‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 105 sur 312 · Cf. ci-dessus, p. 104 sqq · texte numérisé non relu

Cf. ci-dessus, p. 104 sqq

2. On peut rappeler encore, pour le travail des cheveux en chapelets, les boucles tombantes de ÏHydrophove et celles de l'Athéna du fronton de 17/ecntompédon.

COMMENCEMENTS DE L INFLUENCE IONIENNE

subordination de l’accessoire au principal, avait-il maintenu inaltérée l’unité de son travail1. Mais, au contraire, ce qui n’était pour ce sculpteur qu’un expédient est devenu, pour l’auteur de la tête Rampin, l’affaire la plus importante; il a été visiblement séduit par les minuties et les coquetteries auxquelles prêtait une convention de ce genre, et ces boucles recroquevillées sur le front, ces accroche-cœur sur les tempes lui ont paru dignes de plus d’étude et de soins que les traits mêmes du visage. C'est là qu’est la nouveauté : dans cette recherche de l’ornement pour l’ornement, dans cet emploi d’un procédé conventionnel, non point par pis-aller et faute de mieux, mais à cause des ressources décoratives qu’on y trouve à exploiter, en sorte que l'artiste poursuit une création de fantaisie, au lieu de garder les yeux fixés sur son modèle, et s’éloigne de plus en plus de la nature, en ne songeant qu’à la parer. L’exemple était donné par les sculpteurs ioniens : le brave ouvrier attique qui tailla la tête Rampin voulut emboîter le pas à ses brillants rivaux et exécuter, lui aussi, de ces fines frisures que les artistes de Chios, entre tous, savaient si joliment enrouler sur les fronts de leurs aimables corés2. Mais il ne sut que copier avec une laborieuse gaucherie un détail particulier, sans avoir fait passer dans son œuvre entière le goût général d’élégance dont ledit détail n’était qu’une des multiples manifestations ; il a simplement abouti à superposer un peu d’ionisme au vieux fonds attique. Et c’est par là même que la tête Rampin est instructive; nulle autre ne nous fait mieux voir, avec une netteté plus brutale, ce qu’a été la première rencontre entre les écoles ionienne et attique qui devaient bientôt accorder plus harmonieusement leurs tempéraments et qualités propres3.

En beaucoup plus lourd, plus grossier, d’une grossièreté qui

1. On en a une preuve frappante dans le fait suivant : il existe une seconde tête en calcaire, qui provient de ce même fronton cl'Iris (cf. Au mus. de l'Acrop.. p. 96, note 4; ’Eçvip.. àpx-, 1891, pl. XIV, à gauche ; Wiegand, Poros-Architektur , p. 206, fig. 223). Les deux tètes ont même physionomie et même caractère, bien que la chevelure soit traitée d'une manière toute différente : par où il apparait clairement que l’exécution des cheveux n’a été pour l'artiste qu’un détail secondaire.

2. Comparer les cheveux d’une des corés de l'Acropole {Au mus. de l'Acrop .. p. 203, fig. 22 . — Cf. Monuments Piot , VII, 1900, p. 150, note 1 (II. Léchât).

3. M. Arndt a insisté en termes très forts, presque excessifs, sur cette brutalité dans la juxtaposition des caractères attique et ionien : cf. Brunn- Bruckmann’s Denkmæler , notice de la pl. 552.

confine sans le savoir à la caricature, nous retrouvons encore ce mélange d’éléments attiques et ioniens dans une tête d’Éleusis, au Musée national d’Athènes1. Avec sa grosse face campagnarde, taillée comme à la serpe2, couronnée sur le front et coiffée surtout le crâne de frisures innombrables dont la stérile minutie ne le cède qu’à l’insigne malhabileté, cette tête réalise un vrai type d’inélégance par la prétention même à l’élégance, et on a envie d’interpréter son niais sourire comme n’exprimant rien d’autre que la joie béate et sotte du paysan qui croit avoir attrapé le bel air des citadins. — Une seconde tète pareille, qui est très probablement du même artiste, plus petite d’ailleurs, et moins significative parce que le travail en est plus rapide et plus abrégé, a été découverte sur l’Acropole d’Athènes [Au musée de l'Acrop ., p. 389, fîg. 43).

