LIVRE PREMIER
sont sculptées en relief, et non en creux, et sans précision de contours; la présence d'hiéroglyphes de ce genre, aisément reconnaissables, est un premier trait commun qui sert à distinguer et à grouper les œuvres de la sculpture hétéenne. L'inscription fut retrouvée en 1870, avec plusieurs autres que M. Wright parvint à faire transporter à Constantinople. En 1874 et 1875, M. Skene, consul anglais à Alep, retrouva les ruines déjà signalées de Kalaat-Djerablus, et des fouilles heureuses permirent à son successeur, M. Henderson, de retrouver les premières sculptures hétéennes, et d'en transporter quelques-unes au Musée Britannique. Djerablus est sans doute l'ancienne Gargamich. Les découvertes se sont multipliées à Marach, sur l'Oronte, à Saktchégheuksou, à Sindjirli, à Roum-Kalé, Biredjik (villages entre l'Amanus et le Kurddagh), et l'on peut aisément fixer les caractères de la sculpture hétéenne.
Ce qui frappe avant tout , c'est l'imitation assyrienne. Elle est particulièrement directe dans un basrelief qui couvre trois dalles de basalte, découvert à Saktchégheuksou. C'est une chasse au lion : l'animal ouvre la gueule et lève une patte pour se défendre contre un homme, debout devant lui, qui lui a planté un épieu dans la tête; par derrière, un autre chasseur lui a déjà enfoncé une lance dans le flanc et brandit une hache de la main droite; derrière ce groupe on voit un char attelé de deux chevaux et monté par deux hommes, un cocher et un archer qui lance une flèche. Les plaques sont bordées en haut et en bas d'une corniche sculptée; le champ, au-dessus du lion, est décoré
SCULPT. ANTIQUE.
de quatre rosaces, au-dessus du char, d'un globe ailé. Ce globe est un symbole simplement emprunté à l'Assyrie; le bonnet pointu du premier chasseur, les longs vêtements, les longues barbes frisées que portent trois personnages sur quatre, l'aspect du lion, l'ornement en tresse des bordures, le sujet même de la scène, si fréquent dans la vallée de l'Euphrate, enfin le style lourd et ramassé de la sculpture, rappellent directement l'Assyrie; mais la lourdeur est exagérée, les formes sont plus vagues, le détail anatomique est plus accentué, et de plus les cottes de mailles, dont sont armés les chevaux et trois des chasseurs, la tunique courte du quatrième, la tête frisée, mais imberbe, de ce dernier, sont des détails originaux qu'il faut mettre au compte de l'artiste hétéen.
Du reste, ces artistes, tout barbares qu'ils sont, — ce bas-relief est certainement le moins grossier de tous, — savent au besoin se dégager de l'influence de leurs voisins. Une stèle votive de basalte (provenant de Marach) nous montre deux femmes assises l'une en face de l'autre sur des escabeaux, de chaque côté d'une table couverte de vaisselle; elles se présentent mutuellement des objets, fruits ou ustensiles, qu'elles élèvent dans leurs mains; elles sont coiffées l'une et l'autre d'une haute tiare d'où semble pendre un grand voile bordé de stries transversales et qui les enveloppe jusqu'aux chevilles; les pieds sont chaussés de brodequins à pointe recourbée; ce soulier caractéristique — porté de nos jours encore en Syrie et en Asie Mineure — se retrouve sur la plupart des bas-reliefs hétéens. Le sujet, qui rappelle quelques stèles grecques, n'a pas d'analogue dans la sculpture