‹ La sculpture antiqueChapitre 99 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

verve et de mouvement heureux, là moins hardi, moins souple, se ressouvenant un peu trop de la dureté archaïque. Le Centaure est ici plus massif; ses pattes sont moins fines, il se cabre avec moins de force nerveuse ; l'anatomie de ses membres, comme celle du Lapithe, est étudiée avec moins de précision, rendue avec moins de vérité. Telle des métopes est certainement supérieure à telle autre ; elle sort du même atelier, mais elle est l'œuvre d'un sculpteur plus habile. Pas plus que les métopes, la frise, avons-nous dit, n1est due au ciseau de Phidias. La foule innombrable de divinités, de prêtres, de jeunes gens, de jeunes filles, de cavaliers, de victimes qui déploie autour de la cella, sur une longueur de 160 mètres, tantôt avec majesté, tantôt avec grâce , son magnifique cortège, est aussi l'œuvre collective des plus habiles disciples formés à l'école de Phidias. Comme pour les métopes, — on Ta depuis longtemps remarqué, — certains groupes sont de beauté sensiblement inférieure, sans que Ton puisse dire que le sculpteur ait faibli sur ce point, car on reconnaît une main différente, d1autres procédés, surtout quelques souvenirs de raideur et de sécheresse archaïque. Mais il semble impossible de ne pas rapporter au maître lui-même la composition d'ensemble, bien plus, le dessin même de la frise, ce que les artistes nomment les cartons, car lui seul semble avoir été capable d'une conception si neuve. et si originale. « Un sculpteur de l'ancienne école, dit un fin critique, aurait fait tourner la procession autour du temple, sans commencement ni fin, comme les zones de personnages figurés par les peintres céramistes sur les vases grecs

d'ancien style. Phidias, au contraire, a donné au cortège un point de départ et un point d'arrivée, et tous les personnages sont entraînés par un même mouvement. » Parties de l'angle sud-ouest du Parthénon, Tune vers la droite, l'autre vers la gauche, les deux files du cortège se rejoignent au milieu de la façade orientale, de part et d'autre d'un groupe central.

La frise représente les préparatifs du sacrifice des Panathénées et non le sacrifice lui-même; la scène centrale même n'est qu'un épisode de ce prologue : le prêtre remettant à un éphèbe, avant d'égorger les victimes, son manteau soigneusement plié. Si l'on se rappelle que tous les détails d'ordre religieux, même les moindres, avaient chez les Grecs la même importance, on admirera l'habileté de Phidias qui a choisi pour le représenter le moment où la procession se forme, ou le sacrifice n'a pas encore commencé, car il a pu laisser aux personnages qui se meuvent dans son immense tableau une liberté de groupement, d'allure et d'attitude qui n'eût pas convenu quelques instants plus tard, à l'heure solennelle où le prêtre plongeait son couteau dans la gorge des victimes, au milieu du recueillement et du silence de la foule ordonnée symétriquement selon les rites. Grâce à ce choix heureux, nous voyons les groupes familiers des éphèbes, des femmes ou des vieillards couper la monotonie du cortège déjà formé par fragments. Si les canéphores, les nobles jeunes filles d'Athènes chargées des corbeilles saintes; si les jeunes, gens porteurs d'amphores, si les vieillards choisis, parmi les plus beaux des tribus pour présenter à la déesse les rameaux d'olivier, s'avancent déjà formes

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