La polychromie dans la sculpt. yrecque, p
3. J'avais cru jadis que c’était là encore le chitôn proprement dit, dont une
POLYCHROMIE DES SCULPTURES EN MARBRE
trine (d’ordinaire, le côté gauche) que ne recouvre pas l’himation : toute cette partie est peinte en bleu, depuis le col jusque sur l’épaule et le bras. — Même recul du coloris en ce qui concerne la tête ; car le visage n’est plus teinté de rouge vermillon, comme jadis. La couleur est employée exclusivement pour les parties suivantes : les lèvres sont rouges, les sourcils noirs ; les paupières sont bordées d’un trait noir qui imite la masse des cils ; l’iris de l’œil est un cercle rouge, limité extérieurement d'un fin trait noir; la pupille est noire ; les cheveux, sur le front et sur le crâne et jusqu’à l’extrémité des boucles tombantes par derrière et par devant, sont toujours peints en rouge1. — Sur les bras, souvent nus à partir du coude, sur les mains, sur les pieds, il n’y a jamais trace de couleur ; les traits rouges qu’on aperçoit quelquefois sur le dessus du pied et entre les deux premiers orteils ne sont autre chose que les courroies delà sandale, simplement peintes sans relief. — Quant aux accessoires de la toilette : Stéphane, pendants d'oreille, colliers et bracelets, quand ils sont en marbre, ils sont toujours coloriés en rouge et bleu ; lorsqu’ils étaient en bronze, on doit supposer que le bronze en était doré. A la stéphané de marbre s’ajoutaient parfois, sur la face antérieure ou sur la tranche, de fins boutons de lotus en bronze doré ; dans le milieu de la rondelle de marbre peint qui formait boucle d'oreille, était pareillement fiché quelquefois un petit clou de bronze doré. — Enfin, les attributs variés, oiseaux, fruits, couronnes, que les corés portent dans une de leurs mains ou sur les deux mains, sont tantôt bleus, tantôt rouges.
On relève donc, sur les statues de corés , quatre couleurs dont l’emploi est courant : bleu, rouge, noir, et or. Mais l'or n’existait que comme dorure du bronze, et ne se rencontrait que dans les figures où avaient été ajoutés de petits ornements de bronze : cet'usage, si fréquent qu'il fût, n’était pas général. Au contraire, le noir, le bleu, le rouge étaient employés
partie était peinte par pure convention décorative (cf. Au mus. de l'Acrop ., p. 178). M. Heuzey, dont on sait la compétence en matière de costume antique, m'a averti que j'avais commis une erreur et qu’une telle convention n’était guère vraisemblable : il s’agirait donc d’une petite pièce de vêtement, dont une partie seulement est visible, mais qui, dans la réalité, était coloriée entièrement.
1. Une seule exception, mais douteuse, dans la coré (&lr(An mus. de l'Acrop., p. 161, fig. 12); là aussi, la couleur primitive devait être le rouge : cf. Ibid., p. 234, note 1.
dans toutes les figures sans exception. Seulement, le noir ne servait que pour les sourcils, les cils, la pupille de l’œil et le tour extérieur de l'iris; réservé strictement à ces parties-là, on ne le trouve pas ailleurs. Les deux couleurs dominantes, qui remplissaient à elles deux quasi toute la place occupée par le coloris, étaient par conséquent le bleu et le rouge1, ainsi que nous l’avons vu déjà pour les sculptures en pierre tendre. Mais la nouveauté relativement à ces anciennes sculptures est que la place occupée par le coloris est maintenant réduite de beaucoup : partout où apparaît la chair nue, et dans la majeure partie de la surface du vêtement même, le marbre est resté sans couleur.
Les principes de la polychromie des statues d’homme ne sont pas différents. Que la figure soit vêtue du col aux chevilles, comme l’est le « citoyen » 663 de l'Acropole2, ou drapée d’une façon plus libre, comme le sont les trois Scribes assis3, le vêtement, ici encore, n’admet la couleur que dans des limites fort réduites, plus réduites même, il me semble, que sur les statues de corés ; car les petits ornements, croix, étoiles, etc., semés dans le champ de l’étoffe pour égayer le chitôn et l’himation des femmes, paraissent avoir été exclus de la draperie, plus sévère, dont se recouvrait le corps de l’homme ; c’est seulement sur le bord que courent les dessins variés d’une sorte de broderie rouge ou bleue4. Quant aux chairs nues, toute couleur en est absente : aussi les y.copît sont-ils dépourvus de coloris, depuis leur visage jusqu’à la plante de leurs pieds. Enfin, les têtes des statues d’homme sont peintes d’une manière identique aux tètes des corés : lèvres rouges, sourcils et cils noirs, iris rouge et pupille noire, cheveux rouges. Dans la tête Rampin. , la barbe autour des joues et la moustache étaient rouges5, comme l’étaient les cheveux. Une mention particulière doit être faite de la tête 621 de l’Acropole, que j’ai appelée6 la petite
1. Sur le ton de ces deux couleurs, cf. Au mus. île l’Acrop ., p. 254-255. — Je rappelle que le bleu s’est altéré et comme oxydé en maints endroits, et a pris d’ordinaire une teinte vert-de-gris ; mais je ne crois pas qu’on ait consr taté la présence d’un vert véritable une seule fois dans lescorés de l’Acropole.
2'. Cf. ci-dessus, p. 267-26S.