Dans les oeuvres précédentes, l'influence des productions statuaires de la Grèce orientale se reconnaît seulement à certains détails du costume et de la coiffure : traits superficiels, et peu importants en somme, car ils auraient pu être l’effet d’une mode passagère et disparaître comme ils étaient venus, sans laisser de trace dans l’art attique. Mais d’autres œuvres que nous allons voir ont gardé de cette influence étrangère une empreinte toute différente, plus profonde, et dont les conséquences sont plus considérables. Les auteurs de ces marbres-là sont restés fidèles, pour le travail de la chevelure, aux anciennes traditions de leurs ateliers, soit par la force de l’habitude ou par un juste dédain des colifichets; mais ils ont, chose bien plus grave, modifié le rendu des formes et le caractère de la physionomie.

Une tête d’homme [fig . 12), au musée de l’Acropole3, exposée juste en face du Moschophore j présente par rapport à celui-ci des ressemblances et des différences, que M. Winter a été le premier à signaler et à interpréter. C’est le même dessin de la bouche, de l’œil et du sourcil, de l’oreille; la même construc-

1. N° 61. Cf. Au mus. de l'Acrop., p. 388 sqq. ; Brunn-Bruckmann’s Denkmæler, deux gravures insérées dans la notice de la pl. 552. — Marbre des lies ?

2. Ce n’est pas là une simple façon de parler : la tête en question a gardé plusieurs traits de l’ancienne technique du bois.

3. N° 617. Hauteur, 0n,,175. Marbre pentélique : Lepsius, op. L, p. 74, n°61. — Cf. Alhen. Mittheil., XIII, 18S8, p. 120 (Winter) ; Pawlowski, op. I. , p. 224, fig. 75; Mv7)|xe?a i % 'EW.àSo;, pl. XXXI, 2, en bas.

COMMENCEMENTS DE l’iNFEL'ENCE IONIENNE

lion générale du visage, à l’ovale un peu large, au menton carré, aux traits éclairés d’un léger sourire, calme et naturel. Mais, outre qu’on n’y trouve déjà plus les traces dernières de la technique du bois (telles que l’arète en saillie prolongeant

Fig. 12. — Tête d’une statue d’homme (Acropole).

l’angle externe de l’œil, la petite rainure circonscrivant les ailes du nez, le biseau vertical au dessus de la lèvre supérieure et au dessous de la lèvre inférieure), certains détails dénotent un changement qui n’est pas dû au seul progrès du temps. Les yeux sont moins largement ouverts et posés un peu obliquement; ils participent ainsi au sourire de la bouche, et par là

s’accroît l’air avenant de la physionomie'. La bouche même tend à s’arquer davantage, en prenant un modelé moins sec. Les parties de chair ont plus de moelleux ; avec des dessous toujours aussi fermes et bien construits, il y a maintenant une enveloppe plus douce. Or, si la disparition de quelques traits de facture, encore très apparents chez le Mcschophore , quoique peu convenables au travail du marbre, s’explique tout naturellement par une expérience plus grande delà matière nouvelle, les autres caractères, dans la mesure où ils ne sont pas la suite normale des tendances que nous avons maintes fois constatées et le développement direct de l’idéal proprement attique, ne peuvent résulter que de l’intervention d’un élément jusque là inconnu. Cet élément est l’influence exercée parles oeuvres de sculpture ionienne, lesquelles, de plus en plus, retenaient l’attention des sculpteurs d’Athènes. Par elles, un mol souffle d’Ionie semble passer à travers les ateliers attiques : ce n’est pas seulement des modes de costume et de coiffure qu’elles apportent, c’est un goût très vif pour le modelé caressé, pour les contours coulants, pour une expression d’amabilité souriante qui, des yeux et des lèvres, se répand sur la physionomie entière.

