‹ La sculpture antiqueChapitre 90 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

lèvre inférieure qui fait saillie, à la proéminence ronde et un peu lourde du menton ; mais ces traits distinctifs du modèle, que l'artiste a conservés, son instinct et son génie en ont atténué le défaut en harmonisant avec eux la longueur du nez, la largeur de la face, l'ampleur un peu grasse de l'ovale; si bien que ce portrait même, semiexact, semi-idéalisé d'un vigoureux athlète, laisse une impression plutôt gracieuse, de grâce virile, s'entend, écartée de toute afféterie et de toute mignardise. Que ne sommes-nous à même de juger ainsi la grâce tant vantée de la Sosandra !

Pour le dire en passant, on voit combien nous nous éloignons de l'avis de M. Waldstein, qui, dans un mémoire

Fig. 85. — Apollon de Çhoiseul-Gouffier.

assez récent, s'est efforcé de démontrer que l'Apollon Choiseul-Gouffier n'est, malgré son nom, qu'un athlète, et même un pugiliste, parce que les caractères de force brutale sont, avant tout autre, apparents dans cette statue.

Nous sommes bien plutôt frappé de sa grâce. Mais nous devons avouer que les arguments que M. Waldstein fait valoir pour prouver que ce chef-d'œuvre est dû au ciseau d'un sculpteur célèbre, contemporain de Kalamis, Pythagoras de Rhégion, sont pour le moins très spécieux. Pline a dit que Pythagoras sut le premier rendre avec art les chevelures et donner de la saillie aux veines; les cheveux de la statue Choiseul sont en effet d'une élégance rare et nouvelle, et toutes les répliques que nous connaissons de ce type s'accordent à donner une valeur exceptionnelle à quelques grosses veines qui courent sur les bras et sur les pieds par exemple. Ce devait être un trait, avant tout autre, distinctif de l'œuvre originale.

Ce n'est plus la grâce qui caractérise l'art de Myron, dont l'œuvre, par bonheur, nous est plus sûrement connue que celle de Kalamis ou de Pythagoras.

Myron, né à Eleuthères, entre Athènes et Thèbes, élève, comme Phidias, de l'Argien Agéladas, contemporain de Kalamis, fut un hardi novateur, dont les anciens comprirent très bien la hardiesse. Ce que Kalamis avait ajouté à l'art attique, cette grâce qui nous a toujours si fort charmé, qualité toute en nuances, faite de finesse et de légèreté, cette grâce si difficile à exprimer par l'ébauchoir ou le pinceau comme par la plume, avait frappé les anciens comme elle le méritait.

Page 1