Expressions de Rayet, l. l
4. Comparer, par exemple, la chevelure de la femme debout dans le relief athénien et celle d’une des déesses assises du Trésor des Cnidiens (Collignon, Uist. sculpt. gr., II, p. 61, fîg. 27 ; ou Perrot, Hist. de l'art, VIII, p. 373, fig. 170 : dernière figure à droite).
5. Un autre moyen de comparaison, fort utile pour bien saisir tous les traits
LES BAS-RELIEFS
Inférieur pour les qualités d’exécution, mais tout animé du même esprit, est encore le relief de l’Acropole n° 581, qui représente des adorants amenant à Athéna une truie pour le sacrifice1. La figure d’Athéna, étroite et mince sous ses vêtements aux menus plis abondants, avec le geste de la main gauche qui pince délicatement et relève à une hauteur invraisemblable l’étoffe du chitôn, rappelle de très près, par beaucoup de détails de la facture, les deux personnages du relief précédent2. Elle apparaît ici précieuse et maniérée, la fière Pallas, jusque dans le geste de sa main droite, inoccupée, remontée inutilement vers la poitrine, et dont tous les doigts sont pliés, sauf le petit qui fait l’important et s’allonge très raide. Les adorants sont exécutés dans un goût pareil : la femme debout, qui occupe l'extrémité droite, montre au dessus
ioniens de ce relief, nous est fourni par une sculpture de la collection Jacobsen : Athen. Mittheil. , VIII, 1883, pl. XVI (Furtwængler); Arndt, Glypt.Ny Carlsberg, pl. 4, A. Celle-ci montre une femme debout, dans la même pose — retournée — et avec le même geste des deux bras que la femme debout du morceau athénien. C'est, chez les deux personnages, le même redressement du corps, la même cambrure des reins, la même netteté de contours, la même fermeté de la poitrine se tendant en avant. Mais les différences sont intéressantes. Comme tout est coupé plus net dans le relief Jacobsen ! et comme tout est plus souple dans le relief d’Athènes ! Dans celui-ci, il y a plus d’élégance étudiée et de coquetterie savante ; dans l’autre, plus de simplicité et de sobriété. Dans le relief athénien, les bras sont grêles et minces, avec les attaches fines; dans l’autre, les bras sont plus gros, robustes, un peu carrés. Et on notera aussi, dans ce dernier, le costume plus sévère, les cheveux simplement massés ; le maniérisme n’apparaît, exquis d’ailleurs, que dans le geste de la main gauche relevant très haut une pointe de l’himation. Or, le relief Jacobsen provient de Laconie, et doit être sorti d’un atelier laconien. Il est, sans doute, d’une époque où l’action des sculpteurs ioniens s’était exercée sur l’art du Péloponnèse; mais, à côté de l’élégance un peu apprêtée qu’il doit à l’imitation des œuvres asiatiques et insulaires, il a gardé encore beaucoup du vieil esprit dorien, sérieux et sévère. Comparé à ce relief laconien où s’aperçoit le mélange des deux tendances, le relief d’Athènes se manifeste d’autant plus purement ionien. — Se rappeler aussi la stèle d’Ægine publiée par M. Furtwængler ( Alhen . Mittheil ., VIII, 1883, pl XVII). M. Furtwængler l’a, précisément, rapprochée du relief 36 du musée d’Athènes. C’est une œuvre ionienne de la seconde moitié du vi° siècle, et un témoin de plus de la diffusion des artistes asiatiques et insulaires dans toute la Grèce à cette époque.
1. Cf. ’Eçrig. àpy 1883, p. 42, n” 19 (Mylonas) ; Ibid., 1886, pl. IX (Staïs) ; Bœtticher, Akropolis (1888), pl. IX; Brunn-Bruckmann’s Denkmæler, 17, A ; Collignon, Itist. sculpt. gr. , I, p. 379, fig. 196; Perrot, Hist. de l'art, VIII, p. 621, fig. 314. — On a retrouvé ensuite et rajusté à sa place un fragment qui donne le bas de la jambe gauche d’Athéna et la tête de la truie. — Noter que le cimier du casque avait été indiqué seulement en couleur, sans relief; la couleur a disparu, mais on en voit encore fort bien la trace.
