LIVRE DEUXIEME
Pour nous, notre opinion est moyenne; nous demandons qu'on accepte une sorte de compromis : il nous est en effet facile d'admettre que l'art oriental, étant placé, dans la Grèce, en contact avec un art national tout à fait rudimentaire, mais ayant pourtant ses caractères propres, a donné quelque chose de lui-même à ces éléments, leur a imprimé une certaine direction, sans pour cela détruire en eux les germes d'originalité, qui se sont développés malgré la contrainte venue de l'extérieur. S'il y avait eu absorption complète, il n'y aurait pas eu d'art grec, mais seulement une section européenne de l'art oriental; mais nous pensons que, tandis que certains peuples et certains artistes se laissaient séduire par l'art oriental et faisaient passer dans leurs oeuvres, qui des éléments pris à l'Egypte, qui des éléments pris à la Chaldée, à l'Assyrie ou à l'Asie Mineure, la majorité des artistes, particulièrement de la Grèce européenne, développaient leur art et faisaient des progrès surtout dans le sens où les entraînaient leurs tendances particulières d'Hellènes.
Nous avons donc à étudier tout d'abord deux séries d'œuvres parallèles qui ne nous semblent avoir entre elles que des rapports bien lointains. Parmi les sculptures qui nous ont été conservées de la Grèce primitive, les unes, en bien petit nombre, nous rappellent l'Orient; les autres, de beaucoup les plus fréquentes, ne pourront être comparées par nous à rien de ce que nous avons décrit jusqu'à présent.
Un fait bien significatif nous paraît avoir été négligé. Les archéologues les plus autorisés attribuent aux trésors de Mycènes, aux objets découverts à Spata,
lia LA SCULPTURE ANTIQUE.
la date fort reculée du xme ou du xne siècle avant Jésus- Christ. En face de cette série de documents, plaçons-en d'autres dont la date est absolument certaine : M. Homolle a trouvé dans Pile de Délos une statue d'Artémis qui passe pour une des plus anciennes statues qui soient parvenues jusque nous. C'est un ex-voto que Nicandra consacra à la « Chasseresse qui frappe de loin ». Il a la forme d'une véritable planche : « Le marbre, depuis la plinthe jusqu'aux épaules, dit M. Homolle, a la forme d'une colonne aplatie; les côtés sont arrondis à droite et à gauche; les faces sont deux plans parallèles. La ceinture divise le corps en deux parties inégales; la partie inférieure, qui est la plus haute, va s'amincissant peu à peu depuis les pieds jusqu'aux hanches qui s'arrondissent sous la ceinture; la partie supérieure va s'élargissant en sens inverse. La largeur des épaules est égale à celle de la plinthe. A droite et à gauche sont placés deux montants verticaux, raides, appliqués le long du corps; ce sont les bras. La tête ressemble à une pyramide tronquée dont on aurait] effacé et adouci toutes les arêtes. La chevelure, plaquée! sur les tempes, épandue sur les épaules, contribue à lui donner cet aspect. Au-dessus de la plinthe, le mar-j bre est échancré et scié en biseau. Dans la cavité trian-j gulaire sont ménagées deux saillies qui représentent] les extrémités des deux pieds; ils sont accolés l'un à! l'autre; on ne saurait rien imaginer de plus naïvement grossier (fi g. 47). » Cette statue porte une inscription] qui très probablement a été gravée au vne siècle. M. Holleaux a découvert en 1 885, dans les ruines du temple d'Apollon Ptoos, en Béotie, un fragment d'i-