La tête dont il vient d’être parlé ne cède que peu à peu, avec une insensible lenteur, à la victorieuse influence ionienne. Mais en voici une autre (fig. 13), à l’Acropole encore1 2, qui nous fait franchir une étape de plus. Elle a gardé, sous le polos dont elle est coiffée3, les mêmes cheveux festonnés, d’un travail relativement simple, que la tête n° 617 (fig. 12); et le tracé des paupières aussi est à peu près le même. Mais elle en est différente par l'ovale du visage plus mince, par le nez

1. L’œil gauche est un peu plus remonté que l’œil droit; de même, le sourcil gauche par rapport au sourcil droit. Les exemples de cette dissymétrie sont très fréquents dans la statuaire grecque, et non pas seulement à l’époque archaïque. On en a donné des explications erronées, pour n’y avoir pas reconnu tout simplement ce que c’est : une petite faute, une négligence, et rien autre chose.

2. N° 654. Hauteur actuelle, 0",12. Marbre de Paros : cf. Lepsius, op.

p. 70, n" 26. — Cf. Athen. Mittheil., IV, 1879, pl. VI, 1 (Milchhœfer) ; Pawlowski, op. Z., p. 222, fig. 74; Ilofmann, Untersuckungeniiber cl. Darstellung cl. Haares, pl. Il, 6 ; Mvïip.eïa 'EXXàSo;, pl. XXXI, 4, en haut.

3. Il n’y a, au musée de l’Acropole, que deux têtes archaïques qui soient coiffées du polos , et la seconde (dont il sera question plus loin) est de grandes dimensions. La tête n" 654 peut donc être désignée très clairement, sans confusion possible, parles mots : petite tète à polos.

COMMENCEMENTS DE L INFLUENCE IONIENNE

moins large du bas, par le menton plus fin et presque pointu, par le globe des yeux moins plat, par le dessin de la bouche, dont les lèvres, plus épaisses au milieu, vont en s’effilant aux commissures. Non seulement le sourire est bien plus marqué,

Fio. 13. — Petite tête à polos (Acropole).

au point que l'arc tendu de la bouche refoule en un épais bourrelet toute la chair des joues vers les pommettes; mais il est d’une espèce et d’une qualité autres : ce n’est plus, comme dans la tête n° 617, ou dans la tête Rampin, ou chez le Moschophôre , ou, en reculant toujours davantage, comme chez le

triple Typhon lui-même, un léger épanouissement montant de l'intérieur de l’être et venant affleurer au bord des lèvres; c'est un sourire visiblement factice, parce qu’il est, pour ainsi dire, appliqué du dehors. Et ce sourire commande tout, il détermine jusqu’à la construction du visage. Dans les têtes précédentes, les points principaux, autour desquels s’ordonnent les divers plans, sont les pommettes larges et le menton carré; ici le principal est la bouche souriante, encadrée par deux larges parenthèses qui vont des ailes du nez à la pointe du menton et sont produites par la tension même de la bouche; et le contour des joues, les yeux et les sourcils obliques, tout le reste obéit au mouvement imposé par la bouche. Les autres têtes sont, avant tout, construites par dessous, et leur physionomie dépend en grande partie de leur simple et solide structure; ici, l’affectation du sourire, d’un aimable sourire, apparaît en première ligne, et la structure matérielle semble subordonnée à cet impérieux désir de plaire.

Il y a encore deux ou trois marbres à classer dans cette catégorie, et M. Winter les a déjà indiqués1 : ce sont deux Sphinx , au musée de l’Acropole2, et une tête, au British Muséum. On y discerne sans peine, à côté des éléments qui subsistent de l’ancienne tradition indigène, ceux qu’a introduits l’influence étrangère. Le Sphinx 630 ( Au musée de TAcrop ., p. 387, fig. 42) a les cheveux disposés et travaillés comme ceux du Moschophore , avec la même bandelette les serrant par derrière, d’une oreille à l’autre ; il a même oreille plate et sèche, «en bois», la bouche dessinée à peu près de même; et on retrouve aussi la petite rainure nette autour des ailes du nez, et le petit sillon vertical au dessus de la lèvre supérieure et au dessous de la lèvre inférieure. Mais les yeux ont un aspect tout différent : ils sont très relevés vers les tempes, et leur angle interne s'abaisse en forme de petit crochet arrondi ; puis, les joues sont pleines et molles, et, sous cette lourdeur de la chair, on ne sent plus l’appui solide des os. — La tête du British Muséum {Au musée de l’Acrop ., p. 385, fig. 41) est exactement pareille, pour les caractères principaux; tout donne

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