LIVRE PREMIER
vante, malgré les fentes du bois qui la gâtent, dans sa vulgarité expressive, et l'on devine que le sculpteur a bien saisi et bien rendu les traits typiques de Râmké, bonhomme au fond, mais vif et remuant comme bien des gens obèses, usant certes de son bâton plus pour marcher que pour frapper, mais portant partout l'acuité de son œil de surintendant, plus perspicace que bien des yeux de maîtres (fig. 2 bis).
Tout près du Sheikh, à Boulaq, admirons le scribe agenouillé que M. Maspero décrit excellemment l'examen de son chef un rouleau de papyrus ou une tablette chargée d'écritures. Agenouillé selon l'ordonnance, les mains croisées, le dos arrondi, la tête infléchie légèrement, il attend qu'on ait fini de lire.... Le sculpteur a saisi on ne peut mieux l'expression d'incertitude résignée et de douceur moutonne, que l'habitude d'une vie entière passée au service avait donnée à son modèle. La bouche sourit, car ainsi le veut l'étiquette; mais le sourire n'a rien de joyeux. Le nez et les joues grimacent à l'unisson de la bouche. Les deux gros yeux en émail ont le regard fixe de l'homme qui attend sans vouloir arrêter sa vue et concentrer sa pensée sur un objet déterminé. La face manque d'intelligence et de vivacité; après tout, le métier
Fig 2 bis.
« Il vient d'apporter à
n'exigeait pas une grande agilité d'esprit (fig. 3). » Le scribe accroupi du Louvre, au contraire, l'œuvre
la plus précieuse de notre collection égyptienne, trouvé ^, par Mariette dans
les fouilles du Sérapéum, a la physionomie singulièrement vive et éveillée. Vêtu d'un simple pagne, de la taille aux genoux, assis par terre, les jambes croisées, selon la coutume orientale, la plume de roseau déjà posée sur le papyrus, il écoute, prêt à l'écrire, la phrase que dicte son maître. Tout son visage est tendu vers cette voix imposante, et son œil surtout, où la prunelle de cristal brille dans un
Fig. 3. — Scribe agenouillé (Boulaq).
globe de quartz blanc opaque qu'enchâssent lui-même de? paupières et des cils de bronze, s'éclaire d'intelligence pénétrante. Les cheveux sont ras, les oreilles grandes et décollées, les pommettes font saillie, les joues sont maigres; le corps au contraire est gras et