Cf. ci-dessus, p
2. Doit-on croire que les artistes attachaient une signification particulière à l'emploi de la couleur bleue ou de la rouge sur le fond? M. Schrader ( Alhen . Miltheil ., XXII. 1897, p. 90) indique que le bleu pouvait être choisi en vue de procurer artificiellement aux figures d’un fronton le même fond que l’azur du ciel donnait, aux statues exposées à l’air libre. Mais, d’abord, ce fronton de la GUjanlomachie , à propos duquel M. Schrader émet cette hypothèse, nous ne savons même pas si le fond en était bleu ou s’il était rouge. Puis, si un lel motif avait existé, c’est le bleu qu’on devrait trouver toujours et partout dans le champ des sculptures en relief: or nous avons signalé ci-dessus que, dans la stèle de Vélanidéza, le fond élait rouge clair, et, dans les métopes d’Olympie, on constate ici un fond bleu, là un fond rouge (cf. Treu, dans A rch. Jahrbuch, X, 1895, p. 26', d'où l'on doit conclure que les deux couleurs alternaient d’une métope à l'autre. — Le choix du rouge pourrait donner lieu à une hypothèse d'un genre différent. On a remarqué que, dans les statues de marbre, les parties nécessitées par les exigences de la matière, mais étrangères en réalité au sujet même, comme les tenons entre une main et le corps, les supports sous un ventre de cheval, étaient peints en rouge (cf. Sludniczka, dans Arch. Jahrbuch, VI, 1891, p. 242 et note 13; on peut citer aussi en exemple le dessous du tabouret sur lequel est assis le Scribe, n° 629 : cf. ci-dessus, p. 271). L’emploi du rouge pourrait donc être considéré comme un moyen conventionnel d’annuler ces parties-la, et on aperçoit de quelle manière s'appliquerait cette interprétation au champ des stèles et au tympan des frontons. — Mais la seconde hypothèse est contredite par les faits, tout comme la première ; et quant à les garder toutes les deux ensemble, de façon à pouvoir sortir l’une lorsque l’autre n’est plus de mise, je crois que personne ne le voudrait On doit être persuadé que nul sens particulier ne s’attachait aux couleurs du fond ; on peignait le fond en bleu ou en rouge, selon que c’était, au contraire, le rouge ou le bleu qui dominait dans les figures. Aux frontons d’Ægine, par exemple, où il semble que la couleur prédominante des figures était le rouge (cf. Furtxvængler, Beschr. d. Glypl. zu München , p. 90), le mur du tympan était bleu. Et, pour
POLYCHROMIE DES SCULPTURES EN MARBRE
du moins1, le recul des tons pleins dans les figures sculptées a été une conséquence directe de l’emploi du marbre au lieu de la pierre tendre ; la conséquence fut identique, aussi bien pour les reliefs et les sculptures des frontons que pour les statues isolées.
Si la couleur recula, dès que fut emploj’é le marbre, c’est, peut-on dire, par respect pour la beauté de la matière nouvelle. Le calcaire commun, même lorsqu’il n’a pas de défauts à cacher sous un enduit, offre en tout cas une surface terne et sans agrément : le marbre blanc, lui, a déjà sa beauté et sa noblesse, avant celles que l’art sera capable de lui donner; la perfection de son poli, l’irréprochable pureté de son épiderme le rendent précieux, agréable à voir, suave à toucher. Aussi, désormais, la beauté de la matière fera partie intégrante de la beauté de l’œuvre d’art2. Nous avons dû noter, il est vrai, dans les sculptures en pierre tendre, que certaines places quelquefois étaient réservées et laissaient apparaître, entre les bleus et les rouges, la teinte propre de la pierre3 : il s’agissait alors, non pas de montrer la matière pour elle-même, mais de tracer une séparation entre un rouge et un bleu voisins et d’utiliser le ton neutre du calcaire pour éviter la confusion des couleurs proprement dites ; et nous avons, depuis, observé un détail analogue sur l’égide de Y Athéna du fronton de la Gigantotnachie, et sur le carquois et les pantalons du Cavalier multicolore. Il ne faudrait pas croire que le noncoloriage partiel des figures de marbre fût simplement une extension de ce procédé ancien, qu’avait suggéré çà et là une raison de commodité pratique; car l’essentiel n’est pas
revenir au fronton de la Giganlomachie, j'inclinerais à croire que le fond avait été peint en rouge pour faire mieux ressortir la chevelure bleue des Géants et le casque bleu d'Athéna; et qu’au contraire, dans le deuxième fronton du temple, le fond était bleu à cause des rouges crinières des lions et du sang répandu sur le corps du taureau.
1. Je n’ai garde de généraliser : les plus anciennes métopes de Sélinonte, en pierre calcaire, avaient déjà le fond rouge ; le vieux fronton du Trésor des Mégariens, à Olympie, en pierre calcaire, avait le fond bleu. Pour l’Attique même, je viens de rappeler qu’il paraît y avoir eu des reliefs en pierre tendre avec fond colorié (cf. ci-dessus, p. 83). Mais, à défaut d’une règle absolue et inflexible (on n’en trouve guère de telles dans l’art grec), il y a eu un usage général ; et c’est les raisons de cet usage qu’il s’agissait d’exposer.
2. Cf. Collignon, La polyclir. dans la sculpt. grecque , p. 22.