LIVRE PREMIER. ioj
Mineure, en Phrygie, où sans doute ils ont précédé les Phrygiens — ce peuple encore trop peu connu, dont l'art attend encore son historien, — en Lydie, jusqu'aux portes de Smyrne. Mais l'étude des monuments dispersés dans ces régions ne nous apprendrait rien de nouveau. Il nous suffira d'insister, pour conclure, sur ce point, que si les Phéniciens ont, à travers les Cyclades, porté chez les Grecs la connaissance des arts de l'Egypte et de l'Assyrie, il se pourrait bien que les Hétéens eussent, à travers l'Asie Antérieure, servi de trait d'union entre la Mésopotamie et la Grèce. Les Hellènes, portant de bonne heure à l'Asie leur civilisation naissante, ont vu et apprécié les monuments hétéens avant qu'aucun de leurs artistes ait vu et apprécié une œuvre assyrienne originale; n'est-il pas admissible que l'art hétéen, si barbare qu'il soit, et si dégénéré de l'assyrien, ait fait sur leur esprit une impression égale, sinon supérieure, à celle des pastiches phéniciens ?
Si les Grecs avaient connu la sculpture hétéenne alors qu'il y avait encore des Hétéens en Asie, on trouverait dans les monuments de ce peuple quelque chose de l'esprit hellénique; leur art se serait sinon transformé, du moins modifié à leur contact, car aucun peuple n'a pu échapper à l'influence de leur génie créateur. Cypre nous en a fourni un exemple; la Médie et la Perse, que nous n'avons garde d'oublier dans cette revue de la sculpture orientale, en sont un autre exemple non moins mémorable.
La première mention des Mèdes est faite dans une inscription assyrienne du ixe siècle; mais l'empire mède n'aurait été fondé que vers 708 par le roi Déjocès, qui
eut pour capitale Ecbatane; le grand rôle historique de la Médie ne commença même que vers 632, avec le roi Kyaxarès. On connaît l'histoire de ce grand monarque qui de concert avec Nabopolassar, roi de Babylone, ruina Ninive et partagea avec son allié les dépouilles de l'Assyrie. Il n'est donc pas étonnant que les plus anciennes sculptures des Mèdes et des Perses, ces voisins immédiats à l'Est, ces sujets, ces rivaux, puis ces maîtres de l'Assyrie, soient directement inspirées des sculptures assyriennes. A Pagasardée, à Persépolis, de nombreux bas-reliefs sont de pur style assyrien ; les sujets, les emblèmes, les vêtements, les conventions, sont empruntés à la Mésopotamie; mais on sent néanmoins une main plus légère, plus rapide, qui s'arrête moins à marquer les détails de l'anatomie ou les précisions des broderies; en un mot, un art qui tend vers la simplicité, qualité bien rare et peu naturelle, à ce qu'il semble, au génie oriental dans l'antiquité.
Aussi ne sommes-nous pas étonné que lorsque la . Médie et la Perse furent réunies sous la main de Cyrus, lorsque ce grand roi eut conquis toute l'Asie Mineure, et forcé même les villes grecques de la côte, de 554 à 539; lorsque sous Cambyse et Darius les rapports pacifiques ou belliqueux des Grecs et des Perses se furent multipliés, à une époque où déjà l'art grec était en plein développement, la sculpture perse ait, comme la cypriote, cherché des inspirations dans l'archaïsme grec. Les récentes découvertes de M. et Mme Dieulafoy à Suse sont la confirmation évidente de ce fait, que déjà quelques bas-reliefs de Persépolis, aux draperies élégamment simples, plissées avec symétrie à la mode