LIVRE DEUXIEME
dole qui, si Ton en juge par l'imperfection extrême du travail et par l'inscription de la plinthe, n'est pas d'une époque plus récente que l'ex-voto délien (fig. 48). Il faut avouer que, pour si partisan que Ton soit de l'influence orientale, il est difficile d'admettre qu'elle ait été bien puissante , puisque pendant plusieurs siècles elle n'a pas réussi à inspirer les artistes grecs, qui s'en sont tenus à d'informes ébauches.
Un archéologue très ingénieux, M. Milchhœfer, dans un livre récent, a voulu soutenir que l'art grec découle immédiatement non de l'art égyptien ou phénicien, mais, par l'intermédiaire de la Crète, de l'art lycien, que nous ne connaissons pas du reste. Sans examiner cette doctrine aventureuse, qui a pourtant occupé de graves critiques, nous pensons qu'une seule méthode nous semble bonne. On peut tout prouver au moyen de considérations philosophiques et de raisonnements; mais il est plus sûr, croyonsnous, de mettre en regard des monuments orientaux et des monuments grecs, dont la provenance est certaine, dont l'âge peut être fixé avec quelque approximation, et de montrer qu'il y a entre les uns et les autres des ressemblances irréfutables de style ou de facture. Ces monuments sont extrêmement rares.
ILe plus significatif, peut-être, est la statue de Charès, qui, de l'avenue sacrée du temple d'Apollon aux Branchides, près de Milet, a été rapportée par M. New-, SCULTT. ANTIQUE. 8
Fig. 47.
Xoanon
de Dclos.
ton au Musée Britannique (fig. 49). Ce personnage, plus grand que nature, est assis sur un trône massif; ses pieds sont joints; ses bras, plies aux coudes, sont appliqués le long de son corps et les mains posent sur les genoux; il est vêtu d'une longue robe collante et d'un manteau qui se drape à plis symétriques. L'aspect général rappelle nombre de statues égyptiennes, surtout les colosses de Memnon, à Thèbes, et aussi des statues chaldéobabyloniennes, comme l'architecte de Tello (Musée du Louvre)ou mieux encore la statue de Shalmane&er, trouvée à Kalah- Shergat (Musée Britannique' ajoutons que les formes lourdes et molles du corps, les draperies amples et plissées, sont de pur style oriental.
La fameuse Porte des Lions, qui donne accès dans l'Acropole de Mycènes, cette architrave sculptée où l'on voit deux animaux inconnus à la faune hellénique dressés face à face contre une colonne, semblent être des répliques, plus habiles que les modèles, des lion; qui gardaient les portes de quelques monuments d'Asi< Mineure; citons les bas-reliefs d'Ayazeen, en Phrygie. Sans vouloir multiplier les exemples, et pour nous en tenir aux plus frappants, nous étudierons bientôt ur type de statues grecques viriles, dites statues d'Apollon, dont l'attitude semble directement empruntée à
Fig. 48.
Fragment archaïque
de Béotie.