LIVRE DEUXIEME
des bras : le droit seul est pendant sur le côté, le gauche est replié depuis le coude, et la main reposait sur la poitrine, entre les deux seins (fig. 5i). La parenté de ce fragment avec l'ex-voto de Nicandra est évidente. Elle Test aussi avec les statues trouvées au même lieu par M. Homolle, et dont nous avons eu nous-même l'heureuse fortune d'enrichir la série.
Les musées d'Athènes et de Myconos possèdent aujourd'hui sept Artémis détiennes dont le type, directement venu des xoana, est celui-là même que nous cherchons à déterminer. Des xoana il reste l'aspect général de la déesse, raide et guindée, dont le corps est enserré dans son vêtement, dont les formes, bien qu'accusées déjà non sans science,
gardent l'allongement et la svel- statue arch£ïqu'e de Déios. tesse des sculptures en bois. Mais,
malgré la raideur de la position, Artémis n'a plus rien de géométrique; elle est archaïque, et non plus informe; les sculpteurs ont compris ce que c'est que la femme, ce qui donne le charme et la grâce à son sexe, c'est-à-dire la -rondeur harmonieuse, la sinuosité des contours, et, avec la recherche du costume, la coquetterie de la parure. La déesse n'a plus les jambes .accolées, les pieds cloués l'un contre l'autre : une jambe s'avance légèrement, ce qui a permis de modeler
Fig. 51.
sous l'étoffe la cuisse arrondie; Pavant-bras droit se détache du buste, mais il ne vient plus s'appliquer sur la gorge dont rien ne cache la saillie opulente, haute et ferme; le bras, nu depuis le coude, portait un attribut, fruit, fleur ou patère; le bras gauche pend le long du corps, mais sans s'appliquer au flanc, dont un vide l'écarté; l'air circule autour de sa rondeur, et pour occuper la main, qui jusque-là tombait inutile, l'artiste a conçu cette idée gracieuse de l'employer à relever la tunique traînante, et cette seule ingéniosité donne à la statue le mouvement et la vie. La gaine des xoana, sans plis, rigide comme une armure, est-ce l'imitation des grosses étoffes primitives, lainages raides et lourds comme du feutre, qui tombaient tout d'une pièce et masquaient la force comme la grâce du corps? Avec le progrès, cette dureté s'est assouplie; une chemise de laine fine, délicatement tissée, s'applique à petits plis ondulés sur les épaules, les seins et les bras dont les chairs transparaissent; resserrée où s'amincit la taille, elle s'amplifie depuis les hanches, et le bras qui la relève à gauche, en la tendant sur les muscles des jambes en marche, en fait habilement res- ■ sortir la souple légèreté. Par-dessus la chemisette, un manteau, un péplos de tissu plus épais, laissant kl découvert l'épaule et le sein gauches qu'il entoure comme d'un baudrier, tombe à grandes ondes symé- ; triques; il donne au torse de l'ampleur, sans rien lui enlever de sa grâce, et les stries larges de ses plis verti- : eaux sur un côté, étalés en éventail sur l'autre, d'un relief plus accentué, coupent heureusement l'unifor- ' mité de la tunique collante. Ces heureux détails de
costume ajoutent leur élégance à l'élégance de l'attitude ; l'artiste a vêtu la déesse comme se vêt une femme amoureuse de parure, se complaisant aux jolis détails des symétries cherchées et rompues, faisant là saillir le relief d'une torsade, étalant ici les plans larges où l'œil s'arrêtera sur une tache lumineuse, sans oublier même l'instinctive coquetterie des riches colliers à pendeloques. Comme le devant du corps, le revers est soigneusement travaillé : les omoplates s'accusent fortement sous le péplos ; les reins se cambrent, et les cuisses tendent la tunique; sur le dos repose la chevelure serrée dans un réseau rectangulaire, tandis que de longues boucles détachées de derrière la nuque roulent leurs papillottes qui s'éparpillent sur les rondeurs de la gorge.
Mais à ces corps de déesses, d'une si élégante beauté, par une fatalité, ou bien par une mutilation systématique, les têtes manquent; et co:nme, pour comble de disgrâce, la tête même de l'ex-voto de Nicandra a trop souffert du temps pour qu'on distingue encore les traits ni à plus forte raison l'expression du visage, l'imagination même est impuissante à se figurer les transformations subies par le type primitif, et par suite à restituer en ce point le type des statues plus récentes.
Heureusement les découvertes archéologiques semblent parfois obéir à quelque loi secrète d'attraction. A peine l'attention était-elle éveillée par les trouvailles de Délos, que de toutes parts étaient signalés des monuments à peine remarqués encore, et qui se rattachent étroitement à la même conception comme à la même
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période de la sculpture grecque. Enfin, les fouilleurs qui depuis quelques années remuent avec tant de bonheur le sol hellénique ont mis au jour des séries de statues analogues à celles de Délos, de plus en plus riches, grâce auxquelles se comblent peu à peu toutes les lacunes que Ton regrettait dans la série délienne.
A Eleusis d'abord étaient trouvées quatre statues ou statuettes très semblables à celles de Délos, mais acéphales comme elles, et dont l'intérêt principal était de prouver, avec quelques légères variantes dans rajustement des étoffes, peut-être aussi dans les procédés techniques, la diffusion du type.
Bientôt après, la merveilleuse découverte, à l'Acropole d'Athènes, près du temple d'Erechthée, de quatorze statues de même type, bien conservées, presque complètes, dont huit ont encore la tête sur les épaules, cette découverte qui fait peut-être du Musée de l'Acropole le plus intéressant et le plus riche du monde, permet de résoudre d'une façon définitive les problèmes où les découvertes de Délos laissaient encore un peu d'obscurité. Laissons de côté les détails du costume, quand nous aurons signalé toutefois l'aide que le pinceau donnait au ciseau; sur le bord des riches draperies, brunes, sans doute, semées d'ornements ou de fleurons peints de diverses couleurs, serpentent des grecques, des méandres, verts ou rouges; mais le vêtement est le même qu'à Délos : même chemisette plissée menu, même tunique à demi collante, même péplos drapé à longs et lourds plis symétriques; même attitude aussi, d'une élégance un peu raide et d'une