FRONTONS DU NOUVEL I1ÉCATOMPÉDON
tion du temple delphique *. Quel qu’ait été au juste leur rôle, on sait du moins qu’ils en menèrent grand tapage et s’appliquèrent, avec succès, à en tirer honneur. Ainsi les deux grandes familles rivales durent se stimuler l'une l’autre, dans cette lutte d’influences où l’intérêt politique était le but et où la piété était le prétexte. Le renouvellement du temple d’Athéna dans l’Acropole ne fut peut-être qu’une réponse à la reconstruction du temple d’Apollon à Delphes ; sans ce dernier, le vieil Hécatompédon n’aurait peut-être pas été augmenté d’une péristasis de trente-deux colonnes ; et, si on le para de deux frontons neufs en marbre, ce fut peut-être pour renchérir sur la générosité des Alcméonides faisant exécuter en marbre, et non en simple calcaire, le fronton principal du temple relevé par eux. — Pour ces diverses raisons, il me semble qu’on ne doit pas douter que le temple archaïque étudié par M. Dœrpfeld, l’édifice le plus vaste qui ait existé dans l'Acropole avant le Parthénon, fut construit sous les Pisistratides ; mais il n’est pas douteux non plus que la construction en a duré un certain nombre , d’années, et je suis d’avis que les sculptures des frontons, faites en dernier lieu, datent seulement de la période 520-510.
Le fronton de la Gigantomachie décorait sans doute la façade orientale du temple. Le sujet, qui convient en principe à la demeure de toute grande divinité, était ici approprié directement à Athéna, laquelle occupait la place d’honneur, au centre de la composition. Les figures qui, malgré de nombreuses et graves lacunes, ont pu cependant être reconstituées, sont : Athéna ; le Géant vaincu par elle, que nous pouvons appeler Enkèlados , puisque c'est celui-là que la légende donnait spécialement à la déesse comme adversaire ; un autre Géant, allongé dans l’angle du fronton, à gauche ; et un troisième enfin, allongé dans l’angle du fronton, à droite1 2. Soit, en
1. Incendie du temple, en 348 : cf. Rhein. Muséum , LI, 1896, p. 332 (Pomtow). La reconstruction aurait duré, en chiffres ronds, de 540 à 520 ou 515 : cf. Ibid., p. 341.
2. Groupe d’Athéna et Enkèlados : cf. Athen. Mittheil., XXII, 1897, pl. III; Brunn-Bruckmann’s Denkmæler , 47 1 ; Perrot, Hist. de l'art , VIII, p. 553, fig. 279; Wiegand, Poros-Architektur , pl. XVI ; — Enkèlados, vu de dos : cf. Athen. Mittheil., I. I., pl. IV ; Wiegand, op. I., p. 143, fig. 126 ; — Géant de l’angle de gauche, retourné, c’est adiré vu du côté du tympan : cl. Athen. Mittheil ,1.1., pl. V ; Brunn- Bruckmann’s Denkmæler, 472, A- : Perrot, op. I., p. 555, fig. 280; Wiegand, op. I., pl. XVII, B. — Géant de l'angle de droite : cf. Athen. Mittheil.. I. I., p.74, fig. 4; Brunn-Bruckmann’s Denkmæler, 472, A' ; Wiegand, op. I., pl. XVII, A.
tout, le groupe central et les deux figures des extrémités. Entre celles-ci et le groupe central, dans l’aile droite et dans l’aile gauche, se plaçait un nouveau groupe de combattants. Il ne semble pas qu'il y ait eu place pour plus de huit figures, que l’on se représentera symétriquement ordonnées de la façon suivante : au milieu, Athéna et Enkélados ; à la droite d’Athéna, un dieu debout et un Géant à demi renversé; à sa gauche, un autre dieu debout et un autre Géant à demi renversé; dans chaque angle, un Géant blessé. Des quatre personnages manquants il n’a été retrouvé que des débris en petit nombre, parmi lesquels on remarque surtout, à cause de leur rare beauté plastique, deux pieds d’homme nus1. — Toutes ces figures ont été taillées à part, dans l’atelier, et mises en place seulement après l’achèvement de l’édifice; elles ne tenaient en nul endroit au tympan, n’étaient pas accolées contre; môme, elles ont été travaillées, sinon tout à fait finies, par derrière, si bien que, par exemple, le Géant du coin gauche, étant par trop mutilé et méconnaissable sur sa face antérieure, a été exposé au musée de l’Acropole de manière à présenter l’autre face, celle qui était tournée du côté du tympan; et il n’est pas inutiled’être averti que tout ce qu’on en voit aujourd’hui est justement ce que le spectateur n’en pouvait pas voir, lorsque la figure était à sa place dans la décoration du temple.
