Cf. ci-dessus, p
4. Le plus souvent bleue ; exemple de rouge : cheval n" 697 du musée de l'Acropole ( Arch ■ Jahrbuch , VIII, 1893, p. 141 sqq., n°14).
o. Pour tout le détail des couleurs et de leur distribution, cf. Arch. Jahrbuch, VI, 1891, p. 241 sqq. (Studniczka).
une juxtaposition de petites languettes ou écailles arrondies, dont chacune aussi se distingue des voisines par sa couleur; enfin, le carquois est losangé d’une façon analogue aux pantalons. Or, pour indiquer sans confusion la multiplicité de tous ces losanges et languettes, et pour les faire joliment paj.illotter sous les yeux du spectateur, l’artiste n’avait pas assez du rouge et du bleu, même en employant deux tons de rouge, vermillon et rouge brun ; à ces trois couleurs, il en a ajouté une quatrième, le vert, qui ne se rencontre que rarement dans la polychromie archaïque, et une cinquième, plus rare encore, le violet. En outre, quelques-uns des losanges du carquois et des pantalons et l’étroit contour de chacune des languettes du justaucorps ont été réservés sur le marbre; c’est à dire que la teinte propre du marbre a servi ici, non comme fond neutre, mais à la manière d’une couleur nouvelle, s’ajoutant aux cinq autres que j’ai dites. Cependant ces couleurs nouvelles, le vert, le violet et le blanc du marbre, ne viennent visiblement qu’en surcroît, pour remédier à l’insuffisance du bleu et des deux tons de rouge : bleu et rouge restent, comme toujours, les couleurs dominantes. — Malgré l'état de mutilation de la statue, nous pouvons tenir pour certain que les seules parties du cavalier qui ne fussent pas coloriées étaient ses mains nues, son cou et son visage, exception faite encore, bien entendu, pour les lèvres, les yeux, les sourcils et tout ce que le bonnet scythe laissait apercevoir de la chevelure. Au contraire, le cheval n’était pas peint davantage qu’on ne le voit ailleurs : crinière bleue et rouge1, œil rouge et noir; la queue devait être coloriée en bleu ou en rouge, probablement aussi les sabots ; mais tout le corps avait été laissé intact.
Si maintenant nous ramassons dans une vue d’ensemble les statues diverses que nous venons d’examiner : corés vêtues, hommes nus ou vêtus, cavaliers, voici les traits principaux qui ressortent de cet examen :
1° Le rouge et le bleu sont presque les seules couleurs employées, et, lors même que d’antres couleurs viennent s’y ajouter, elles restent toujours les deux principales;
2° Mais ces deux couleurs, tout en gardant leur importance relative, sont loin d’occuper autant de place que jadis; au lieu
I. Bleue sur la tranche supérieure; rouge dans les lignes brïsées-des- deux faces latérales.
POLYCHROMIE DES SCULPTL'RES EN MARBRE
de se juxtaposer étroitement, de manière à envelopper et couvrir la figure entière, elles s'écartent à chaque instant pour laisser paraître la teinte neutre du marbre, et celle-ci désormais se subordonne les couleurs et les réduit à un rôle accessoire ;
3° Les parties de marbre, ainsi qu’on peut les appeler en les opposant aux parties coloriées, ne sont pas choisies au hasard ou selon la fantaisie de chacun, mais sont déterminées suivant des règles simples. Elles comprennent : premièrement, pour le corps, toutes les chairs nues; secondement, pour les draperies1 2, tout le champ delà pièce d’étoffe, entre les bandes brodées qui l’encadrent et qui, quelquefois aussi, la coupent en deux par le milieu. Ce champ de l'étoffe est toujours, dans le costume féminin, semé légèrement de quelques fleurettes de couleur, lesquelles paraissent n’avoir jamais existé dans le costume des hommes.
Il suffît pour l’instant d’avoir constaté ces quelques traits principaux, par lesquels on sera guidé dans l'examen des sculptures en relief. Celles-ci, en effet, sont en général décolorées a tel point aujourd’hui qu’on risque d’errer également, soit en leur déniant une polychromie qu’elles ont certainement eue jadis, ou en leur distribuant la couleur avec arbitraire à des places qui n’en ont jamais reçu.
Le principe essentiel de la polychromie des sculptures en relief, dans la seconde moitié du vie siècle, qu’elles soient en bas-relief ou en haut-relief, ou qu’elles soient entièrement détachées du fond et exécutées en ronde bosse, pourvu qu’elles restent posées contre un fond de muraille (tels les frontons du nouvel Hécatompêdon ), est que tous les personnages représentés, hommes, femmes, animaux, sont peints de la même manière, avec les mêmes couleurs et selon les mêmes règles que les statues isolées; mais, ainsi peintes, ressortent sur lë fond uniformément colorié. — La seule des stèles funéraires qui ait gardé quelques vestiges encore reconnaissables de sa polychromie est la stèle de Velanidéza-. Le fond était rouge clair. Nulle trace de couleur sur les chairs nues; les cheveux
1. Je dis les draperies qui constituent le costume grec ; car un costume oriental, éclatant et bariolé, n’est et ne peut être qu’une fantaisie exceptionnelle.
