LIVRE PREMIER
nationale, la stèle figurée ici (fig. 42) est grecque par sa forme, puisqu'elle est surmontée d'un fronton flanqué d'acrotères et souligné d'un rang d'oves en corniche; mais les personnages dessinés dans le fronton ne s'expliquent que par la religion phénicienne, non plus que le croissant et le globe, que nous avons déjà vus ailleurs.
Ainsi, pour tout résumer , l'esprit des Phéniciens ne s'est pas démenti
un instant pendant vingt siècles; ils n'ont pas brigué la gloire artistique et n'ont pas cherché à créer; leur sculpture, en particulier, est depuis l'origine restée tributaire d'abord de l'Orient africain et asiatique, puis de la Grèce. C'est ce qui fait la froide monotonie des œuvres cypriotes par exemple, ou des stèles puniques ; on ne sent, lorsqu'on parcourt les galeries du Louvre ou de New-York, aucun effort dans la recherche du progrès ; les statues se succèdent sans rien nous apprendre de nouveau sur la valeur imaginative ou technique des artistes qui les ont sculptées; ni les types, ni les formes, ni le style ne varient dans le groupe hellénisant, non plus que dans les groupes qui se rattachent à l'Assyrie ou à l'Egypte. Le rôle des Phé-
Fig. 42. — Stèle carthaginoise.
9i LA SCULPTURE ANTIQUE.
niciens était de servir d'intermédiaires entre l'Orient et l'Occident, d'être des courtiers de beaux-arts aussi bien que de commerce; ils y sont restés fidèles. Mais si on ne leur doit que peu d'éloges, il faut leur avoir beaucoup de reconnaissance; la civilisation s'est répandue au loin, grâce à eux; ils ont propagé l'industrie où ils étaient passés maîtres, qu'ils ont développée même, se montrant au moins en cela inventeurs; ils ont enfin doté le monde de l'écriture alphabétique: si quelque peuple devait s'illustrer par une telle découverte, qui rendit si faciles les relations de ville à ville et de pays à pays, c'était bien aux Phéniciens qu'en devait revenir la gloire.
Par mer, les Phéniciens commerçaient avec l'Egypte, les Cyclades, la Grèce et tout l'Occident; par terre, à travers les gorges du Liban, avec les vallées de l'Euphrate et du Tigre; mais entre la côte de Syrie et ces pays lointains se trouvaient établis des peuples qui tinrent une place importante en Orient, nous voulons dire les Juifs et les Hétéens; leurs mœurs et leur histoire sont de jour en jour mieux connues; il convient de leur faire ici leur part.
Les Juifs, qui occupaient, à l'est du Liban, la Syrie méridionale et centrale, semblent avoir, par instinct autant que par religion, négligé la sculpture. Historiens habiles, poètes admirables, comme en font foi les Livres saints, architectes et décorateurs à qui ne manquaient ni le goût du beau ni celui du grandiose si l'on en juge par les splendeurs du temple de Jérusalem, ils ne prirent, en fait de sculpture, aucune des leçons qu'auraient pu leur donner leurs voisins d'Egypte, d'Assyrie