‹ La sculpture antiqueChapitre 81 sur 163 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

bras tendus est encore bien timide; le pied avancé donne au corps, qui reste un peu court et massif, plus d'aplomb que de légèreté; l'anatomie des muscles est encore peu savante, nonobstant un effort sensible dans la recherche du modelé naturel; mais on voit que l'artiste sent enfin le besoin de dégager un peu son art des conventions qui l'enserrent. Si les bras restent appliqués contre le torse, du moins les coudes sont-ils reculés en arrière, et le parallélisme des lignes verticales est ainsi détruit; les épaules tombent , la tête s'incline, la poitrine se gonfle et respire ; ce n'est pas encore

la souplesse, c'est presque la vie, et nous comprenons quel fut le talent de Kanachos, encore rude et se plaisant aux attitudes tranquilles des membres robustes, encore fidèle aux types consacrés des antiques

F'S* 7$- — Tête de bronze d'Herculanum.

idoles, mais poussé d'instinct à atténuer les conventions, sinon à rompre avec elles.

Si nous nous en rapportons à la critique des anciens, la tête de bronze trouvée à Herculanum, que représente la figure j5, nous donnera surtout, avec l'Apollon de Piombino, de précieuses indications sur le style de Kanachos.

Nous constaterons le progrès énorme fait depuis l'époque pourtant assez récente où furent sculptées les statues archaïques de Théra et d'Orchomène. A ce titre, il est bon d'insérer ici la figure 76 (tête archaïque du Musée Britannique), qui forme un contraste bien frappant avec la précédente. Mais peut-être, s'il nous était parvenu quelqu'une de ces statues d'athlètes vainqueurs dues à la main de Kanachos que mentionnent les anciens auteurs, serionsnous étonnés de voir quelles libertés le sculpteur avait prises avec les traditions artistiques qu'il avait trouvées en vigueur. Même nous songeons volontiers à lui lorsque nous étudions quelques fragments archaïques, par

Fig. 76. — Tête archaïque.

(Musée Britannique.)

Page 1