2. Cf., pour le détail des couleurs, Conze, Alt. Grabreliefs, n° 2, p. 4-5.
et la barbe étaient rouge brun ; les lèvres, les sourcils, l’œil étaient peints comme d’habitude. Quelques reflets de rouge avivent encore le bord du chitôn. Le casque était bleu. Les divers ornements qui décoraient la cuirasse sont bien visibles ; méandres sur la ceinture qui cercle le bas de la poitrine, petits zigzags sur le bord inférieur, à la naissance des lambrequins; méandres sur la bande étroite qui coupe successivement tout? les lambrequins en leur milieu; étoile réservée en clair dans le haut de l’épaulière 1 ; tête de lion sur fond rouge dans l’extrémité étroite de l’épaulière ramenée vers la poitrine. — Le seul des reliefs votifs qui ait aussi gardé plus ou moins ses couleurs2 est le petit relief Hermès et les Charités [Au musée de l'Acrop., p. 443, pi. 111). Le fond est bleu. Nulle trace de couleur sur les nus. Hermès a les cheveux rouge brun, les sourcils et les cils noirs ; sa flûte était peinte en rouge. La première Charité aies cheveux jaune clair3 4; les deuxautreset l’adolescent qui vient derrière les ont rouge brun. Il y a du rouge vermillon sur le chitôn de la première Charité et celui de la troisième, du jaune clair et du rouge sur le chitôn de la deuxième, du jaune peut-être sur l’himation d 'Hermès.
Les figures retrouvées du fronton de la Gigantomachie ont conservé des traces suffisantes de leur coloration primitive'1. Les vêtements d’ Athéna sont garnis sur leurs bords de bandes brodées en rouge et bleu, et, dans le milieu du chitôn, par devant, au dessous de la ceinture bleue, tombé une large TCapucp-^, décorée d’un méandre rouge et bleu. Les fleurettes de couleur semées dans le champ de la draperie ont disparu. L’égide a ses écailles alternativement bleues, rouges et blanches, le ton blanc étant fourni par des parties de marbre réservées à dessein5; les serpents entrelacés qui la bordent en
1. Ce motif décoratif de l’étoile sur l’épaulière doit avoir été fréquent dans la réalité, puisqu’on le rencontre aussi sur des peintures de vases : cf. Die tionn. des Antiq., art. Lorica , p. 1307, fig. 4528.
2. Nous en rencontrerons plus loin un autre, de date plus récente, le relief du Maître potier (n° 1332' du musée de l’Acropole), dont les couleurs sont assez .bien conservées. J’en indiquerai le détail, qui n’offre d’ailleurs absolument rien de nouveau.
3. Comparer la coré 687 (ci-dessus, p. 317, note 1), bien que le cas de celle-ci, je le répète, soit douteux.
4. Pour le détail des couleurs dans ces figures, cf. Athen. Miltheil., XXII, 1897, p. 66-68 et 89-90 (Schrader).
5. Nous avons noté le même fait(cf. ci-dessus, p. 320) pour certains losanges des pantalons et du carquois chez le Cavalier multicolore.
POLYCHROMIE DES SCULPTURES EN MARBRE 323
bas sont bleus. Le casque était bleu, et surmonté d’un cimier de bronze, probablement doré; de petits ornements de bronze doré scintillaient sur la stéphané qui encercle le casque et dans le milieu des pendants d’oreille. Les cheveux sont rouge brun. Les lèvres, les yeux, les sourcils étaient peints selon l'habitude- Les Géants avaient les cheveux bleus, comme la petite tête 621, signalée ci-dessus1, et comme les tètes du triple Typhon; il n’y a nulle trace de couleurs en aucune partie de leurs corps nus. — Sur les quelques fragments des figures d’animaux qui proviennent du deuxième fronton du temple, on fait les constatations suivantes : le corps des lions est resté sans peinture, mais leur crinière est rouge brun; le corps du taureau a aussi gardé la teinte du marbre, mais le sang qui coule des blessures faites parles griffes des lions s’étend en traînées rouges. On ne sait, pour l’un ni pour l'autre de ces frontons, de quelle couleur avait été peint le tympan : il était certainement bleu ou rouge2.
Ainsi, la polychromie des reliefs et frontons en marbre apparaît fort différente de celle des reliefs et frontons en pierre tendre. Les couleurs sont les mêmes, il est vrai; mais leur emploi, leur répartition, l’effet qu’on en tire sont tout autres. Dans les frontons en pierre tendre, les figures ressortent en fortes couleurs contre un fond qui garde généralement 3 la teinte neutre de la pierre; dans les reliefs en marbre, ce sont les figures qui, sur la plus grande partie de leur superficie, conservent la teinte même de la matière, et c’est le fond qui se recouvre uniformément de bleu ou de rouge. La mise en valeur des figures par rapport au fond n’est pas moindre dans un cas que dans l’autre; mais elle est obtenue, dans les deux cas, par deux procédés contraires. Cette différence peut être résumée en quelques mots: d’un côté, figures opaques sur fond clair; de l’autre, figures claires sur fond opaque. C’est un complet renversement de la pratique ancienne, tout à fait pareil à celui qui s’opéra dans la peinture de vases, lorsqu’aux figures silhouettées en noir sur le fond rouge clair de l’argile on substitua des figures réservées en rouge clair sur un fond désormais peint en noir4.