FRONTONS DU NOUVEL IIÉCATOJIPÉDON
ingéniosité de cette solution-là; et l’on comprendra qu’elle ait dû être adoptée partout, et que chaque école y ait trouvé comme un champ fécond d’exercice et d’étude, en attendant que les artistes, développant leur génie personnel/apportassent des solutions nouvelles aussi satisfaisantes par le principe, aussi bien adaptées à l’inflexible cadre, mais plus savantes d’invention et plus séduisantes par l’attrait d’un thème neuf.
Si maintenant on examine les figures subsistantes du fronton de la Gigantomachie, en s’attachant aux proportions du corps, au rendu des formes et aux caractères du travail, on constate, d’abord, que leur auteur se relie étroitement aux anciens sculpteurs qui l’avaient précédé sur l’Acropole. Il doit beaucoup, certes, aux maîtres étrangers qui ont si fort influé sur la sculpture attique, au temps des Pisistratides ; mais il a hérité du fonds et des traditions de l’art indigène. C’est ce qu’a démontré M. Schrader, dans une minutieuse analyse dont les résultats doivent être tenus pour définitifs 1 . On ne saurait rencontrer plus frappante ressemblance que celle qui existe entre le Géant de l’angle gauche et le grand Héraclès combattant Triton; il est vrai que cette exacte identité de la pose des deux personnages peut tenir en partie à ce que le répertoire des poses n’était pas encore très varié à cette époque2. Mais il y a bien d’autres ressemblances, d’un ordre plus intime, entre les anciennes sculptures en pierre tendre et le fronton delà Gigantomachie. C’est, des deux côtés, la même construction des corps, solide et large, et souvent le même modelé vigoureux, sans minutie, incorrect çà et là, obtenu par des procédés pareils : ainsi, que l’on compare la jambe gauche d ' Enkclados avec la jambe droite (Y Héraclès (du grand groupe Héraclès et Triton ), ou avec un des bras de Triton (du même groupe) non encore remis en place3, on y trouve les mêmes sillons doux, courant en long, variant
1. Cf Athen. Mitlheil., XXII, 1897, p. 101 sqq. ; cf. aussi Wiegand, Poros- A rchiteklur, p. 108. — Je regrette d’avoir contesté jadis (cf. Rev. él. gr .', XI, 1898, p. 187) les conclusions de M. Schrader. C’est qu’il était impossible alors de juger exactement du style de ces sculptures d’après les images qui en avaient été publiées. L'étude directe des originaux, en 1902, m’a conduit aux mêmes observations et appréciations que M. Schrader, pour tout l'essentiel.
2. On retrouve encore la même pose dans V Enkélailos du fronton occidental du temple de Delphes : cf. ci-dessus, p. 77, note 1.
3. Cf. Wiegand, op. I., pl. IV, 2 (jambe A' Uér,a.çlè$f,'bt p. 87, fig: 93 (bras de
Triton). .*
légèrement la surface de la matière, la « modelant » d’une façon sommaire et un peu conventionnelle. Une comparaison non moins instructive et convaincante peut être faite sur le haut du torse et les bras d’ Enkélados avec les parties correspondantes du triple Typhon. La tête d’Athéna offre les mêmes traits que la tête « Barbe-Bleue » : visage fort et rond, grands yeux saillants et bien ouverts, sourire simple, sans affectation. La tête du Géant de l'angle gauche1 montre des oreilles longues, au lobule large et plat, semblables à celles de Typhon 2. Que l’on regarde un instant la chevelure tombante d 'Enkélados, par derrière3 : ces grosses lanières rudement découpées ne sont-elles pas celles qui couvrent aussi les trois têtes de Typhon? Et, si l'on passe à la chevelure du Géant de l’angle gauche, on verra que les boucles, plus longues que celles de Typhon , se terminent par un contournement pareil4. Il reste, enfin, entre les frontons anciens et la Gigantomachie , une ressemblance profonde, qui tient à leur esprit même, à leur qualité particulière de vie et de mouvement : mouvement, non pas agité, forcé, dépassant le but, mais juste et mesuré; vie animée et sobre, expressive et naturelle, sans outrance et violence, laissant inaltérée l’impression de grandeur simple que doit donner une œuvre de décoration monumentale.
D’un autre côté, on s’aperçoit tout de même que l’art attique a marché, et que certaines influences heureuses ont agi sur lui. Ces corps nus, malgré leur hauteur plus grande, ont les membres moins épais que Y Héraclès en calcaire ; leurs formes, moins massives, tendent à plus d’élégance; même, le contraste ancien entre la minceur de la taille et la largeur des épaules, entre le resserrement des genoux et des chevilles et le rebondissement des mollets et des cuisses, commence à s’atténuer et visiblement est en voie de disparaître. Un goût nouveau d’élégance n’estpas moins manifeste dans la tête d'Athéna : ce sont bien toujours les traits essentiels des têtes de Typhon et du Moschophore , mais comme adoucis par un sentiment plus délicat ; et, si les bons gros yeux rappellent ceux de « Barbe-