Cf. Au mus. de l'Acrop., p. 315 sqq
Un tel goût pour la décoration brillante et la parure voyante, une telle habileté technique, inventive et industrieuse seulement dans le détail, une adresse d’exécution qui va déjà jusqu’à la virtuosité, et, pour faire valoir cette virtuosité, une tendance à accumuler finesses sur finesses et à les recouper en plus fin encore, ce sont là des caractères fréquents chez les maîtres ioniens de l’Asie Mineure et des Iles1. Que l’on remarque, par exemple, les deux bouclettes de cheveux, juste au milieu du front, qui semblent les deux branches séparées d’une tige unique et juxtaposent leurs enroulements l’un contre l’autre avec tant de symétrie, immédiatement au dessous d’une petite mèche flottante qui, elle-même, n’est pas moins factice et sert à boucher le vide du milieu dans l’étage supérieur des frisures : on reconnaîtra là, je pense, sous une forme un peu changée, le même genre d’esprit que nous avait révélé le contournement en volute des quatre boucles, deux grandes et deux petites, formant « motif central » sur le front de la Nike ailée de Délos 2. D’autre part, la rondeur lourde et massive des épaules et du torse 3, que toutes les coquetteries de la toilette n’arrivent pas à dissimuler, constitue aussi un des traits habituels des figures ressortissant à la Grèce orientale4; et il n’est pas jusqu’à la forme du crâne, arrondie et fuyant en arrière 5, qui ne rappelle au premier coup d’œil celle des têtes les plus certainement ioniennes 6.
Une découverte récente a confirmé avec éclat la justesse de l’opinion presque unanimement exprimée sur le style de cette coré de l’Acropole. La tête d’une des caryatides du Trésor des Siphniens , à Delphes, offre la plus remarquable ressemblance avec celle de la statue athénienne7 : c’est le même dessin du front, la même obliquité des yeux et de la bouche, le même modelé des joues, la même expression du visage; et à cette ressemblance générale qui monte, peut-on dire, du fond des deux œuvres, viennent encore s’ajouter, par surcroît.