LIVRE DEUXIEME
des temples d'un nombre incalculable de figures vraiment bien dessinées, et qui, malgré des défauts voulus et des formes de convention, sont vivantes et naturelles, les figures ici ne sont que mal ébauchées; les hommes n'ont pas d'apparence humaine, les chevaux,
Fig. 46. — Stèle funéraire de Mycènes.
attelés à des chars rudimentaires, n'ont pas forme chevaline; ces pierres sépulcrales, qui recouvraient des trésors, sont de la plus puérile naïveté, et rien encore dans ces essais maladroits ne fait prévoir ce que deviendra plus tard la sculpture grecque. Certes, les chefs mycéniens dont le docteur Schliemann a retrouvé les tombes aimaient et, sans doute, comprenaient les arts de l'Orient que leur faisaient connaître les marchands phéniciens; mais les artistes mycéniens étaient incapables de rien faire encore qui rappelât, même de fort loin, la souplesse et l'imagination orientales. A l'époque où l'on doit faire remonter les collections de Mycènes, on ne peut pas dire vraiment que les Grecs aient subi
ijo LA SCULPTURE ANTIQUE.
l'influence de l'Orient; il y a juxtaposition de Part étranger et de Part local (si le mot art peut être déjà employé), mais il n'y a pas autre chose; la plastique orientale était trop développée, la plastique grecque trop primitive pour que la première ait pu modifier en quelque façon la seconde. Mettez un écolier en face d'un tableau de Raphaël ou de Titien : le modèle sera trop parfait pour que la contemplation en puisse conduire le peintre novice à faire le moindre progrès.
Là est peut-être la solution d'un problème maintes fois posé et jamais résolu, celui des influences qu'a subies l'art grec. Les Grecs primitifs se sont trouvés en contact avec des peuples trop civilisés pour qu'ils aient pu immédiatement leur emprunter quelque chose; l'imitation directe des œuvres orientales par les artistes de la Grèce était trop difficile pour qu'ils aient songé à s'y livrer aussitôt qu'ils les ont connues. Et, de plus, il y avait entre les Grecs et ces étrangers trop peu d'affinité de nature, les races étaient trop dissemblables, la civilisation naissante des Grecs prenait une direction trop divergente de celle des civilisations orientales pour que l'art des premiers se fît l'humble disciple de l'art des seconds. Cela ne veut pas dire cependant que les Grecs n'aient rien dû à leurs prédécesseurs ; mais c'est une question de mesure. Quelques critiques prétendent que l'art grec tient étroitement à l'art égyptien, à l'art assyrien, à l'art d'Orient, en un mot; d'autres veulent qu'il soit, comme les Grecs le disaient d'euxmêmes, autochtone, c'est-à-dire né spontanément sur ' le sol hellénique, du génie seul de la race, la plus merveilleusement douée du sens de la beauté formelle.