LIVRE PREMIER
gauche il n'y a que des hommes; quelques-uns sont barbus, quelques-uns portent un même costume, le bonnet conique que nous avons déjà rencontré dans les monuments de la Syrie septentrionale et la tunique courte qui s'arrête au-dessus du genou. »
Nous ne pouvons ici donner qu'un exemple des basreliefs d'Iasili-Kaia (fig. 43). Ce sont des divinités, figures principales de la grande enceinte; on voit sur la tête de deux d'entre elles la tiare haute et ronde, sur celle d'une troisième le bonnet conique; les robeslongues ou les tuni-
ques courtes, les souliers à la poulaine, nous sont déjà connus, et nous retrouvons le même style lourd et sans précision, avec lequel se familiarisera vite quiconque étudiera une série de monuments hétéens ; le type des personnages n'a pas varié non plus; le profil est le même que nous avons décrit. Quant à l'attitude des dieux, debout sur des épaules d'hommes, sur des échines de lions ou des ailes d'oiseaux, elle est fréquente — ■ mais nous ne pouvions tout signaler — sur des bas-reliefs hétéens de Syrie.
Les bas-reliefs tfEniuk, dont Hamilton découvrit, près de Boghaz-Keui, les ruines mieux explorées ensuite par M. Perrot, n'apprennent de nouveau que quelques détails; la sculpture hétéenne n'est pas très riche en fait
Tij. +3. — Bas-relief d'Iasili-Kaia.
de formes et de typ^s variés; notons seulement deux sphinx à coiffure hatonque, qui témoignent de réminiscences égyptiennes. L'art paraît, du reste, dans cette ville encore plus enfantin ; les bas-reliefs sont d'une lourdeur et d'une mollesse qui sentent la décadence, si un art qui jamais n'entrevit, même de loin, la perfection, pas même la correction, qui ne sut pas ce que c'est que le progrès, a pu avoir une décadence.
En Phrygie, les traces des Hétéens sont plus clairsemées ; les plus célèbres bas-reliefs sont ceux de Ghiaour- Kalési, au sud-ouest d'Ancyre, deux guerriers sculptés sur le roc, que leur bonnet pointu, leur tunique courte, leurs souliers recourbés, désignent clairement pour des chefs hétéens. En Lycaonie, le monument d'Éflatoun, près du lac de Bey-cheïr, est bien d'origine hétéenne ; mais le relief — nous avons pu le constater par nousmême — est si rongé qu'on se mettra difficilement d'accord sur le sexe, la forme, le costume et le rôle des personnages. Le bas-relief d'Ibriz, près de Tyane, est plus net. C'est bien une œuvre hétéenne : un prince en adoration devant un dieu, sorte de Bacchus oriental, personnifiant la fécondité terrestre, si l'on en juge par les grappes de raisin et la gerbe d'épis qu'il porte. A défaut des hiéroglyphes, qui ne laissent aucun doute, les brodequins à bouts retroussés des deux personnages, le bonnet pointu du dieu, diraient assez à quel art il faut rapporter ce curieux monument. Seulement ici l'influence assyrienne se fait sentir de plus près dans la ; surcharge des broderies qui décorent la robe du plus petit personnage.
Nous pourrions suivre les Hétéens à travers l'Asie