‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 173 sur 312 · Cf. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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attitude ferme, ce qu’est une tête relevée, avec un franc regard droit. — On discerne donc là un art mixte, ou plutôt un art qui est en train de s’assimiler des qualités nouvelles, mais en même temps compromet quelquefois et risque de perdre, chez certains de ses représentants du moins, d’autres qualités qu'il possédait antérieurement et qui faisaient son mérite; ainsi considérée, la stèle de Vélanidéza correspond assez bien à l’état moyen delà sculpture attique dans la seconde moitié du vie siècle.

En inscrivant son propre nom sur le monument funéraire tïAristion, Aristoclès a-t-il voulu revendiquer pour lui l’invention de ce type nouveau du citoyen debout dans son harnais de guerre, casqué, cuirassé, « cnémidé » ? La chose n’est pas improbable, et en ce cas sa précaution ne fut pas inutile; carie type fut immédiatement imité et quasi littéralement copié. Nous en connaissons aujourd’hui déjà deux répliques : l’une a été trouvée en 1888 à Stamata, dans l’ancien dème d’Icaria 1 ; l’autre, encore inédite2, provient des environs de Thèbes et a été recueillie au musée de Thèbes ( fiy . 24). La stèle de Stamata, où manque malheureusement la tête, parait, au premier coup d’œil, presque identique à celle de Vélanidéza ; mais elle est moins riche en détails, et d’une exécution moins fine, moins curieuse 3. Celle de Thèbes, dont il ne subsiste que la partie inférieure depuis le ventre jusqu’aux pieds, est plus voisine encore de l’œuvre d’ Aristoclès ; les plis du vêtement autour des cuisses et les doubles lambrequins de la cuirasse s’y répètent avec des différences à peine sensibles : bien que retrouvé en Béotie, nul doute que ce marbre rentre dans la production attique.

Une variante du même type nous est fournie par un fragment découvert à Athènes 4. C’est la partie supérieure d’une stèle

1. Cf. Conze, Att. Grabreliefs, 3, pl. II, 2 ; American journ.arch., V, 1889, pl. I.

2. Elle sera publiée prochainement par M. Mendel, clans le Bulletin dé correspondance hellénique.

3. Les plis du chitôn n'existent pas sur l’épaule ; ceux qui débordent la cuirasse sur la cuisse sont réduits au minimum et d’un travail sommaire.

4. Mus. nat. d'Athènes, 33. Cf. Conze, AU. Grabreliefs , 4, pl. III. — De la même stèle provient peut-être un autre fragment, qui a conservé le bas des jambes d'un hoplite appuyé sur sa lance (Mus. nat. d'Athènes, 34; Conze, op. L, 10, pl. VIII, 1). Mais, comme le dit sagement M. Conze, ce type de stèle ayant été certainement répété à de nombreux exemplaires, l'hypothèse que les deux fragments ont appartenu à deux stèles ditférentes est pour le moins aussi probable que l’hypothèse contraire.

LES BAS-RELIEFS

représentant un hoplite debout, appuyé sur sa lance. Celui-là

Fig. 24. — Fragment de stèle, du type de la stèle d 'Aristion (Musée de Thèbes).

porte le casque de forme corinthienne, et d’autres détails de

costume encore le différencient du modèle précédent. Mais, pour l’ensemble, il n’y a rien de changé, ni à la forme de la stèle, ni au caractère du personnage figuré. Le morceau est, d’ailleurs, si gravement mutilé qu’il doit suffire d’en faire mention en passant.

