‹ La sculpture antiqueChapitre 97 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

le passage. C'est assez dire par quelle expression de majesté et de courage surhumain Phidias avait remplacé la fixité morne ou le froid sourire des antiques idoles.

Mais voici qu'à Cimon succède Périclès; Athènes, libre, puissante, riche de son or et des trésors de ses alliés, veut remporter sans conteste sur le monde hellénique par toutes les gloires de la paix. L'antique ville d'Erechthçe, le Pirée, Eleusis, toute l'Attique se couvrent de temples , et les temples se peuplent de statues. Périclès a compris le génie de son ami Phidias et lui confie l'intendance de ses vastes projets artistiques, et tout d'abord il lui livre l'Acropole, où le plus magnifique des sanctuaires, le divin Parthénon, demeure de la grande vierge Athéna, doit faire oublier l'Hécatonpédon brûlé par la rage des Mèdes.

Le Parthénon, tout le Parthénon, voilà vraiment le chef-d'œuvre de Phidias. Tour à tour architecte et sculpteur, à tous les travaux il donne l'impulsion ; dans les moindres détails de la bâtisse ou de la décoration il fait sentir l'autorité de son goût impeccable; il a conçu les groupes merveilleux des frontons et en a sculpté, sans aucun doute, les plus admirables figures; il a dessiné les cartons de la frise qui déploie autour de la cella la pompe de ses processions et de ses cavalcades; il a choisi les sujets et réglé la disposition des quatre-vingt-douze métopes. Il a dominé de si haut la pléiade de ses illustres collaborateurs, les architectes Iktinos, Kallikratès, Mnésiklès, les sculpteurs Alkamènes, Agorakritos de Paros, Krésilas, Kolotès, Pajonios, le peintre Panainos son frère, que nul monument n'a jamais dû sa perfection à plus d'unité dans

l'ensemble ni d'harmonie dans les détails. Enfin, il s'est réservé de dresser au centre de ce sanctuaire splendide la grande statue d'Athéna Parthénos, pour qui, depuis des siècles, les hommes n'ont jamais trouvé de louange égale à leur admiration.

Disons tout de suite qu'à notre avis on surfait un peu la beauté des métopes. On sait que dans les temples doriques les cadres formés au-dessus des colonnes par l'ordonnance des triglyphes pouvaient, suivant la volonté des architectes, suivant aussi les ressources dont ils disposaient, rester vides ou s'orner de basreliefs. Les métopes ne sont donc qu'un accessoire de la décoration; l'importance en est très secondaire, comparée à celle du fronton. Il était bien naturel que Phidias en cédât l'exécution à ses élèves, et aucune de celles qui nous sont parvenues ne nous semble porter la signature de son génie. Elles appartiennent toutes au côté sud du temple; elles retracent une scène chère aux sculpteurs antiques : le combat des Centaures et des Lapithes. Aux noces de Pirithoos, où assistait son ami Thésée, le grand héros athénien, les Centaures enivrés voulurent faire violence aux femmes des Lapithes, et une lutte terrible s'engagea entre les insulteurs et les maris de leurs victimes, dans la s|lle même du banquet. C'est le même combat que représente la frise du temple de Thésée, que nous retrouverons au temple d'Apollon Épikourios à Bassœ, et sur le fronton occidental du temple de Zeus, à Olympie. Il était difficile, au Parthénon, d'éviter la monotonie en un pareil sujet, qu'il fallait, là, décomposer en épisodes, sans qu'aucun des bas-reliefs pût contenir plus de deuxper-

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