes œuvres décoratives.

Voici maintenant une statue trouvée dans les mêmes fouilles d'Athiénau (fi g. 39). N'était le calcaire, qui ne peut se confondre avec le calcaire égyptien, à première vue elle semble égyptienne. L'attitude du corps droit, de la tête relevée et fixe, des bras tombants et des poings fermés, nous est bien connue; les cheveux s'évasant derrière les oreilles et pressés sur l'occiput dans une étoffe

donnent l'idée du klaft; le pagne qui tombe de la hanche à mi-cuisse est très semblable à la schenti, et les deux urœus adossés qui le décorent sont de purs emblèmes égyptiens. Notons pourtant que le torse n'est pas nu, comme il est de rigueur en Egypte; il est couvert d'une souple chemise à manches courtes, qui, du reste, est si mince et si collante qu'elle donne l'illusion de la chair. Notons aussi les deux bracelets, qui n'ornent jamais les statues égyptiennes. Les emprunts faits à l'art d'Egypte semblent, d'après cet exemple et tant d'autres que nous pourrions citer, plus directs que les emprunts faits à l'Assyrie, comme les rapports des Cypriotes et des Egyptiens, qui, tout voisins, n'avaient pas besoin d'intermédiaires. Toutefois, même celte imitation très franche n'est pas un esclavage; les poses, les habits, les ornements, venant d'Egypte, ont subi en route des modifications plus ou moins importantes qui affirment quelque indépendance chez les artistes insulaires. Le style aussi de ces œuvres égyptisantes a quelque chose de rond et d'un peu mou, voire de lâché, qui est comme une signature, et le type même des seigneurs et des citoyens cypriotes les distingue nettement des pharaons et des fellahs.

Comme on devait s'y attendre, nombre de statues se rapportent par certains détails à l'Assyrie, par certains

Fi g. 39-

Statue cypriote de style

égyptien.

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