2. J’ai indiqué ce rapprochement dès 1892 : cf. Bull. corr. hell., XVI, 1892, p. 502.
de ses pieds nus un plissé de vêtement qui est d’une jolie élégance, et les contours de son corps mince, fortement cambré à la taille, sont identiques à ceux que laisse voir la déesse. Immédiatement devant Athéna, deux jeunes hommes nus, de taille minuscule, lèvent la main avec un geste précieux, et l’un d'eux étend si bien ses doigts qu’ils sont arqués à l’envers, comme s’ils tendaient à toucher du bout de leurs ongles le dos du poignet. Il n’est pas indifférent de noter que ce relief, où la coquetterie ionienne apparaît poussée presque jusqu’à l’outrance, est, contrairement à l’habitude générale, non pas en marbre pentélique, mais en marbre des Iles1 2.
Enfin, je crois qu’il convient de placer immédiatement après les deux marbres ci-dessus décrits ce curieux petit bronze de l’Acropole ?, figure qu’on ne sait, au premier abord, de quel nom désigner : qui n’est pas une statuette, puisqu’elle n’a pas d’épaisseur et que, regardée de face, elle perd on peut dire toute forme ; qui est un composé de deux feuilles de métal, travaillées chacune à part en vue de leur jonction future, puis rivées l’une contre l’autre; une juxtaposition de deux profils de la même personne, mais ayant une importance inégale ; — en somme, un relief double , avec face et revers3. Si l’on veut
1. Cf. Lepsius, op. I., p. 71, n° 42. — Je rappelle, en passant, un petit fragment retrouvé à Éleusis, qui doit provenir d'un relief d’adorants analogue à celui de l'Acropole : cf. ’Espvip. àp y., 1884, pl. VIII, 2, p. 182 (Philios). Ce fragment est aussi en marbre des lies.
2. Aujourd'hui au Musée national d'Athènes. Cf. ancien Catalogue des sculptures de l’Acropole (1888), n° 9 ; Athen. Mitlheil., XI, 1886, p. 453 ; àp y.r
1887, pl. IV ; Brunn-Bruckmann s Denkmæler , 81, A ; Collignon, Hist. sculpt. gr., I, p. 380, fîg. 197; De Ridder, Catal. bronzes Acrop., 794 ; Perrot, Hist. de l'art , VI 11 , p. 613 et 614, fîg. 309 et 310 ; Mvrjpeïa TŸjç 'EXXâoo;, pl. VI-V1I, p. 30 sqq. (Staïs). — On a retrouvé encore sur l’Acropole la partie inférieure d’une seconde figure pareille : cf. De Ridder, op. /., 795.
3. C’est quelque chose d’analogue (non pas semblable cependant) à ce tableau double de Daniel de Yolterra, qui est exposé au Louvre, dans la. grande galerie du bord de l’eau : le même sujet, David et Goliath , est peint sur les deux faces de la toile, mais d’un point de vue différent, en sorte que, d'un côté, on voit le profil droit du groupe et, de l’autre côté, le profil gauche. — L’artifice du bronze de l’Acropole mérite, d’ailleurs, d'être expliqué avec plus de détail qu’on ne l’a fait jusqu’à présent. La figure paraissant dressée rigoureusement de profil, mais étant composée d’un profil droit et d'un profil gauche, le spectateur s'attend à ne voir de chaque côté que les contours de la moitié du corps. Par exemple, il devrait voir, sur le profil droit, le profil du sein droit, et, sur le profil gauche, le profil du sein gauche ; quant au dos, il ne devrait pas exister. Or, ce profil rigoureux, logique, n’a pas été observé, sauf pour la tête avec la chevelure flottante et pour les jambes. Mais la poitrine a été modelée d’un seul côté (profil droit), et de ce côté elle se présente
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bien examiner de près cette Athéna de bronze, la forme allongée de son bras nu, son poignet mince, ses doigts longs, les contours de ses jambes, visibles sous le vêtement, la soyeuse délicatesse de sa chevelure tombante, la minutieuse ciselure des plis multipliés de son cliitôn et de son himation ; puis, cet examen terminé, revenir à Y Athéna de marbre du précédent relief et à la femme debout de la plaque du Musée national, on sentira qu’il existe entre ces œuvres une réelle parenté de physionomie1, et que le relief de bronze reproduit les caractères essentiels des reliefs de marbre, mais en les portant à un degré supérieur d’acuité, grâce à l’extraordinaire finesse des saillies, dont le métal seul est capable. D’autre part, le dessin de la bouche, aux lèvres un peu proéminentes, me semble pareil à celui que l’on constate sur le vieux relief ionien de Dorylée2.
