Cf. Perrot, Hist. de l'art , VI, p. 13 et
2. J’ai indiqué ces réserves avec quelque détail, dès la publication du volume de M. Perrot : cf. l'Art, 1" août 1894, p. 107 sqq.
3. La réalité de ce grand mouvement de population appelé « invasion dorienne », qui est le fait capital des débuts de l’histoire proprement hellénique, a été mise en doute par M. Beloch ( Griech . Geschichte, I, p. 146 sqq.). Ce n’est pas le lieu et je n’aurais pas la hardiesse de traiter d’une telle question. Je me contente de noter que cette hypothèse inattendue, qui contredit les traditions des anciens Grecs eux-mêmes, a trouvé peu d'approbateurs : cf. Busolt, Griech. Geschichte-, I, p. 201, note 1 : E. Meyer. Gesch. d. Alterthums , II, g 46-47.
4. Cf. Pottier, Catal. des vases du Louvre, 1, p. 218, 223; II, p. 488.
dans les industries les plus nécessaires à l'homme, des procédés Se soient transmis d’une période à l’autre ; il est possible que, dans l'art décoratif, des traditions aient sourdement persisté, par quoi s’expliquent plus tard la réapparition fortuite de certaine forme matérielle ou la manifestation isolée de certaine tendance d’esprit. Ainsi (pour nous en tenir à l’Attique), on peut bien, avec M. Belger, reconnaître une survivance « mycénienne » dans cette colonne à cannelures torses, en pierre calcaire, qui se dressait sur l’Acropole d’Athènes au vie siècle1 2; et une autre survivance, plus intéressante, parce qu’on y retrouve non pas seulement une forme, mais l’esprit même de l’art « mycénien », se laisse discerner dans cette décoration de fleurs et d’oiseaux qui encadrait les frontons du vieux temple appelé Hécatompédon-. Mais il s’agirait de beaucoup plus que d’une survivance, si l’on devait accepter le jugement de M. Belger sur le grand groupe Lions et taureau du musée de l’Acropole, puisque ce groupe, selon M. Belger3, marquerait le plein épanouissement de l’art « mycénien » et que cet art aurait ainsi atteint son apogée en Attique, au vi' siècle. Or, ce groupe n’étant pas isolé, mais étant accompagné de trois ou quatre pareils4, et tous ces groupes se trouvant rattachés de la façon la plus étroite, par leur technique, aux diverses sculptures en pierre tendre contemporaines, et même aux sculptures en marbre qui leur ont immédiatement succédé, autant dire que l’art attique du vic siècle devrait être considéré comme la suite directe de l’art « mycénien ».
Mais un tel jugement paraitreposer sur une confusion entre ce qui est seulement la donnée du sujet à traiter et ce qui concerne l’exécütion dudit sujet. Qu’on admette, si on veut, que ce banal motif du taureau terrassé et dévoré par des lions n’a pu venir que des « Mycéniens », on n’en doit pas conclure que l’auteur du grand groupe de l’Acropole soit un simple continuateur de l’art « mycénien »; il a pu avoir sous lesyeux telle
1. Cf. Arc h. Anzeiyer, 1893, p. 15-16 (Belger); Wiegand, Poros-Arehilektur , p. 112, fîg. 171 .
2. Cf. Wiegand op. Z., p. 64 sqq. et 107, pl. II-1II. Je décrirai cette décoration plus loin, quand je parlerai des frontons de YHécalompédon.
IL Cf. Berlin, pkil. Wochenschrift , 1895, p. 39-60 ; 1896, p. 1087.
4. Ces groupes d’animaux seront tons ensemble étudiés dans un des chapitres suivants. . i
petite plaque d’ivoire, comme celles de Spata1, et tirer de là Vidée d’un sujet, mais l’idée simplement, et non pas les moyens de l’exécuter. Des objets de cet ordre, échappés du naufrage de la civilisation mycénienne, pouvaient rendre aux Hellènes du vne siècle le même genre de services que les divers objets de provenance orientale, desquels nous parlions tout à l’heure2; mais ils n’en pouvaient rendre davantage ; et tous les ivoires de Spata ne sauraient amoindrir la trop réelle solution de continuité qui sépare deux époques très éloignées l’une de l'autre. A l’époque « mycénienne », la plastique en pierre est déjà fort avancée : les lions de la porte de Mycènes et la tête de lionne de Cnossos en témoignent assez haut. Et, quelques siècles plus tard, on en est... aux xoana; la plastique en pierre a peutêtre survécu, il est possible; mais tout ce qu’elle arrive à produire, vers la fin du vu0 siècle, c’est des figures telles que la Nicandra de Délos. Il est donc certain que, après la période préhellénique et avant la période hellénique, la Grèce traversa des siècles de nuit, une sorte de « moyen âge »3; et, quand elle en sortit, ce fut moins un réveil qu’un premier éveil, moins une Renaissance, c’est à dire un retour au passé retrouvé, qu’un recommencement de tout. Pour la sculpture particulièrement, il n’est pas douteux que, postérieurement à l’invasion dorienne, tout recommence : les ouvriers sculpteurs en sont revenus au bois comme matière, aux instruments les plus imparfaits, aux premiers balbutiements de l’art ; et, à la fin du vu0 siècle, leurs productions ne seront pas encore remontées au niveau de celles des pré-Hellènes, outre qu’elles seront visiblement inspirées d'un esprit très différent. C’est donc que, dans l’intervalle, l’art s’était perdu, et le métier même, cependant que s’était formé un nouvel esprit national. — En conséquence, ce n’est point par l’intermédiaire de l’art préhellénique que la sculpture grecque naissante, celle du vnfi et du vif siècle, aurait subi les influences orientales, qui, nous l’avons vu, n’ont pu davantage arriver à elle directement.
Au moment de clore ce chapitre préliminaire, j'en rappellerai les points principaux.
1. Cf. Bull. corr. hell. , II, 1878, pl. XVI, 4 et 5. — C’esl des ivoires de Spata que M. Belger semble tirer argument.