Cf. ci-dessus, p. 114 sqq
COMMENCEMENTS DE L INFLUENCE IONIENNE
depuis 560-550 environ, les œuvres des Chiotes commencent à être de plus en plus connues des sculpteurs attiques. L’auteur de la statue xoanisante sera allé à Délos et y aura vu des œuvres nouvelles pour lui, autrement agréables que les siennes; peutêtre, à Athènes même, aura-t-il eu l’occasion d’étudier quelque offrande en marbre, venue de l’Ionie... Bref, par quelque moyen que l’on suppose, ce pur Attique a trouvé son chemin de Chios.
Ses premiers pas dans ce chemin nouveau sont encore mal affermis ; il ne peut ou ne veut rompre entièrement avec son passé. Son œuvre se ressent du désarroi momentané de son esprit : elle n’atteint pas à la gentillesse amusante des véritables Ioniennes, elle reste raide et sévère ; d’autre part, elle a perdu ce qu’il y avait de réelle finesse dans la raideur de son aînée, et laissé éteindre la petite flamme de vif esprit qui brillait en celle-ci. L’artiste, tout préoccupé des nouveautés du costume et du geste, a négligé la physionomie ; ou du moins son ciseau n’a pas été, cette fois, aussi heureux et n’a point retrouvé, dans la combinaison des traits du visage, ce je ne sais quoi d’où jaillit, dans l’autre statue, l’étincelle de vie et d'intelligence. Cette seconde œuvre que nous connaissons de lui ne saurait, comme la première, séduire un dilettante ; mais, pour l’historien, elle est des plus précieuses, en ce qu’elle témoigne clairement de l’orientation nouvelle donnée, après le milieu du vie siècle, à la sculpture attique1.
Un témoignage du même genre, et non moins significatif, nous est fourni par la tête Rampin, au Musée du Louvre2. Si cette tête nous était parvenue mutilée de telle façon que le travail des cheveux et de la barbe en fût méconnaissable, mais avec les oreilles et le visage intacts, personne n’eût hésité à la ranger immédiatement à côté du Moschophore et de Y Hermès à
1. On a retrouvé sur l’Acropole une petite figure, n* 611, qui porte un chitôn à apoptygma , tout pareil à celui que nous venons de décrire : cf. Au mus. de l'Acrop ., p. 165. On doit l’attribuer au même auteur encore; mais celle-là est si mutilée qu’il n’y a pas lieu d’en faire plus qu’une simple mention.
2. Découverte à Athènes en 1877. Marbre des Iles. — Publications les plus récentes : Monuments Piot, Vil, 1900, pl. XIV, p. 143-151 (H. Léchât); Brunn- Bruckmann’s Denkmæler, pl. 552 (Arndi) ; S. Reinach, Télés antiques , pl. 3-4. Aux renvois divers qu’on trouvera dans ces publications, ajouter : Pawlowski’ op. L, p. 125, fig. 30; Daremberg-Saglio, Diction, des anliq., article Corona, p. 1529; Perrot, Ilist. de l'art, VIII, p. 641, fig. 328.
la syrinx , dans la catégorie de ces premiers marbres attiques1, qui gardent l’empreinte si visible de la technique invétérée du bois et du calcaire tendre. La mâchoire aux contours raides, les grosses lèvres légèrement arquées, sans modelé, arrêtées droit aux deux extrémités, les yeux largement ouverts, éclairés d’un vague sourire, les oreilles sèchement creusées comme à la pointe d’un couteau, et, d’une manière plus générale, toute la facture à la fois simple, sincère et gauche, ne permettraient pas de douter que cette tête fût, comme les figures que je viens de rappeler, un produit attique un peu antérieur à 550. Même le travail de la barbe n’aurait pas suffi à modifier cette première impression, encore qu’il témoigne d’une tendance à l’artifice conventionnel et aux minuties décoratives, qui n’est pas en parfait accord avec les qualités de loyale observation de la nature dont témoigne le reste du visage : car on se serait aussitôt souvenu que le Zeas de Y Hécatompédon ( Au musée de l’Acrop ., p. 91, fig. 4) offre déjà une barbe toute pareille d’exécution à celle de la tète Rampin. Mais le travail des cheveux est plus nouveau, spécialement sur le front et les tempes, où les boucles, découpées en forme de cordons de perles, se contournent sur elles-mêmes à leur extrémité et se recroquevillent à la façon d’une queue d'hippocampe.
Que l’on observe bien quelle est ici la véritable nouveauté et par quoi elle est significative. Le découpage des cheveux en chapelets de grains enfilés n’estpas pour nous surprendre, puisque nous l’avons déjà rencontré au moins une fois, dans une des sculptures en pierre tendre (tête du dieu drapé, dans le fronton d'iris : Au musée de l'Acrop., p. 99, fig. 5). Les cheveux ne nous présentent donc pas, à proprement parler, aucune innovation matérielle2. Néanmoins n’est-il pas vrai qu’à cause de ses cheveux la tête Rampin prend un autre aspect et décèle un autre esprit que la tète du petit dieu drapé ? La raison en est que l’auteur de cette sculpture en pierre tendre avait simplement emprunté un procédé qu’il trouvait ingénieux et commode pour rendre les masses bouffantes et ondulées de lachevelure ; et il en avait usé sans prétendre en tirer autre chos3 que cela, sans y attacher une valeur spéciale; aussi, par cette sage