LIVRE DEUXIÈME
sourirait comme les autres du naïf et myste'rieux sourire archaïque.
Et, pour ne pas insister outre mesure, si nous revenons par le plus court aux bas-reliefs Spartiates, là même nous trouvons des rapports frappants : le profil du personnage d'arrière-plan sur la stèle de Chrysapha, et peut-être aussi le profil des petits hommes debout, front fuyant, nez pointu, yeux gros à fleur.de tête, vus de face, rappelle le profil du Discobole et de l'Apollon de Ténéa. Quelquefois aussi voit-on le pan d'un péplos ou d'un himation retomber en plis égaux, savamment, bien qu'un peu lourdement, équilibrés suivant la mode que nous connaissons bien.
Il y a certainement, dans toutes ces œuvres, un air de famille et des traits communs unissant celles qui semblent le plus éloignées. Prenons encore un exemple. Ce qui frappe le plus dans l'Apollon d'Orchomène ou de Théra, c'est la lourdeur des corps mal dégrossis, qui paraissent courts malgré leur taille; ils donnent l'idée d'hommes forts, trapus et laids; c'est l'impassibilité bestiale d'un visage stupidement hideux. N'est-ce pas, avec un peu d'atténuation, l'aspect du Moscophore ? Son attitude est mieux explicable ; ses yeux parlaient peut-être un peu plus, nous l'avons dit; mais sa tête n'est pas moins inexpressive, ses épaules moins carrées, ses bras moins rudement dessinés, son corps taillé avec plus d'art.
Si nous voulons enfin parler des deux antiques métopes de Sélinonte, qui semblent au premier abord déconcerter la critique, Héraklès portant les Kercopes, comme Persée tuant la Méduse (fig. y3), avec quelque
chose de très personnel dans la saillie du relief et le groupement des personnages, dénotent les mêmes préoc ■ cupations et des conventions, des procédés de même na-
Métope de Sélinonte.
ture que les œuvres précédemment décrites. Les personnages sont gros et courts; leurs muscles rebondis s'accusent en saillies hors nature, tandis que les attaches des pieds et des mains s'amincissent, dans une vue maladroite d'élégance. Les faces des brigands ou du monstre, comme les figures des dieux, sont larges, lourdes,