APOGÉE DE L’INFLUENCE IONIENNE
Les vases peints contemporains ne sauraient aider à nous la figurer '■ ; du moins nous renseignent-ils sur les progrès du dessin, et, en même temps qu’ils nous montrent l’essor rapide pris à Athènes par un des arts industriels les plus intéressants à nos yeux, ils nous permettent de mesurer le rôle considérable de la grande peinture, d’après le nombre et l'excellence de ces décorateurs céramiques qui monnayaient prestement aux flancs de leurs vases les fresques déroulées aux murs des portiques ou des temples. L’étude comparée des tessons de divers âges, recueillis dans les remblais de l’Acropole, a fourni la preuve que le règne des Pisistratides avait marqué l’apogée du genre de vases peints, dûs à figures noires1 2.
Il reste les sculpteurs, pour lesquels les textes anciens sont muets3. Mais quelques inscriptions découvertes sur l’Acropole et en Attique procurent de précieux indices; et puis, il y a le témoignage des œuvres mêmes. Personne assurément, après * tout ce qui vient d’être rappelé ci-dessus, ne rejettera comme invraisemblable l’hypothèse que des sculpteurs renommés aient pu être attirés à Athènes par les Pisistratides. Mais il n’était même pas besoin d’une convocation nominative : par cela seul qu’Athènes était prospère, qu’elle se parait de constructions neuves, qu’elle inaugurait des fêtes et des concours plus brillants, tout naturellement devaient venir à elle des sculpteurs en quête de travail, prêts à décorer les frontons et acrotères des temples, à tailler les statues votives et les reliefs pour sanctuaires ou nécropoles. C’était les artistes de l'Ionie et des Iles qui étaient le plus capables, en raison de leur supériorité reconnue, d’aller faire cette concurrence aux Attiques chez eux. Et la voie leur était doublement ouverte. D’abord, ainsi que nous l’avons vu, l’influence de leur art les avait précédés ; il ne s’agissait que d’achever une conquête déjà commencée. D’autre part, l’intime alliance qui existait entre les Pisistratides et Lygdamis, tyran de Naxos4, puis cette espèce de « pro-
1. « En aucun cas, la fresque grecque n’a ressemblé, comme coloris, à un vase à figures noires. » (Pottier, l. L, p. 382). Le mot fresque ne doit pas être entendu au sens propre et technique, mais au sens large de peinture murale.