C’est encore, très probablement, d’une stèle avec représentation d’hoplite debout que provient le fragment conservé à Rome, dans la collection Barracco1. Du personnage principal, les pieds seuls subsistent, avec le bas de la lance. Mais cette stèle était divisée en deux étages ou registres d’inégale hauteur; et tout le registre inférieur, où l’on voit un cavalier tenant deux javelots dans sa main droite '2 3, est demeuré intact. L’adjonction d’un deuxième registre ne change rien à la forme de la stèle, qui devient seulement par là plus haute et plus élancée ; comme le type même de la stèle, cette mode de la diviser en deux étages doit être arrivée de l’Asie ou des Iles ; du moins le plus ancien échantillon connu est une sculpture franchement ionienne (stèle de Symi). L a relief Barracco est le seul exemple de ce genre qui existe pour l’Attique, — le seul en relief ; car nous en rencontrons deux autres dans la stèle peinte de Lyséas 1 et dans un intéressant morceau où le personnage du registre supérieur était figuré en relief, tandis que le registre inférieur était simplement peint4. Cette dernière peinture, découverte à Athènes même, est si voisine du relief Barracco par l’aspect du sujet et les détails du dessin5

1. Cf. Helbig, Coll. Barracco , pl. XXIII ; Conze, AU. Grabreliefs , 14, pl. IX, I ; Helbig, Les inmXç, athéniens (Mém. Acad. Inscr., XXXVII, p. 202; p. 50 du tirage à part); Perrot, Hist. de l'art, VIII, p. 660, fig. 338.

2. Sur le sens que pouvait avoir cette image de cavalier, relativement à la condition sociale du mort représenté dans l’étage supérieur, cf. Helbig, Les iirirsïi; athéniens (Mém. Acad. Inscr., XXXVII, p. 201 sqq. ; p. 49 sqq. du tirage à part).

3. Mus. nat. d'Athènes , 30. Cf. Conze, AU. Grabreliefs, 1. pl. I; Athen. Miltheil.,l\, 1879, pl. I et II, 3 (Lœschcke).

4. Mus. nat. d'Athènes, 31. Cf. Conze, Alt. Grabreliefs, 15, pl. IX, 2; Athen. Mittheil., IV, 1879, pl. II, 2 (Lœschcke). — On admet avec raison (cf. Conze, Att. Grabreliefs, 2, p. 4; Helbig, Les inneï; athéniens (p. 204 des Mém. Acad. Inscr., XXXVII; p. 52 du tirage à part) que la partie inférieure delà stèle de Vélanidéza était pareillement décorée d’un sujet peint, sans doute un cavalier ; et de même la stèle de Stamata (Conze, op. L, 3) et une autre encore (Conze, 10). Mais, dans ces trois nouveaux exemples, la division en deux registres n’est pas marquée aussi bien que dans le relief Barracco, où une bande saillante, indiquant la ligne du sol, a été ménagée pour le registre inférieur comme pour le supérieur.

5. Cf. la pl. IX des Att. Grabreliefs, où les deux monuments sont juxtaposés, de la façon la plus instructive.

LES BAS-RELIEFS

qu’elle enlève les derniers doutes qu’on pourrait garder quant à l'origine attique de ce relief, retrouvé à Rome

Comme on voyait quelquefois dans les nécropoles, à côté de statues isolées, se dresser un groupe de deux figures unies sur les tombes jumelles de deux frères1 2, il y a aussi des basreliefs funéraires avec représentation de deux personnages ensemble, tous deux debout et pareils d’attitude. A vrai dire, en pareil cas, à cause de l’incapacité où les sculpteurs étaient encore de surmonter les difficultés de la perspective et de la dégradation des plans, la seconde figure est presque entièrement recouverte et annihilée par la première; elle n’est guère que l’ombre de l’autre, projetée obliquement et àpeine entrevue par côté. La stèle est toujours comprise, dans la forme et l’exécution, comme si elle ne comportait qu’un seul personnage. Donc, au point de vue plastique, il n’y a là rien de nouveau; cette méritoire tentative pour doubler le sujet est prématurée, puisqu'elle devance les progrès matériels qui devaient permettre plus tard de la réaliser avec succès. — Les exemples de hautes stèles étroites à deux personnages ne sont pas nombreux jusqu’à présent. Il en a été retrouvé une seule dans l’Attique même, au Laurium3. Elle est fort mutilée : il ne subsiste des deux personnages que la partie entre le haut des cuisses et le bas des jambes un peu au dessus de la cheville. Ils étaient figurés nus, la jambe gauche en avant, la main droite fermée, la main gauche appuyée sur la lance; on peut les compléter, en pensée, avec une tête imberbe, comme l’est celle du relief Finlay.

