‹ La sculpture antiqueChapitre 7 sur 163 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

mou; les pectoraux tombent et s'affaissent au-dessus d'un ventre replet; les jambes et les bras sont bouffis et sans fermeté; mais les mains sont sèches, et les doigts sont minces et déliés par l'exercice du calame : toute la vigueur de l'homme s'est portée, vers la tête et vers la main, comme toute son activité. Le scribe a les membres empâtés par son métier sédentaire et son attitude habituelle; à la tête, au regard surtout , ce même métier a imprimé les qualités d'intelligence prompte et facile qu'il exige (fig. 4). Remontons de l'humble bourgeois, peut-être de l'esclave, au Pharaon tout-puissant, à Khàfrî, par exemple, dont plusieurs statues de diorite ornent le Musée de Boulaq. Celle-ci (fig. 5) est plus grande que nature. L'attitude du corps royal au repos est simple : bien assis sur un large trône, les mains appuyées sur les genoux, le regard de ses yeux simplement modelés, sans prunelle factice, se perd au loin devant lui, dans une contemplation calme d'infini; la noblesse de son torse et de ses membres jeunes, la pureté régulière des traits de son visage empreint de majesté grave, l'élé-

Scribe accroupi.

gance sobre de sa coiffure et de sa barbe, tout en lui révèle la grandeur souveraine, avec on ne sait quoi d'idéalisé. Et cependant on devine à quelques détails

du visage la ressemblance cherchée et trouvée de l'individu caché sous le masque anobli du roi ; car avant tout la statue est un portrait; il faut que les dieux, pour prolonger la vie du substitut, reconnaissent vraiment en lui celui qu'il veut représenter.

Et c'est pour cela même que Kiloumhotpou, par exemple, l'affreux petit nain, est ressorti de son tombeau dans tout lé réar lisme de sa laideur et de sa difformité. Sa grosse tête au crâne en poire, aux vilains traits obtus, surmonte un torse obèse que soutiennent mal deux jambes rabougries et cagneuses. Dans chaque détail de cette statuette curieuse, où se révèlent toutes les qualités plastiques du calcaire, on sent, avec un goût rare du pittoresque, une observation et une connaissance bien pénétrantes de la nature (fi g. 6).

Fi* 5-

Khâfrî.

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