STATUETTES ET GROUPES SCULPTES
Il faut grouper sous ce titre, les icônes surtout destinées à la vente et généralement médiocres au point de vue de l'art, les fragments de retables ou de reliefs, si nombreux dans les musées et les collections, et les statues plus grandes qui furent exécutées pour quelque édifice public ou palais seigneurial. Ces dernières œuvres, grandes et placées dans des endroits bien exposés aux regards de la foule, ont été presque toutes détruites. A celles-ci pourtant étaient consacrés beaucoup de soins, si non beaucoup d'art. Nous avons parlé de l'une d'elles : la Statue équestre de St-Georges (p. 74). Tous les ouvrages spéciaux citent des documents ou d'autres traces ayant trait à quelque grande sculpture en bois disparue. En i38i, Janne van Lokeren exécuta un jacquemart en bois de noisetier, destiné au clocher de Louvain ; Jean Spaden l'enlumina (i). On sait que vers 1399, plusieurs grandes statues en bois faisaient partie des processions religieuses à Anvers, notamment celle de la
(i) Van Even : Louvain Momimetitaï^ p. 194.
Vierge (i), celle de St-Jacques (2), celle du Sauveur sur l'âne, probablement en bois, et dont Bertrijn nous dit ; op den Palmen sondagh {148^), wert eerst beg07ist dant anders gkeen ejt mochte trecken Onsen Heer op den esel sitiende, dan die ten heiligen landen geweest hadden. C'est une énorme statue semblable que Jean Van Bullestraten avait exécutée (1497) à Louvain, et que l'on promenait le dimanche des Rameaux autour de l'église ; Van Even nous apprend que l'âne était posé sur des roulettes. Ces quelques mentions font entrevoir ce qui existait à cette époque. En nous conformant à la règle adoptée ici, nous décrirons une statue de ce genre, qui servira de type. Nous l'avons décrite ailleurs :
Cette œuvre, une statue de St-Michel (3), présente deux motifs d'intérêt : sa féminité, sa polychromie (fig. 17).
L'ange est cambré, la tête inclinée, comme le
(i) « t' Sondaegs na Onse Lieve Vrouwen Hemelvaertsdag-, in august5% droegh men tôt Antwerpen aldereerst om dat Marienbelt.
« ... in. i5io, soo wert dat IMarienbelt becleet met sweert laken doen men het omdroegh ende dat om dengrooteo regen. » (Bertrijn) .
(2) « ende doen wert het beldt van St. Jacob eerst in de capelle gebracht de 25 july (1415)... « In de maent van julij doen wert tôt Antwerpen aldereerst omgedraegen het belt van de H. Jacobus ende is van de geusen gedestrueur int jaer i566, den 21 augustij. (Bertrijn).
(3) Musée du Steen, Anvers.
sont en Occident les effigies de femmes des anciens tailleurs d'ivoire et des premiers verriers.
Le torse est défendu par une cuirasse bordée supérieurement d'un anneau d'or, et qui donne à la figure un délicat aspect de minceur. Cette armure sourdement en feu, étreignant la taille comme une basquine de femme, efface l'ampleur de la poitrine que l'on s'attendait à trouver développée sous une telle figure, entourée de telles longues boucles brunes. Un bonnet, plein comme un gros fruit rouge, dont les hauts revers s'appliquent sur le corps même du volumineux couvre-chef, coiffe la tête suave.
Sauf de légères avaries, les applications de couleurs sont très fraîches et semblent avoir été posées à l'huile. Le manteau, doublé d'une teinture de bleu foncé, devint dans la suite, au contact de la pellicule d'or, la couleur d'un vert douteux et rouillé qui nous reste aujourd'hui.
Cette face ovale et ce cou allongé font songer aux proportions des figures de Jacques de Gérine. Elle fut inspirée par un visage de femme ; non pas par celui d'une de ces blondes qui caractérisent la race, mais par une de ces têtes ardentes à chevelure sombre.
L'ensemble de cette tête féminine, rigoureusement copiée d'après une femme idéalement belle, respire la quiétude extatique mêlée d'un peu de cette gloire ressortissant à une haute naissance.
