LIVRE DEUXIÈME
exemple, la tête de marbre de la collection Rampin, ou celle qui du cabinet de M. O. Rayet est passée dans la collection Jakobsen à Copenhague. Celle-ci (fig. jy), d'aspect brutal, avec ses gros yeux obliques que sépare un nez large et camus, ses joues aux pommettes saillantes, sa bouche lippue, d'expression obtuse, son cou large et musclé, rappelle franchement les Apollons archaïques ; mais on sent quelque chose de nouveau, la main d'un artiste original , franc observateur du réel , amoureux de la nature, et qui la rend même dans ses difformités, les oreilles tuméfiées du pugiliste , les chairs bouffies par les coups reçus, la chevelure drue et taillée courte, comme il sied pour la lutte, moins astreinte aux symétries qui expriment la grâce plus que la force.
L'autre, la tête Rampin (fig. 78), aies mêmes caractères, très nets, de haute antiquité, avec un peu moins de rudesse; les yeux sont moins stupides; les lèvres, moins charnues, sont plus expressives ; mais l'origi- ' nalité du sculpteur apparaît surtout, très vive, dans la
Fig. 77. — Tête archaïque.
(Collection Jakobsen.)
frisure de la barbe et des cheveux, d'une élégance outrée, d'une régularité trop artificielle, suivant une mode encore inconnue. Notons, comme détailessentiel, la branche de chêne dont l'athlète s'est couronné; ce
symbole de victoire, qui précise le personnage, marque un progrès, le premier pas vers la détermination exacte des divers types figurés; nous n'aurons bientôt plus à discuter sur l'at- »] tribution de telle ou telle statue.
Nous ne sommes pas loin de croire non plus que les statues des frontons des temples d'Égine peuvent donner une idée exacte , sinon du style personnel de Kanachos, du moins des progrès que firent faire à leur art les maîtres de son époque. Onatas, le plus célèbre des sculpteurs éginètes, et son fils Kallitélès étaient dans tout l'éclat de leur talent vers l'année 465 ; ils sont donc contemporains de Kanachos. Si nous voulons nous faire une idée de la manière de ces vieux maîtres, peut-être faut-il examiner un petit bronze du cabinet des médailles à la Bibliothèque nationale (fig. 79); c'est un Héraklès combattant. 11 tient son arc dans sa main gauche tendue, comme pour parer une attaque, et de sa main droite
Fig. 78. — Tête d'athlète.
(Collection Rampin.)