‹ La sculpture antiqueChapitre 61 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

ces ébauches de divinités « aux yeux clos, aux bras pendants et collés aux flancs », que les Grecs conservaient encore dans leurs temples aux époques de leur plus brillante civilisation, souvenir toujours vivant et respecté des croyances primitives et des antiques dévotions. Avec plus d'intérêt encore on a catalogué les dessins complaisants de ces naïves ébauches, que les potiers nous ont transmis sur les vases qu'ils décoraient, et ainsi s'est facilement déterminé ce type encore innommable de statue-poutre, immobile et mort, qu'anima bientôt de mouvement et de vie le souffle génial d'un sculpteur légendaire. Dédale, disait une tradition, ouvrit le premier les yeux des divinités aveugles, détacha de leurs corps les bras emmaillotés contre les flancs, sépara les jambes et les pieds cloués et collés ensemble dans une immobilité raide. Dédale est une invention poétique; ce progrès immense dont on lui rapportait la gloire fut l'œuvre non pas d'un homme, mais de générations successives; il est possible aujourd'hui d'en suivre les phases; le sol hellénique nous a livré, presque sans plus d'obscurité, un de ses secrets les plus précieux, et, pour le dire tout de suite, il tend à s'établir presque sans conteste que l'effort des sculpteurs primitifs, s'appliquant à donner la vie aux mortes idoles de bois, a créé deux types, l'un masculin, l'autre féminin, types archaïques d'une originalité si grande qu'ils se sont imposés longtemps aux artistes, et jusqu'aux époques de décadence ont inspiré des imitations.

C'est ce double type qu'il nous faut étudier, dont nous allons retrouver non plus l'origine, les xoana, que

nous connaissons maintenant, mais le perfectionnement progressif.

Nous commençons par le type de femme, et les raisons en sont simples. Les heureuses découvertes de M. Homolle à Délos, découvertes désormais fameuses, lui ont permis d'établir, presque sans rupture, la chaîne des progrès accomplis dans la formation du type féminin; pour le type masculin, au contraire, tout à l'origine, la série est encore interrompue par quelques lacunes.

C'est vraiment un xoanon que l'ex-voto de Nicandra,, tel que nous Pavons décrit, plaque épaisse de marbre grossièrement équarrie comme à la hache, en qui des raisons purement extérieures, et non point esthétiques, ont fait reconnaître la plus ancienne représentation figurée d'Artémis. La technique du bois se retrouve dans chaque partie de cette ébauche, dans la forme générale, dans la façon dont se rejoignent les ^ divers plans, et qui donne à l'ensemble l'aspect d'une; figure géométrique (fig. 47).

C'est encore une imitation de xoanon, mais déjàl moins naïve, et qui dénote quelques intentions nou-i velles, que le second fragment de Délos. Tout mutilé qu'il soit, — la tête, les bras, les jambes depuis les ge-< noux, manquent, mais les formes ne sont plus in-j distinctes, — l'on surprend quelque souci du modelé dans le gonflement de la gorge, l'amincissement de la taille et la saillie nettement accentuée des hanches, quelque soin aussi de l'ornementation, comme en fait foi la bande ornée d'une grecque qui pend le long de la gaine. Et déjà le sculpteur a modifié le mouvement

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