Fii^. 20. — Ensevelissement ; seconde moitiédu xv^ siècle. Anvers. Musée des Anti(iuités. — Bois polycliroinc. porlaiit h poinçon d'Anvers.
Mais l'expression a la mansuétude qu'inspire une indifférence orgueilleuse. « C'est Saint Michel, personnification de la beauté physique et de la bravoure, Saint Michel juvénile, casqué et cuirassé d'argent, à la fois chérubin et chevalier, héros magnifié par son geste de disperser les influences diaboliques. » (i)
Nous citerons au cours des pages consacrées aux frères de Noie, trois statues en bois, à peu près des mêmes dimensions que le Saint Michel, c'est-àdire mesurant environ un mètre trente centimètres.
Dans notre catégorie entre certainement la statue en bois de l'apôtre Saint Jacques le majeur, patron de l'église de ce nom à Anvers. Cette statue de i586(2) fut-elle exécutée pour remplacer celle que les iconoclastes de i566 détruisirent? En tout cas, comme celle-ci elle fut portée processionnellement à l'occasion des grandes fêtes. (3) Beaucoup de qualités, et même une expression bien appropriée, s'affirment dans cette œuvre que van Lerius (4) donne à Hubert Beda. Celui-ci, cependant, ne figure dans
{1) Meraire de France. T. LXXIV p. 289 (Les Cortèges, par E. Magne).
(2 — 4) Notice de l'église St-^acques, Anvers.
(3) Le musée du Steen (Anvers) possède une statue équestre assez grande de St-Martin : C'est une œuvre sans aucune valeur artistique, et que l'on pourrait difficilement dater.
les registres de St-Luc qu'au titre d'enlumineur de statues, (i) Nous voyons l'œuvre d'un enlumineur ce qui, certes intéresse notre sujet, mais nous ignorons le nom du sculpteur qui tailla le bois.
C'est sans doute Beda qui livra la statue à l'administration de l'église puisqu'il en reçut le paiement et, en outre, qu'il est qualifié d'enlumineur et inarchaiid (koopman) dans le Journal de l'église.
A la même famille appartient le Saint Christophe géant conservé au Musée du Steen. Ce monument en chêne, mesurant plus de deux mètres, est d'une exceptionnelle beauté. Les jambes nues du saint, ses bras et son masque sont travaillés par un ciseau artiste et respectueux. Il n'a négligé, ni l'effet de l'ensemble, ni les détails, les cheveux, les draperies. Jésus, sur les épaules de St Christophe, est meilleur
(i) « Hubert Bedae, fils de Balthasar, natif de Malines, étoffeur de tableaux, w fut reçu bourgeois d'Anvers, le i3 octobre iSSg. — (Chev. L. d. B-)- — « i5S6, le vij septembre payé à Hubert Beda, la somme de dix florins, pour la statue de St-Jacques, que l'on porte en procession à la St-Jacques. » — Journal de l'égl. St-Jacques de i585 (depuis la reddUion de la Ville) à i586. — Item, payé à Hubert Beda, peintre, pour avoir étoffé le marche-pied du maître-autel et peint de noir les grilles du cimetière,... compte de l'égl., N.-D. Noël iSSS-iSSg. — Doyen en i588 et en iSgo. — Son fils Gilles fut également enlumineur. — Thomas Broune, enlumineur, maître en 1606, fut l'élève de Beda, en iSgS.
que les figurations d'enfants de la fin du xv^ siècle, auquel l'œuvre appartient.
Il est entendu que les rares grandes statues qui subsistent encore ne sont pas des œuvres d'art, de même que toutes les petites, fussent-elles destinées au marché, ne sont pas dénuées de valeur. Nous en signalons ici quelques-unes qui se présentent comme de parfaites sculptures. Soins plus attentifs donnés au travail ? Ouvrier plus artiste ou plus consciencieux ? En tout cas, par leurs dimensions, elles se distinguent nettement du groupe que nous venons de commenter.
