‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 150 sur 312 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES STATUES D’HOMME

A la catégorie des statues de femme auxquelles s'applique le nom de corés , fait pendant très exactement cette catégorie de statues d'homme qu’on a désignées jusqu'ici sous le nom d’ « Apollons archaïques ». Comme les premières sont des représentations impersonnelles de la femme, encore jeune, mais ayant déjà tout son développement, brillamment vêtue et parée de tous les atours propres à rehausser la beauté, les secondes sont des représentations non moins impersonnelles de l’homme, pris en pleine jeunesse, imberbe, entièrement nu, brillant du seul éclat de sa beauté et de sa force corporelles. Les secondes, comme les premières, servaient aussi bien pour être dressées en l’honneur des dieux dans le voisinage d’un temple ou en souvenir des morts sur leur tombeau1. Aux unes et aux autres convient le même nom, sous sa forme soit féminine ou masculine : à côté des y.ipai, les y.oDpci. Il est dommage que ce dernier mot ne se laisse pas transcrire en français ni librement manier, comme son correspondant féminin; mais, d’autre part, il est inadmissible que l’on continue, sous prétexte de commodité, à désigner du nom d’« Apollon» telle figure que l’on sait pertinemment avoir été une figure funéraire. J’emploierai donc le mot grec.

Les du vi° siècle sont, jusqu’à ce jour, une rareté en

Attique. On découvre vite la raison principale d’un tel fait : il tient à la prédominance du culte d’Athéna, d’une déesse, sur celui d’un dieu mâle, pour qui des représentations statuaires du type humain mâle eussent été les offrandes les plus naturellement indiquées, et donc les plus fréquentes. Nul des sanctuaires consacrés à Apollon dans l’Attique ne semble avoir eu de sérieuse importance; mais, si c’était Apollon qui eût régné sur l'Acropole, au lieu d’Athéna, ce que les fouilles de l’Acropole nous

i. Cf. Athen. Mittheil., XXII, 1897, p. 109 (Schrader).

eussent rendu, ce serait, au lieu d'une troupe de corés que n’accompagne presque aucune figure d’homme, une imposante bande de xoïipst, pareils à ceux du Ptoïon, que n’accompagnerait qu’un nombre infime de corés. Sans doute, il faut ne pas oublier que la grande majorité des monuments, par lesquels nous connaissons aujourd’hui l’archaïsme attiqne, provient de l’Acropole seule ; dans le reste du pays, sans en excepter même Eleusis, les trouvailles de cette espèce n’ont pas été abondantes. A mesure qu’elles augmenteront, il n’est pas improbable qu'on verra s'accroître sensiblement le total des statues d’homme, et on peut remarquer déjà que deux des plus heureuses découvertes qui aient été faites en ces dernières années sont celles de deux y.supst, : la statue de Kéralèa , que nous avons rencontrée plus liant1, et celle de V olomandra , dont nous allons parler tout à l’heure. Cependant on aurait tort de trop spéculer sur le hasard des fouilles; la proportion numérique actuelle entre xbp en et y.süpoi ne devra pas être renversée, et les corés devront toujours rester les plus nombreuses, du moins pour la période 550-500, où leur éclosion fut doublement favorisée par la dévotion à Athéna et par l’influence, dominante alors, des écoles ioniennes qui avaient mis leurs prédilections dans ce type même de statue2.

Les figures attiques de y.supsi, justement parce qu'il n’y en a guère, ne permettent pas, comme les corés , des comparaisons répétées, se contrôlant les unes par les autres, se corrigeant ou se complétant, et menant enfin à des conclusions précises et solides. Mais les indices un peu épars qu’elles nous fournissent peuvent heureusement être reliés entre eux, grâce aux résultats les mieux établis de l’étude des statues féminines, et ils prennent ainsi une valeur positive des plus précieuses. On sait, d’ailleurs, que les y.oypsi ne manquent pas dans le reste de la Grèce : on en a trouvé une copieuse assemblée au Ptoïon3 et d’autres à Orchomène4, àActium5, à Mégare6, à Épidaure7, à Santorin8,

Page 1