Pourquoi donc avoir reculé jusqu’à maintenant, après le. chapitre réservé aux reliefs, des sculptures qu’on doit, semble-t-il, désigner par le nom de statues, et dont l’étude aurait donc dû être faite antérieurement? C’est que, comme l’a noté M. Schrader2, ces sculptures ont beau avoir été taillées en ronde bosse, elles ne sont chacune (pie des parties d’un ensemble composé à la façon d’un relief, d’après les lois et conventions du relief. La figure d 'Enkélados est caractéristique à ce point de vue : jambes de profil, à peu près parallèles à la ligne de la corniche; torse de face, bras écartés de manière à ce que rien n’en soit perdu, — il s’agissait de montrer du corps le plus possible, sans perspective ni raccourci. Il en est exactement de même pour Y Athéna. Et les Géants des angles, avec leurs jambes, l’une allongée et l’autre ployée, toutes
1. Cf. Alhen. Mittheil., I. p. 84. (îg. 8-9; Wiegand, op. /.,p. 141, fig. ISO- LU.
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(leux présentées de profil, et avec leur torse à demi tourné vers le dehors par l'effort de la main sur laquelle ils se soulèvent, ont été pareillement conçus suivant les principes du relief. En travaillant ces corps humains par derrière, l’artiste a pris, vraiment, une peine superflue. Car le regard du spectateur n’éprouve pas le désir de tourner autour d’eux1 : il voit d’eux, du premier coup, ensemble et sur le même plan, tout ce qu'il peut souhaiter d’en voir, et ne fait pas la différence si ces figures sont détachées du tympan ou y sont accolées, voire encore adhérentes. Nous avons donc ici la suite immédiate et logique des anciens frontons en pierre tendre, tous en relief, et dont les plus récents, bien qu’ils eussent déjà de nombreuses parties détachées en ronde bosse, ressortissent toujours, sans conteste, au genre du relief2. C’est afin de marquer plus fortement cette filiation, d'une importance non médiocre, que j’ai rapproché le plus possible, ne pouvant cependant pas les réunir dans un seul et même chapitre, les reliefs les plus plats, ceux qui rappellent le dessin colorié dont ce genre de sculpture est issu, et les grands frontons, à figures colossales, de l’ Hécatompédon des Pisistratides.
Ces frontons constituent l'œuvre de décoration sculptée la plus considérable que l’Acropole ait possédée avant l’invasion perse; et ils ne seront dépassés à leur tour, au vc siècle, que par les frontons du Parthénon. Ils n'ont pas seulement précédé ceux-ci, ils les ont préparés. Depuis le vieux fronton de l'Hydre jusqu’aux frontons conçus par Phidias, la marche de l’art attique, dans ce genre de décoration monumentale, se poursuit l’ectiligne, admirablement méthodique. Nous avons montré plus haut3 le rigoureux enchaînement qui relie l’un à l’autre le fronton de l'Hydre, le fronton rouge , les frontons de Y Hécatompédon primitif. Par rapport à ces derniers, le fronton de la Giganlomachie réalise un double progrès : pour l’exécution des figures et pour la composition du sujet. Les figures qui, antérieurement, dans les groupes de Typhon et d 'Héraclès et Triton, aspiraient, si je puis dire, à se dégager tout à fait de la gangue du tympan, sont maintenant exécutées à part; mais elles n’ont pas encore pris la liberté entière de leurs mouve-
1. C’est tout le contraire pour les statues des frontons d’Ægine : cf. Schrader, l. I. , même page.