La petite Vierge (i) de l'Orphelinat d'Anvers (fig. 4) semble, en effet, un bois fouillé de manière insolite. Elle est assise sur une chaise sans dossier, ses pieds reposent sur le croissant symbolique. Malgré le fini du travail et la recherche de grâce dans les détails, le cou gracile et le double menton on sent la médiocrité de l'ouvrier. Le masque de la Vierge notamment a dévié, les plis de la draperie restèrent durs. L'Enfant au long cou grêle prouve la même faiblesse. En somme, cette œuvre est plus soignée et d'une recherche plus poussée du décoratif.
Une délicate Vierge du Musée du Steen (n" 84), fait aussi exception. La technique est fort attentive si d'autre part, les formes ne sont pas toujours exactement rendues. Les paupières sont minces et sem-
(i) Moulage au Alusée du Cinquantenaire, n° 1026.
blent diaphanes. Malheureusement, l'œuvrette est très mal rapiécée. La robe est ornée comme celle du n° 216. L'enfant et la Vierge montrent sur le haut de la tête la petite circonférence où s'adaptait la couronne en métal précieux. Les cheveux semblent étudiés d'après nature. Très peu de traces de polychromie.
Un beau manteau bleu indigo aux plis gracieusement taillés couvre une autre Vierge du même musée (n° io3). Elle est fort élégante avec ses longs cheveux et les légères draperies qui s'échappent de sa couronne, et dont l'une passe devant l'épaule et la poitrine, puis s'arrête sur le bras où est blotti l'Enfant. Celui-ci tient la main de sa Mère d'une manière assez inattendue et charmante.
Une grande Sainte, de la même collection, vêtue de rouge et de bleu, fait songer à la Sabine de Steinbach de la cathédrale de Strasbourg. Elle porte une étroite couronne en forme d'anneau; son regard est un peu strabite.
La Religieuse (n" 53) dont le camail blanc apparaît sous le grand manteau bleu sombre, est d'une exécution plus faible que cette Sainte. L'Enfant emmailloté et la Religieuse qui le porte offre le même type de figure. Ce type conventionnel et banal, et les plis du manteau donnent beaucoup de raideur à l'image ; néanmoins ceux-ci ne sont pas les plis gauches et sans vie des statues que nous allons nommer. Rapprochons de ces dernières sculptures
Fi"". 21. — Kktablj: iju Comte vax dki; Straktkx-Poxthoz ; xv*^ sikcle.
le n° i3i9 des Musées roj-aux de Bruxelles. Cette œuvre nous semble avoir été exécutée à Anvers.
De petites figures de Christ en croix ont été sauvées et se retrouvent dans beaucoup de collections. Celle du musée du Steen (n° go) est remarquablement bien taillée et peinte (fig. 19). Ne mesurant pas cinquante centimètres, il provient probablement d'un retable.
Voici une figure de Jiuf{n° 43 Musée du Steen) assez grossièrement taillée quoiqu'appartenant probablement à une scène de Crucifiement (fig. i5). Elle nous semble du même atelier que le retable d'Oplinter, est entièrement dorée, et porte la main d'Anvers. M. Claes possède parmi les objets de sa collection, deux jolies sculptures en bois, provenant d'ateliers anversois et dont l'une porte la marque d'identité.
M. Jos. Destrée a dit combien la Sainte Anne, portant la Vierge, qui à son tour porte l'Enfant, est une image commune au xyi*^ siècle. On rencontre autant de ces figures que de Vierges isolées. Les n°* 70 et 2o3 du Musée du Steen en sont des spécimens caractéristiques. Le premier ofire une Sainte Anne trapue en cape jaune, robe bleu verdâtre, très foncée. La petite figure de Marie qu'elle porte a les cheveux longs et de couleur noire ; sa robe rouge cache un peu l'Enfant qui des deux mains soutient un livre. Nous ne citons pas les innombrables répliques, peu variées, qui existent de ce motif.
Provenant en général de petits autels ou d'étroites niches, beaucoup de saints sculptés en bois sont conservés aujourd'hui dans des musées et même chez des particuliers. Il y a peu de temps, la démolition d'une porte bâtarde de l'hospice de la Longue rue Neuve (Anvers), fit disparaître la divine petite statue de Ste Barbe du xvi'= siècle qui l'ornait. Ainsi beaucoup d'autres statuettes en ibois vont, comme celle-là, se réfugier dans les collections d'oeuvres d'art.
