‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 147 sur 312 · Cf. Au mus. de l'Acrop., p · texte numérisé non relu

Cf. Au mus. de l'Acrop., p

chir plus ou moins, mais n’a pas essentiellement changé, il est heureux que cette conclusion se trouve attachée en quelque sorte à l’œuvre la plus importante de la série entière, à celle qui, même à ne la considérer qu’au point de vue matériel, se dresse plus haut que toutes les autres : dépassant de la tête et des épaules les corés de style ionien, elle émerge et se dégage du milieu d’elles, symbole de l'art attique près de reprendre la libre possession de lui-même, après avoir cédé un peu trop docilement à l’influence ionienne.

Elle émerge, mais elle ne fait point bande à part ; elle n’a point des airs de protestation bruyante. Elle est de son temps, comme il fallait s’y attendre, et suit les modes diverses qu’imposait son temps. Vêtue du long chitôn ionien et de l’himation agrafé « à l’ionienne » sur l’épaule droite, les cheveux étagés en frisures sur le front et répandus en longues boucles par derrière et par devant, la main gauche abaissée tenant suspendus en dehors les fins plis abondants du chitôn, l’avant-bras droit relevé séparant en deux masses égales les plis amples et souples de l’himation, la jambe gauche un peu avancée sur l’autre, le corps immobile et rigoureusement vertical sur les deux pieds à plat, les épaules non moins rigoureusement horizontales, les boucles des cheveux sur la poitrine absolument symétriques et pareilles, — la figure est en tout point conforme au type des corés ioniennes les plus authentiques. Mais, si l’on étudie les détails du visage, on y trouve une bouche droite, arrêtée aux deux coins par un petit plissement en virgule, des yeux rectilignes, un menton large et puissant, un front plat, une solide ossature, qui demeure apparente sous la chair des joues et donne à la face entière son aspect fort et carré : tous traits que nousavons déjà rencontrés dans la statue précédente, et qui, de nouveau, doivent évoquer immédiatement le souvenir des anciennes sculptures antiques. Les boucles de cheveux sur la poitrine sont d’un travail sommaire. Bien plus sommaires encore et même très négligés, le dessin et le modelé des oreilles1. Quant aux frisures des cheveux sur le front, au lieu de varier de forme à chacun de leurs trois étages2, elles sont

1. Même trait dans les deux précédentes statues. Et ici encore, comme dans ces deux-là, le lobule de l'oreille est percé d'un petit trou pour recevoir un ornement de bronze, au lieu d’être recouvert par l'habituelle rondelle de marbre : cf. Au mus. de l'Acrop., p. 357, note 1.

2. Comparer, par exemple, la grande « Ionienne » 682 : ci-dessus, p. 219.

LES STATUES DE FEMME

toutes pareilles entre elles, et chacune d'elles, qui consiste en un petit recroquevillement très simple, ne compte pas en soi, n'a de valeur que comme partie de l’ensemble : elles sont travaillées en vue d’un effet de masse, pour donner à distance l'impression d’une touffe frisée. On ne soupçonnera pas Anténor d'avoir, dans ces endroits-là, simplifié sa besogne par rouerie et pour dissimuler sa réelle incapacité de tailler le marbre avec l’habileté et la finesse nécessaires. Il a d’avance réfuté les soupçons de cette espèce, en faisant ce que n’aurait peut-être pas osé, ce que n'a point fait en tout cas aucun de ses concurrents : sa statue, haute de plus de 2 mètres, il l’a taillée tout entière d'un seul bloc, sans en réserver et rapporter ni une boucle de cheveux, ni un pan de draperie, non pas même le bras droit tendu en avant. Après cette belle preuve de bravoure, unique jusqu’à présent *, que l’on constate aussi comme les plis de l’himation ont été hardiment creusés par en dessous. C’est même là, il me semble, que réside une des différences les plus significatives avec les statues de style ionien : dans celles-ci1 2, les grands plis verticaux, ciselés et décorés sur leurs bords avec le soin le plus délicat, offrent un travail tout extérieur et en surface, qui ne pénètre pas, si je puis dire, et qui, par là, donne à la draperie plus d’agrément et d'éclat que de vie ; Anténor, au contraire, plutôt que de s’appliquer sur l’extérieur de l’étoffe et de la travailler par dessus, l’attaque vigoureusement par dessous , afin d’en détacher les plis, d’y introduire l'air et le mouvement. Ici encore, il visait à un effet de masse et se souciait peu de ces menues joliesses, visibles seulement de tout près, et qui ne valent point, pensait-il sans doute, la peine et le temps qu’elles exigent3.

