LES FRONTONS EN PIERRE TENDRE
démontrent un progrès régulier de l’art, il faudra bien admettre que ces œuvres particulières ont en réalité une signification générale, et que les observations d’ordre esthétique auxquelles elles donnent lieu les dépassent, pour ainsi dire, et concernent au même titre tous les monuments congénères et contemporains.
Ces œuvres-là sont encore très proches de ce, que nous appelons brièvement la période du bois ; et, sachant déjà que ladite période a duré longtemps, nous ne serons pas surpris que la technique propre au bois ait laissé sa marque, même dans les sculptures en pierre tendre. Il est plus notable que, par l’intermédiaire de celles-ci, certains traits de cette technique se soient prolongés jusque dans les premières sculptures en marbre. De tels traits constituent des survivances , analogues à celles que l’on constate dans l’architecture en pierre, par rapport à ses prototypes en bois ; seulement, ce ne sont ici que des survivances passagères, non destinées à se perpétuer, que le progrès de l’art effacera l’une après l’autre. Ces survivances ont l’inestimable avantage, à nos yeux, de relier entre elles indissolublement les époques successives, caractérisées par l’emploi de matières différentes ; elles nous aident à suivre d'une façon plus concrète et plus précise la marche de la plastique ; et elles attestent avec une force singulière le développement autonome de la sculpture à Athènes1 2. — M. Wiegand a récemment contesté qu’il y eût tant à apprendre devant les vieux frontons de l’Acropole : car ils seraient, à peu de chose près, contemporains les uns des autres, et ne formeraient donc pas une série espacée dans le temps, une suite d’étapes ; d’autre part, ils seraient tous ensemble très éloignés du début de la plastique en pierre tendre, et ne sauraient donc nous révéler rien sur les circonstances et caractères de ce début '. Je
1. C’est à ce point de vue que je me suis placé dans l’étude générale que j’ai consacrée à ces vieilles sculptures : cf. Au mus. de l'Acrop., p. 3-116. J'y ai longuement insisté sur tout ce qui concerne la matière employée et les outils de l’ouvrier et sur les conséquences résultant de l’usage de ces outils et de cette matière. J’ai pu tomber, à ce propos, dans quelque excès et présenter les choses d'une manière trop théorique et systématique : mais, pour le fond, je ne crois pas m’être trompé, et je reprendrai ici, avec de moins longs détails et certains adoucissements, la même démonstration.
2. Cf. Wiegand, Poros-Archilektur, p. 231-232. — Dans cet ouvrage, consacré exclusivement aux anciens édifices en pierre tendre de l'Acropole d’Athènes, M. Wiegand ne s’occupe pas du tout du style des sculptures attribuées ou attribuables à ces édifices, et dit à peine quelques mots de leur date possible;
tâcherai de montrer, au contraire, dans les pages suivantes, que plusieurs de ces frontons se différencient l’un de l’autre par des traits qui prouvent justement qu’ils ne sont pas et ne peuvent pas être contemporains ; et, sans nous flatter d’atteindre par eux les origines mêmes de la plastique en pierre tendre, du moins les plus anciens nous en rapprochent-ils assez pour que nous soyons en état de pénétrer l’obscurité de ces origines : c’est là tout ce qu’il était raisonnablement permis d’espérer.