‹ La sculpture antiqueChapitre 68 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

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prix, la statue est complète et très. bien conservée. De

tous les Apollons de cette série, lui seul n'a pas les

jambes brisées près des genoux,

et nulle part le relief n'est altéré.

Le visage semble encore taillé au

couteau dans un dé de bois, par

plans; l'ombre et la lumière s'étalent sur des surfaces plates, sans

demi-teintes; le doigt, quand on le

promène sur le front, sur les joues,

autour des pommettes, se heurte à

des arêtes sèches et dures; les

oreilles, sans relief, presque sans épaisseur, sont plaquées hors de place, contre la perruque; une simple ligne creuse, comme un trait de canif, cerne les yeux ; deux plans, taillés en biseau, déterminent les lèvres; le menton carré, plat par-dessous, s'unit sèchement, par un angle droit, au cou large, à peine arrondi. Le torse, les bras, les cuisses, sont mieux modelés, sans être souples ni corrects, d'une anatomie ou fautive ou trop sommaire. Les épaules, les pectoraux tombent trop; la taille est trop mince, trop cambrée par derrière, le bassin trop étroit ; les cuisses, trop bombées par derrière, sont trop plates par devant ; le triangle que forme l'intersection des jambes et du ventre est allongé sans

Fig. 58.

Apollon de Ténéa.

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mesure; le bras, de l'épaule au coude, est court, du coude au poignet, trop long. Au contraire, comme il arrive aux époques très primitives, les jambes, depuis les genoux, sont d'une exécution plus souple, d'une tenue plus naturelle. Le modelé simplifié des genoux et des rotules est bien naïf; mais les plans des tibias, un peu durs, sont bien placés et vrais; les mollets s'attachent bien aux chevilles fines et nerveuses ; les pieds, petits et vraiment modelés avec art, avec science même, bien que tournés en dedans, surprennent par le contraste de leur élégance presque féminine. Mais ce qui frappe et séduit, en dehors de toute analyse méticuleuse des procédés techniques, c'est le charme étrange et nouveau de la physionomie souriante. Le dieu, ou l'athlète — car la statue peut bien être celle d'un athlète, ou peut-être d'un mort héroïsé — est laid; sa face est niaise, son sourire béat, comme celui d'un homme heureux de poser pour avoir son image; l'attitude de son corps est ridicule peut-être; mais à travers les défauts et la maladresse transparaît la conscience d'un artiste ingénu, qui s'efforce à la fois de voir et d'interpréter la nature.

Enfin, notons un point important. Lorsqu'une personne non prévenue voit p >ur la première fois l'Apollon d'Orchomène ou l'Apollon de Ténéa, il est bien rare qu'elle ne s'écrie pas : Voilà une statue égyptienne. C'est qu'en effet l'attitude en rappelle singulièrement celle d'un grand nombre de statues égyptiennes dont nous avons cité quelques exemples, attitude toute de convention, malgré son naturel et sa simplicité apparentes, qui frappe vivement l'attention lorsqu'on par-

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