LIVRE PREMIER
autres à l'Egypte, participant ainsi de deux natures. Dans la statue que représente la figure 40, image de quelque prince cypriote (trouvée à Athiénau, actuellement au Musée de New- York) , le style égyptien domine, et de beaucoup, comme le prouvent l'attitude générale du corps, la nudité du buste, les larges colliers étages sur la poitrine, la schenti décorée de deux nrœus, et aussi le style des épaules carrées, de la taille et des membres légèrement élancés; mais la coiffure, qui ressemble un peu au pschent (on aperçoit peut-être, juste au-dessus du front, les restes d'un nrœus) , rappelle surtout le bonnet conique que nous avons décrit tout à l'heure, et la chevelure et la barbe, régulièrement frisées à petites boucles, sont une
mode étrangère à l'Egypte, presque de rigueur chez les monarques assyriens.
Reste un grand nombre de monuments de la sculpture phénicienne, dont nous avons à dessein omis de parler jusqu'à présent; ils forment une série bien distincte et pleine d'intérêt, car ils sont nés d'une imitation non plus assyrienne ou égyptienne, mais grecque. A priori, l'on serait tenté de croire que maintes et maintes statues cypriotes, ornements du Musée du Louvre ou du Musée de New- York, où se dessinent
Fig. ^o.
Statue cypriote de style
composite.
ÇO
avec netteté les caractères des œuvres grecques archaïques tels que nous les noterons au livre suivant, sont antérieures aux premières manifestations de cet archaïsme. De là, naturellement, cette pensée que les sculpteurs primitifs de la Grèce se sont inspirés des sculpteurs cypriotes, qu'ils sont allés chercher auprès d'eux des motifs et des formes plastiques. Mais ce système séduisant ne peut plus avoir de partisans. Un des plus grands mérites d'un délicat archéologue français, M. Heuzey, sera d'avoir démontré jusqu'à l'évidence que, loin d'avoir inspiré les Grecs, les Cypriotes leur doivent autant et plus encore qu'aux Egyptiens ou aux Assyriens.
Les Grecs furent en contact avec les Cypriotes, nous l'avons dit, dès le xe siècle ; s'ils doivent quelque chose à leurs voisins, — auxquels du reste ceux qui se fixèrent dans l'île ne tardèrent pas à se mêler, — c'est la connaissance lointaine de l'art oriental, connaissance dont ils firent, nous le verrons, leur profit. Mais des deux peuples mis en présence, c'était certainement le Phénicien qui devait, en art, imiter l'autre ; car les Phéniciens n'ont pas eu le génie créateur qui mit si vite les Hellènes hors de pair.
Les plus connues des statues cypriotes, celles de style hellénique, n'auraient donc pour nous qu'un intérêt du genre des statues de style égyptien ou assyrien, si tout ce qui touche à l'art grec ne prenait par cela seul une rare valeur et une importance de premier ordre. A ce titre, nous voudrions multiplet- les exemples; mais, obligé de nous restreindre, nous nous contenterons de mettre sous les yeux du lecteur la statue ce-