C’est à ce caractère général que nous ramènent, en effet, les diverses observations partielles provoquées par l'étude de la

1. Sur l’usage général des pièces de rapport dans les corés athéniennes, cf. Au mus. de l'Acrop., p. 227 sqq. — 11 en était de même pour les corés de Délos : cf. notamment, chez la plus grande de celles-ci {Bull. corr. hell., XIII, 1889, pl. VII), les préparations compliquées entre l’épaule et le coude pour l'ajustage de la majeure partie du bras droit.

2. Cf., par exemple, les deux plus notables de cette catégorie à l’Acropole : les corés 682 (Au mus. de l'Acrop ., p. 203, fig. 22) et 673 (Ibid., p. 297, fig. 23).

3. Delaborde a recueilli cette « note » d'Ingres (Ingres, sa vie, ses travaux, etc.,p. 124) : « En étudiant la nature, n’ayez d’yeux d’abord que pour l'ensemble. Interrogez-le et n'interrogez que lui. Les détails sont des petits importants qu'il faut mettre à la raison. » Anténor n’aurait peut-être pas trouvé cette dernière phrase; mais il l’aurait comprise.

statue d’Anténor. Tandis que la grande majorité des autres corés ont pour trait commun l’extrême souci du détail, la recherche des délicatesses fragiles et des mignardises vaines, celle-là, toujours très simple, parfois même franchement négligée dans les petits détails, semble inviter le spectateur à la considérer d’un peu loin et d’ensemble. Et c’est considérée de la sorte qu'elle produit la meilleure impression et manifeste sa vraie nature. Elle n’a pas, non plus, cette amabilité un peu molle, ces airs penchés et souriants qui sont de règle ailleurs : le très léger sourire de sa face n’en affaiblit pas la calme dignité ; et l’attitude du corps, redressée et ferme, d’une fermeté que nous avons déjà eu une fois l’occasion de constater dans la petite coré «pseudo-ionienne» 6721, s’accompagne ici, en outre, d'une grande noblesse et d’une gravité majestueuse. L’élégance propre au costume ionien subsiste, mais elle no tourne pas à la coquetterie, à la gentillesse affectée. La façon dont ce costume est porté est plus significative que le costume même. Ou plutôt l’attention n’est pas plus spécialement retenue par le costume que par la coiffure ou par le geste, ni par aucun des éléments qui composent l’ensemble : c’est l’ensemble seul qui frappe les yeux, leur donnant la sensation nette d’une œuvre largement conçue et largement exécutée, travail d’un ciseau trop vaillant et trop réellement fort pour s’amuser plus que de raison à des colifichets, œuvre d'un artiste plus désireux d’animer sa figure d’un grand air de vie haute et fière que de lui broder des fanfreluches ou de lui tortiller des frisures, et poussé davantage par sa nature personnelle et les traditions de son école vers la noble simplicité d’un art à caractère monumental que vers le brillant et décevant papillotage d’un art surtout préoccupé de décoration.

Monumental , décoratif: dans l’opposition de ces deux mots2 tient tout le principal de l’opposition entre les quelques corés de notre troisième groupe et celles des groupes précédents. Les auteurs des trois dernières statues n’ont pas seulement hérité des vieux maîtres attiquesune certaine manière de modeler un visage humain, de dessiner l’ouverture d’un œil et la jointure des lèvres closes; ils en ont reçu aussi certaines qualités

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