C'est dans la même catégorie que cette Sainte Barbe, qu'il faut ranger les figurines qui suivent. Il est impossible, notre esquisse ne pouvant prétendre à être complète, de citer toutes celles qui existent encore. Que l'on en trouve ici quelques spécimens du xvi^ siècle.
Voici d'abord un Saint Pierre (n° 64, Musée du Steen) vêtu de rouge, portant les deux clefs. Il a la forme d'un gros pain de sucre, le cou épais et la barbe courte. C'est un bloc de bois qui semble à peine arrondi. De même quant au Saint Paul (n° 55), pourtant moins lourd et montrant une tête plus spirituelle. Dans V Evangéliste (n° 44) on peut remarquer toute la négligence ou l'ignorance des ouvriers : voyez comment le sculpteur veut rendre les coudes que font les membres sous les étoffes ! Saint Siméon (St-Jude?) est plus grand que les derniers; ses habits sont plus compliqués et d'ailleurs, comme le masque et les cheveux, plus travaillés.
Un t3^pe de genre purement commercial est représenté par un lourd Saint Eloi, du Musée du Steen (n° 29). C'est une simple masse de bois où quelques plis symétriques sont taillés. Le personnage est mitre, porte le marteau et la crosse. Ce saint, patron des corporations des forgerons et des orfèvres et apôtre d'Anvers, fut très souvent sculpté par les imagiers de cette ville.
Le nP 37 nous montre un autre patron de corporation, Saint Christophe, protecteur des porteurs de tourbe. Cette figure et les deux autres qui l'accompagnent, deux membres de la corporation (n°* 35-37), sont plus élancées que les précédentes. Saint Christophe est d'une maigreur un peu forcée, l'Enfant qu'il passe est pourtant très admissible. L'un des membres porte un sac plein, l'autre vide un sac d'où tombent des blocs carrés de tourbe. Ces figurines proviennent d'une torchère ayant appartenu à la dite corporation. Ajoutons à cette série un Buste de Jemme (n° 28) de la même provenance. Il offre un type assez agréable et rendu avec beaucoup d'esprit.
En vérité, certains petits groupes que nous signalerons plus loin sont des œuvrettes intactes et destinées à la vente tout comme les sculptures que nous venons d'indiquer. Tous ces spécimens d'un caractère mercantile, dit M. Destrée, attirèrent
en 1886 l'attention de Corroyer et Courajod (i). « Ils ont, disent les savants précités, des airs de familles perceptibles et reconnaissables pour les yeux les moins prévenus. Ils n'offrent quelquefois qu'un degré de finesse assez relatif et sans vouloir les déprécier, paraissent avoir été le produit d'une fabrication courante régulière, d'une industrie organisée et pourvue de modèles et de poncifs quotidiennement répétés. En tous cas, bons ou médiocres, ces morceaux de sculptures proviennent presque toujours de retables d'église portant l'empreinte d'un art spécial fortement caractérisé. Ce caractère spécial est tellement évident qu'on ne peut pas hésiter à le reconnaître même quand on le rencontre sur des ouvrages placés de temps immémorial dans les églises des autres provinces de la France et de la Belgique et aussi de l'étranger. Le type le plus fréquent est celui de la Vierge tenant l'Enfant Jésus qui se trouve fort bien caractérisé par la Vierge de M. Corro3^er)). (Reproduit dans l'étude de M. Destrée qui cite le passage que nous donnons ici).
« De tous les objets sortis de ce milieu industriel, celui que l'on remarque le plus fréquemment
(i) Courajod a aussi parlé des deux statuettes, marquées de la MAIN d'Anvers, que Charles Stein offrit au Lou\Te. — Bulletin des Antiquaires de France (18S6). — Je ne sais si la Statuette de Casterlé, que M. F. Donnet date du xv^ siècle, est un travail anversois.
est la figure en bois de la Vierge et de l'Enfant Jésus taillée presque toujours sur le même patron. Tête poupine, vêtements à plis longs et cassés mais plus amples que dans l'école purement bourguignonne des successeurs de Sluter et rappelant le style du maître de 1466 et de gravures flamandes de la seconde moitié du xv^ siècle, robe décolletée suivant la mode portée du temps d'Anne de Bretagne. Enfant Jésus généralement trop petit de proportion et quelquefois grimaçant «.