de trois quarts; de l'autre côté, il n’y a rien : cf. les deux gravures juxtaposées par M. De Ridder, op. L, p. 311. A cette première anomalie s’en ajoute une autre : l'égide, dans les statues ou statuettes d’Athéna, est ordinairement disposée de façon que, par devant, elle ne tombe pas très bas, à peine au dessous des seins, et que par derrière, au contraire, elle couvre le dos entier, descend même jusqu’aux cuisses. On doit donc s’attendre, ici, que l’égide soit très courte de l’un et l’autre côté, puisque l’on compte que le dos n’existe pas et que la figure offre de chaque côté le profil de sa poitrine. Or, sur l’une des faces (profil droit), l'égide est en effet très courte; mais, sur l’autre, elle descend très bas, jusqu'aux cuisses : cf. les deux gravures de M. De Ridder. On constate par là que, dans cette figure qu’on croit d'abord posée toute de profil, le torse est tourné de trois quarts vers la droite : ainsi s'explique que, sur la face droite, on voie la poitrine presque entière et que le bras droit soit très sensiblement rejeté en arrière; et si, sur la face gauche, l’égide descend tellement bas, c’est que cette face représente non pas la poitrine, mais le dos; par quoi s’explique aussi la position du bras gauche, différente de celle du bras droit. Les étrangetés qui subsistent encore après cela (comme le bras gauche entièrement recouvert par l’égide ; il ne devrait pas l’être plus que le bras droit) résultent de l’étrangeté de l’entreprise même. Mais, du moins, la figure, analysée comme nous l’avons fait, se laisse bien comprendre ; elle n’est pas composée de deux profils égaux, elle a une face et un revers ; la face est le profil droit, le revers est le profil gauche. Et nous sommes ainsi conduits à une conclusion notable, à savoir que ce bronze ne doit pas être du tout qualifié de statuette, même en ajoutant ; statuette aplatie au laminoir. C'est un relief, conçu selon les lois du relief archaïque, c’est à dire avec la tête, le torse et les jambes disposés respectivement de manière à éviter partout les difficultés du raccourci.
Comparer aussi la partie inférieure du bronze (les deux jambes et les pilis du chitôn entre les deux) avec la partie correspondante de la femme debout dans le coin droit du bas-relief de l’Acropole ci-dessus décrit.
2. Cf. également, à ce point de vue, un Sphinx chypriote d'exécution onienne, au Louvre : Bull. corr. hell ., XVIII, 1894, pl. VII; Perrot, Ilist. de l'art , VIII, p. 329, fig. 142.
Ces trois reliefs, deux en marbre et un en bronze, deux votifs et un funéraire, sont unis entre eux, en dehors des ressemblances de stvle, par un trait commun, qui mérite une attention spéciale. Nous avons dit, devant les plus anciens frontons attiques en pierre tendre1 2, que le bas-relief n’est, à l’origine, qu'une sorte de développement plastique de la décoration peinte. Les rapports de la sculpture sur plan avec le dessin colorié, l’étroite union originelle de ces deux genres de représentation figurée, sont choses que l’on a trop souvent et trop bien démontrées9 pour qu’il ne soit pas superflu aujourd’hui d’y revenir en détail. Mais il arrive parfois, à ce sujet, qu’on s’imagine avoir apporté un supplément de démonstration, quand on a signalé que telle ou telle partie d’un relief a été exécutée seulement en peinture, sans intervention du ciseau3 4 * * * *. Les exemples d’un tel procédé abondent, non seulement à l’époque archaïque, mais dans tous les siècles de l’art grec; c’est un expédient commode, qui est dû à l'usage de la polychromie. Seulement les rapports du relief et de la peinture doivent, à mon avis, être envisagés d’un autre point de vue; et la question de la couleur importe moins que celle du dessin.
Le bas-relief étant issu du dessin colorié, mais empruntant à la statuaire son principal moyen d’exécution, deux voies un peu différentes s’ouvraient devant le sculpteur de reliefs, selon qu’il se laisserait guider davantage d’après les œuvres de la peinture ou celles de la statuaire. Tout en observant les règles inéluctables du genre1, l’artiste pouvait, par exemple, accorder le meilleur de son attention au modelé, et, en conséquence, préférer les formes nues ou largement drapées; il pouvait rechercher les saillies un peu fortes, qui donnent plus de jeu au ciseau, plutôt que de buriner une surface plate, aux variations presque insensibles ; en somme, transporter au