LIVRE DEUXIEME
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statue bien connue du Musée de Latran, à Rome, s'est directement inspire'e de ce bronze célèbre, nous ne pouvons faire difficulté de reconnaître que là encore Myron a choisi avec hardiesse un mouvement d'exception pour mieux dire, une phase rapide d'un mouvement, et qu'il l'a rendue avec un admirable sentiment de naturel et de vérité. Marsyas surpris se rejette vivement en arrière, cambré sur la jambe gauche; les bras de la statue sont brisés près de l'épaule, mais on sait que le droit, levé en avant, semblait abriter et protéger la tête, tandis que le gauche se tendait en arrière, la main grande ouverte, en signe d'effroi (fig. 88).
Il est impossible de mieux exprimer par une attitude et
par un geste
Fig. 88. — Marsyas du Latran.
l'étonnement et la crainte mystérieuse ; mais le choix
«CULPT. ANTIQUE. IJ
de cette attitude et de ce geste atteste une puissance rare d'observation, bien prouvée par ce fait seul que, voulant restaurer la statue brisée du Latran, un sculpteur en a fait un satyre dansant, parce que Iç sculpteur lui semblait surtout dans son rôle en reproduisant des mouvements continus, et parce que le rythme seul de là danse, à son avis, pouvait donner quelque durée au mouvement indiqué" par la position du corps.
Cet effort de Myron vers l'expression des mouvements rapides est si bien la caractéristique de son talent, qu'un critique raffiné a voulu voir dans le Marsyas quelque chose de plus subtil encore, la lutte de deux mouvements opposés, la jambe droite exprimant un mouvement en avant qui finit, la jambe gauche et le bras gauche un mouvement en arrière qui commence. Cela est bien ingénieux, mais n'est point impossible, et le ciseau de Myron n'était pas au-dessous d'une tâche si délicate. La tête du Marsyas nous révèle une nouvelle originalité de ce génie inventif; c'est une tête expressive : le sculpteur a voulu que le visage témoignât des mêmes sentiments que témoigne l'attitude du corps; c'est la première fois — car nous nous sommes expliqué sur le sourire archaïque, et nous en connaissons au juste la valeur — que nous notons une tentative de ce genre. La stupéfaction et l'effroi peints sur la face à demi bestiale du satyre dit bien que Myron a réussi.
Enfin, nous ne rendrions pas pleine justice à Myron si nous manquions de signaler la grande variété des sujets qu'il a choisis, empruntés pour la plupart à la vie de chaque jour; si surtout nous ne célébrions pas,