Quelle que soit la provenance du Co^ironnement de la Vierge (Musée du Steen), son exécution n'est guère supérieure aux sculptures mercantiles dont nous venons de parler. Sa technique rappelle le grossier travail du Saint Eloi (n" 29). Citons ici une autre grosse sculpture, en vérité infiniment supérieure, le Buste du Christ couché sur un coussin de nattes (n° 200). D'autres débris subsistent.
Voici, choisi parmi les fragments de retables composés de plusieurs figures et les petits groupes isolés du commencement du xvi^ siècle, trois délicieuses pièces marquées de la main d'Anvers. Elles font partie du Musée du Steen. Sauf l'Enfant, le N° 216 offre un des plus jolis travaux de ce genre. Les draperies suivent ici les formes du corps ; les
longs cheveux de la Vierge semblent bouclés par un peintre primitif. Les masques un peu joufflus sont fort précis, symétriques et même délicats.
Les saintes femmes an tombeau (n° g) est un fragment de retable décoloré (fig. g). Il est traité en bas-relief, et composé selon les lois bien simplifiées que nous avons observées dans les retables. L'ange qui étale le linceul aux regards des femmes est une belle image de graveur sur bois ; Madeleine a cette large tête ronde dont nous retrouvons partout le type aux œuvres anversoises.
Aucun de ces petits groupes marqués que l'on trouve au Musée du Steen ou ailleurs ne surpasse r originale Mise au tombeau (fig. 12) en chêne foncé qui offre cinq personnages alignés près du corps du Sauveur. Saint Jean apparaît comme un jeune chevalier. Les autres figures ont toutes un type très individuel. Quoique très déliées et multiples, les formes ne s'isolent nullement et se lient partout en un bel ensemble.
Au même musée on trouve deux autres figurations intéressantes (non marquées) de la Ste Vierge, Ste Anne et l'Enfant (i). La première, n° 3i, mesure environ un mètre de haut (fig. 14) et rappelle de
(i) Le catalogue de l'exposition de Malines, i863, donnait sous le n" 194, une sculpture en chêne. Les deux larrons en croix ; la Sainte Vierge, Saint Jean et Sainte Marie Madeleine. Statuettes détachées d'un groupe représentant le crucifiement,
manière assez précise le motif central de la Sainte Anne de M etsys, à Bruxelles. Les femmes sont assises sur une large cathèdre. L'autre, le n° 210, est plus conforme aux innombrables scènes similaires que l'on trouve disséminées dans toutes les collections de la partie septentrionale de l'Europe.
Malgré sa ressemblance avec certaines œuvres brabançonnes, nous croj'ons pouvoir donner la Cène (n° 211) aux ateliers d'Anvers. Ce fragment de retable est superbement conservé et offre à l'étude de la pol^'chromie les plus précieuses indications (fig. II). On peut y découvrir les procédés des ouvriers, d'ailleurs très simples. Chaque type semble un portrait de bourgeois ; Judas, avec trois figures qui lui ressemblent, est forcé et caricatural. On y voit une tête à grande barbe pointue, à longs cheveux, aux lèvres épaisses et au nez fort : elle honorerait le meilleur caractériste-iàédliste moderne. Nous attirons l'attention spéciale du lecteur sur cette œuvre d'art.
Le musée en question possède plusieurs autres fragments de retable. D'ailleurs les débris de ce genre sont si nombreux qu'il faut renoncer à en dresser le catalogue, du reste ceci n'aurait qu'une utilité trop purement archéologique. Le n° 38 représente un Circoncision dans le style du retable de
Ecole anversoise, vers i5io, H. des statuettes 0,89. M. vau Halle, Turnliout.
