LIVRE DEUXIEME
court une galerie d'œuvres égyptiennes, parce qu'elle se répète indéfiniment, presque sans variante, ayant la valeur d'un véritable cliché. On ne peut se défendre de penser que les primitifs Grecs ont emprunté le type viril à PEgypte, mais sans copier servilement leur modèle, car à l'attitude se borne l'emprunt. C'est beaucoup, sans doute, sans être tout; l'anatomie,le sourire archaïque, la nudité complétera technique, qui donnent à ces statues leur valeur propre, sont purement et vraiment grecques.
Le bas-relief diffère essentiellement de la ronde bosse; l'art en est à la fois plus facile et plus difficile, plus facile, d'abord, parce que la figure qu'il s'agit de représenter n'a qu'un seul aspect, une seule face; celui qui le regarde n'a pas à tourner autour, c'est une silhouette en saillie ; ensuite, cette figure a un support, le champ sur lequel elle se détache en bosse : un cou peut être mince, un bras tendu, une jambe avancée, une main ouverte , un objet fragile délicatement découpé, sans crainte de cassure. Il en résulte la variété, le mouvement rencontrés dès le premier effort. Mais, d'autre part, si l'œil, voyant en général les objets comme des bas-reliefs, détachés en saillie sur le fond varié des arrière-plans, s'accoutume ainsi aux erreurs des raccourcis et des perspectives, combien longue et ardue doit être la recherche des procédés techniques qui donneront l'impression de la nature en faussant la nature, combien tâtonnante l'éducation de la main qui veut exprimer ce que l'œil voit sous une forme qui n'est pas la forme réelle! S'il est plus aisé de copier la nature, comme par un surmoulage, que de l'interpréter, la
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sculpture en ronde bosse aurait dû prendre l'avance sur la sculpture en bas-relief et se perfectionner la première.
Mais nous savons ce qui en retenait les progrès : ses origines et ses conditions techniques. Le bas-relief s'est plus vite affranchi de ses entraves. Alors que les statues se ressemblent toutes et s'acheminent lentement vers le point où nous les avons laissées, les bas-reliefs se différencient, se compliquent et donnent, à la même époque, l'idée d'un art plus avancé.
La légende raconte qu'une jeune Corinthienne, ingénieuse par amour, profila au charbon, sur une muraille, l'ombre en silhouette de son amant; son père, Boutades, remplit d'argile la surface ainsi limitée, et l'art du bas-relief naquit. Le conte est gracieux, mais il rapproche trop deux périodes bien distinctes. Le basrelief fut d'abord et dut être longtemps, un simple dessin ; le ciseau burinait en creux une ligne primitive de charbon, et ce procédé naïf et simple, dont les Égyptiens, nous l'avons vu, se servirent toujours concurremment avec d'autres, c'est à lui que sont dues les stèles de Mycènes (fig. 46), où des chariots rudimentaires, attelés de rosses informes, montés par des cochers monstrueux, forment partout des groupes, disons mieux, des dessins mouvementés et presque vivants.
Le progrès commença le jour où un sculpteur, à coups de pic, creusa le champ réservé entre les figures pour leur ménager une saillie, technique qui longtemps aussi fut en honneur chez les Égyptiens et dont le basrelief de Samothrace et la belle stèle de Philis, au Musée du Louvre, dont, plus tard, la frise de l'héroon