‹ La sculpture antiqueChapitre 96 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

rinitiative pourtant très originale de Kalamis ou de Myron ne semble pas avoir eu d'influence sur lui, que lui-même ne paraît pas leur avoir rendu aucun service.

Il y a deux artistes en Phidias, le sculpteur de l'Athéna Promachos, de l'Athéna Parthénos, du Zeus d'Olympie et le décorateur du Parthénon. Phidias a mené concurremment ces deux parts de son œuvre qui contribuent également à sa gloire; mais elles demeurent distinctes. Par malheur, il ne nous reste rien de la première, la plus personnelle comme la plus parfaite, au dire des anciens; des statues où seul il mit la main, qui nous auraient révélé tous les secrets de son incomparable génie, nous n1avons que des descriptions obscures ou incomplètes, que des copies maladroites ou inexactes, souvent traîtresses comme des traductions. Des frontons, de la frise, des métopes du Parthénon bien des morceaux sont venus jusqu'à nous, encore sublimes malgré les ravages du temps et des hommes, plus barbares que le temps; mais les frontons, la frise, les métopes ne sont pas, ou ne sont que par fragments dus au ciseau du maître, Si nous acceptons les hypothèses même les plus favorables à Phidias, nous reconnaîtrons partout les .conceptions de son génie et sa direction souveraine, mais sa main dans quelques figures des frontons seulement, et dans le dessin de la frise dont il élabora minutieusement les cartons.

Phidias mérite bien que , pour une fois, nous soyons infidèle à notre méthode et décrivions la Promachos, la Parthénos, le Zeus olympien comme si ces chefs-d'œuvre resplendissaient encore à nos yeux émerveillés dans tout leur éclat de bronze, d'or et d'ivoire.

L'Athéna Promachos, colosse de bronze dressé à l'entrée de l'Acropole, est une œuvre de jeunesse. On la rapporte aux dernières années du gouvernement de Cimon; mais Phidias était déjà célèbre. La première statue qu'on lui attribuait était une Athéna Chryséléphantine destinée à un temple de Pellène, en Achaïe; entre 465 et 460 sans doute, il exécuta un exvoto de bronze que les Athéniens consacrèrent à Delphes en souvenir de Marathon; c'était un groupe de divinités, Athéna, Apollon, de héros éponymes, Érechthée, Cécrops, d'autres encore, Miltiade enfin, le grand vainqueur. Vers la même époque un temple de Platée reçut l' Athéna Aréia, statue de bois doré. Mais la Promachos a bien plus de renommée : haute de neuf mètres, debout sur un large piédestal un peu en arrière des Propylées, la déesse tenait sa lance appuyée sur le sol, et du bras gauche soutenait son bouclier que plus tard Mys décora de bas-reliefs; la tête casquée se penchait vers la ville d'Athènes qu'enveloppait un regard caressant. Telle du moins nous apparaît la déesse sur quelques monnaies athéniennes; à en juger d'après ces documents indécis et d'après quelques textes un peu vagues, la statue n'aurait guère eu d'autre originalité que sa taille énorme; l'attitude immobile et presque froide, le style des deux tuniques tombant à plis réguliers, rappellent les vieux maîtres et les prédilections de l'école archaïque. Phidias n'était pas encore affranchi des traditions. Mais rappelons-nous qu'au dire de Zozime, les Goths envahissant l'Acropole reculèrent épouvantés à l'apparition de la déesse, dressée en armes pour leur barrer

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