CHAPITRE IX
LA SCULPTURE ATTIQUE A LA FIN DU VIe SIÈCLE. LES RÉSULTATS DE L’INFLUENCE IONIENNE
Aucune des œuvres diverses de sculpture que nous avons rangées dans la seconde période de l'archaïsme attique n’est datée d’une façon précise, ni par une dédicace, ni par une mention d’un auteur ancien. On ne saurait douter qu’elles appartiennent, en grande majorité, à l'époque du principat des Pisistratides, entre les années 540 et 510. Cependant il doit y en avoir dans le nombre qui sont un peu plus récentes et auraient été exécutées entre 510 et 500’. Nous n’avons nul moyen sûr de les distinguer de leurs aînées. Car il va de soi que la chute d’Hippias et l'exil des derniers Pisistratides n’ont pas entraîné ipso facto un changement immédiat, de quelque nature qu’il fût, dans le genre et le style des productions de l’art attique. Tout au plus peut-on admettre que la production artistique s’est ralentie un instant, en raison des troubles profonds qui agitèrent Athènes et l’appauvrirent de beaucoup de citoyens puissants et riches1 2 : avec les Pisistratides s’éloignèrent naturellement leurs partisans les plus fidèles ; puis Clisthènes et les Alcméonides, deux ans à peine après leur rentrée, durent sortir du pays ; puis, ce fut le bannissement par Isagoras, aidé du roi de Sparte Cléoménès, de sept cents familles athéniennes ; et bientôt l'exil d’Isagoras, à son tour, et le rappel triomphant de Clisthènes ; bref, un va-et-vient de proscrits, se remplaçant les uns les autres au pouvoir et sur
1. Je l’ai supposé, par exemple, pour la stèle de X Hopl'ilodrome (ci-dessus, p. 299), pourle Cavalier de Vari (ci-dessus, p. 278), pour lacoré594 (ci-dessus, p. 223, noie 1).
2. Cf. Curtius, Ilis/.ç/r., trad. Bouché-Leclerrq, I, p. 472 et 484-486; Beloch, Griech. Gesch., I, p. 333 et 339; E. Meyer, Gesch.il. Alterthumn, II, § 491 ; Busolt, Griech. Gesch II, p. 401-405.
le chemin de l’exil. A ces graves querelles intérieures, dont la cité était depuis trente ans déshabituée, s’ajoutaient les hostilités avec Sparte, Chalcis et Ægine 1 ; et, si Athènes se découvrait alors en elle et révélait à ses ennemis une énergie et une fierté qui la faisaient sortir victorieuse et plus grande2 de cette crise redoutable ; si elle affermissait au dedans le régime démocratique, ou plus exactement isonomique3 4, auquel elle s’attachait de toute son âme, et si ses succès guerriers lui rapportaient un accroissement de domaines, de force active, et la récolte d’abondantes rançons de prisonniers'1, il reste toujours cependant que ces quelques années agitées durent être moins propices à la production artistique que ne l’avait été le long déroulement des années de calme prospérité sous la tyrannie des Pisistratides — Mais, dès 505, l’orage a pris fin; et c’est alors, sans doute, que le parti vainqueur, afin d’éclipser les édifices élevés par les Pisistratides, décida et commença la construction, sur l’Acropole, d’un temple nouveau, qui ne devait pas être fini de sitôt, et qui devait être un jour le Parthénon5 6.
Le seul monument de sculpture dont les textes fassent mention pour la fin du vie siècle est le quadrige de bronze élevé à l’entrée de l’Acropole après la victoire remportée sur les Béotiens et les Chalcidiens ; cette victoire n’est pas antérieure à l’année 506, elle ne date peut-être que de 505 ; le monument commémoratif fut donc érigé entre 505 et 500 G. Détruit par les Perses en 480, il n’en a rien subsisté, qu’un lambeau de l’inscription dédicatoire7. Au même temps doit très probablement
1. Cf. Curtius, op. L, p. 487, 489 et 492-493; Beloch, op. I. , p. 339 sqq. E. Meyer, op. L. % 492; Busolt, op. L, p. 44L sqq.