Une seconde stèle, un peu moins incomplète et qui a heureusement conservé sa base et son inscription, la stèle de Gathon

1. Je rappelle l’existence de deux autres reliefs attiques du vie siècle, avec représentation de cavaliers : 1° au musée de l’Acropole, marbre très mutilé : cf. Conze, Att. Grabreliefs , 16, pl. X, 1; Alhen. Mittheil., IV, 1879, pl. IV; 2° base de Lambrica : Mus. nat. d'Athènes , 41 ; cf. Conze, op. L, 19, pl. XI; Alhen. Mittheil., XII, 1887, pl. Il; Brunn-Bruckmann’s Denkmæler, 66, B; Ilelbig, Les imzgXz athéniens (p. 204 sqq. des Mém . Acad, lnscr ., XXXVII; p. 32 sqq. du tirage à part). Ce dernier relief, très plat, presque réduit à des lignes de contour à peine creusées, n’était qu’une préparation pour la mise en couleur.

2. Par exemple, le groupe de Dermys et Kitylos : Mus. nat. d'Athènes , 36.

3. Elle est toujours au Laurium, dans la cour de la maison d’Administration de la Société grecque des mines. — Cf. Conze, Att. Grabreliefs, 11, pl. VIII, 2; Athen. Mittheil., XII, 1887, pl. X; Brunn-Bruckmann’s Denkmæler, 37, A.

et Aristocrates^ , appartient aussi à l’art attique, bien qu’elle ait été retrouvée à Thespies. Car non seulement elle est en marbre pentélique1 2, mais il existe entre elle et la stèle précédente du Laurium et enfin celle <Y Aristion les plus sérieux rapports de facture et de style 3. On notera cependant que la stèle de Thespies est visiblement plus récente4 ; elle est d’une exécution plus habile, et l’habileté de l’auteur se manifeste aussi dans le parti qu'il a pris pour différencier ses deux personnages : à celui du second plan il a donné une draperie, dont les phs garnissent le champ de la plaque et font valoir la nudité de la figure du premier plan. Ajoutons d’ailleurs que, dans cette figure nue, le talon du pied gauche, monté sur les orteils du pied droit, témoigne que l’habileté qui apparaît ailleurs avait ses limites, vite atteintes, et que le relief ne saurait, en tout cas, être postérieur à la fin du vi° siècle.

Une nouveauté intéressante a été la découverte, en 1901, à Athènes, non loin du « Théseion», d’une stèle funéraire {fig. 25) qui, par la forme et par le sujet représenté, n’avait pas encore sa pareille5. Comme on a appelé et comme on appelle encore quelquefois la stèle deVélanidéza : le Soldat de Marathon, de même il se trouvera sûrement des visiteurs du musée d’Athènes pour dénommer ce relief-ci : le Coureur de Marathon. Ils évoqueront la vieille légende du guerrier athénien raccourant à la ville, sans prendre le temps de quitter ses armes, afin d’annoncer la victoire, et tombant mort d’épuisement à l'arrivée, exhalant l'heureuse parole avec son dernier souffle. En effet, le casque leur paraîtra suffisant pour désigner un guerrier; ils ne s’expliqueront que par le coup soudain de la mort cet affaissement de l’homme qui semble presque tombé sur le genou droit, et cet effort des deux mains qui ont l’air de se crisper sur la poitrine, et cette inclinaison de la tète qui se laisse aller sur l'épaule et dont ils croiront voir les yeux déjà fermés ; quant à la date réelle du monument, ils n’en auront cure. Or, il s’agit

1. Mus. nul. d'Athènes , 32. Cf. Alhen. Mittheil., III, 1 878, pl. XV: Brunn- Bruckmann’s Denkmæler, 37, B\ Perrot, Hist. de l'art, Y III, p. 666, fig. 344.

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