‹ La sculpture antiqueChapitre 58 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

La race grecque ne ressemblait en rien à l'égyptienne; elle n'avait ni les mêmes origines, ni les mêmes mœurs, ni les mêmes croyances. Les Grecs avaient leurs dieux, bien distincts des dieux égyptiens et par Tessence même de leur nature, et par les formes concrètes dont le peuple aimait à les revêtir. Les peuplades encore sauvages qui se disputaient le sol hellénique avaient leur mode, très primitif sans doute, de gouvernement: un chef de guerre choisi au jour le jour, ou désigné au respect par les traditions fabuleuses de ses ancêtres; mais cet état rudimentaire était bien loin de la savante constitution monarchique de l'Egypte, et l'on ne comprend pas quel intérêt auraient eu les navigateurs venus d'Egypte ou de Phénicie à introduire si loin du Nil les images de leurs monarques. Et quant aux bas-reliefs, on sait quelle était en Egypte leur signification exclusive, décorer de scènes familières les parois des tombeaux, de vastes tableaux historiques ou religieux les grandes murailles et les piliers énormes des temples et des palais. La stèle funéraire même qui se trouvait à l'entrée des sépultures n'avait rien de commun avec la stèle des tombeaux helléniques, et, pas plus que les portraits des défunts, ne pouvait quitter les bords du Nil.

Tout au plus les petites amulettes, figurines de pâte de verre, de porcelaine ou de terre cuite, que les Phéniciens portaient avec eux sur les côtes qu'ils fréquentaient, sollicitant l'imagination des peuples crédules comme eux-mêmes, pleins de confiance dans les figures grimaçantes de fétiches, se répandirent-elles facilement parmi les Grecs primitifs, pour, exercer

quelque influence sur la fabrication des amulettes, et des fétiches locaux. Mais pas plus que les objets d'usage courant, pas plus que les armes, les bijoux ou les vases, ces humbles productions d'une sculpture inférieure et populaire ne pouvaient avoir le moindre effet sur la statuaire naissante de la Grèce. Aux époques les plus brillantes de la civilisation hellénique, la valeur de la classification et de la distinction des genres n'a jamais été mise en discussion; cela peut s'appliquer aux genres artistiques comme aux genres littéraires: un sculpteur n'aurait jamais eu l'idée de s'inspirer aux œuvres d'un céramiste, si parfaits de formes, si brillants de décoration qu'aient pu être les vases sortis de ses mains habiles. Un vase, pour les Dédales primitifs, n'était qu'un vase, et pas une œuvre d'art, et, sans raisonner leur sentiment, ils ne devaient pas songer à tirer profit pour leur propre compte d'un dessin curieux, d'une attitude heureuse, d'une ingénieuse composition. Il est vrai de dire pourtant que la vue journalière de ces objets d'importation répandus en grand nombre, sans que les sculpteurs primitifs aient songé le moins du monde à les étudier de près pour s'en inspirer, a pu sans aucun doute donner à leurs yeux certaines habitudes, tourner leur goût et leur imagination vers certaines conceptions qui peu à peu ont modifié dans un sens nouveau leur activité, et mis leur main et leur outil sur la trace de procédés qui les rapprochèrent des étrangers avec lesquels ils étaient mis en contact même d'une façon toute superficielle.

C'est ainsi, selon nous, et avec cette prudence, que doit être posée la question des origines de la sculpture

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