Tongres, le n° 41, une Adoration des Mages, le 11° 5/ deux figures polychromées provenant d'une An)ionciation tirée d'un retable du XV!"^ siècle. En somme, le Musée du Steen, quoique l'on ait dit ou cru, renferme de nombreux et très précieux documents pour l'étude de la sculpture anversoise. Il compte environ deux cents pièces en bois taillé, dont beaucoup portent la marque des ateliers d'Anvers. Le Fragment de Cruci/ienient du Musée d'histoire et d'art d'Amsterdam (n° 52) est d'une grande importance pour nous. L'attention du public a été attirée sur ce travail par des notices qui parurent dans le Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France (i885) et dans le Bulletin de la Commission royale d'Art et d'Archéologie (1894J. Cette œuvre anversoise (fig. 8) de la fin du xv^ siècle, est divisée en deux étages. En bas, on trouve deux saintes et deux hommes en haut relief, plus haut, Longin et un autre soldat à cheval. On y découvre, brûlée dans le chêne, la marque des ateliers d'Anvers.
Au même Musée, également marqué, on trouve un médaillon en bois de chêne (fig. 3) représentant Adam et Eve chassés du Paradis (n° 53). D'après le catalogue des collections de sculptures, ce travail aurait orné une clef de voûte. Ensemble très décoratif exécuté vers le milieu du xv^ siècle. Le Christ jardinier (n° 55 ; fig. 6) et Le Couronnement d'épines (n° 56 ; fig. 7), au dit musée, proviennent sans doute
yJÊ
Fis;. 23. — Retable de Toxgkes ; comm. du xyi"^ siècle. Toiigres. Eglise Ste-Materne. — Bois polvchvomé. portant les poinçons d'Anvers.
du même retable anversois. En tout cas le n*^ 55 porte la marque des ateliers d'Anvers. Les deux œuvres semblent appartenir aux dernières années du xv^ siècle.
Le Fragment de Crucifiement (n° 99; fig. i3)), également à Amsterdam, est moins ancien que les œuvres précédentes, il date du commencement du xvi^ siècle.
L'étude des quelques rares vestiges d'enseignes et de décors sculptés aux façades du xvi'^ siècle, serait fort intéressante. A Anvers, en comptant les simples fleurons et les culs-de-lampe, on ferait un catalogue comptant une centaine de numéros. Nous n'en citerons que quelques-uns, les principaux ou les plus caractéristiques. Malheureusement, comme ce joli bas-relief en pierre (commencement du xvi^ siècle) du Canal au Fromage, qui représente des maçons à leur métier, ils sont généralement fort endommagés. A Lierre et ailleurs on illustrait la façade de la même manière, à preuve le bas-relief reproduit dans La Sculpture brabançonne (i). Parmi les nombreuses enseignes conservées au Steen, nous citerons celle de la maison de Wyngaertpoort (n° 27),
(i) Jos. Destrée, fig-. 33. Conservé aux Musées royaux des Arts décoratifs, à Bruxelles.
située au coin de la rue Porte-aux-Vignes. C'est un beau travail du xvi*^ siècle.
Le plus bel ornement de ce genre est cette série de bas-reliefs décorant la Maison des Drapiers (BeyersJiuis) n" 36, Grand' Place, construite vers 1541. Ce sont dix pierres sculptées. L'une d'elles représente, symbolisant le nom de l'enseigne, « La vieille Balance », deux hommes s'occupant d'une balance ; d'autres font souvenir de divers moments du métier des drapiers ou représentent leurs outils.
Les bas-reliefs en pierre et les ornements taillés dans le bois des portes s'étalaient du reste sur toutes les constructions de quelque importance. Le basrelief original qui surmontait le portail de la Maegden Huis, Longue rue de l'Hôpital n° 2g, a été déposé au Musée des Antiquités, et remplacé par une copie. Presque toutes les portes doubles du xvi^ siècle, comme celle de la maison susdite, s'ornent, en manière de clef à leur arc cintré, d'un masque sculpté dans la pierre. Les sculptures de la porte d'entrée d'une maison (n° i5)de la rue Haute, à Anvers, peuvent servir de type de ce genre de décoration architecturale.