Cf. ci-dessus, p. 183 sqq
3. Cf. les vers d’Archiloque cités ci-dessus, p. 338. — Pour le geste de la main gauche relevant les plis du chitôn, M. Sittl ( Die Patrizierzeit d. gr. Kunst , p. 23, note 23) et M. R. von Schneider ( Album des musées de Vienne , p. 10, notice de la pl. XXV, 3) ont rappelé, fort à propos, les vers où Sappliô (fr. 10: Bergk, Poelæ lyr. gr . *, III, p. 683) exprime son dédain pour une certaine Androméda, « paysanne qui ne sait seulement pas comment on relève sa robe sur ses chevilles ».
4. Je pense à la statue dite Vénus de Fréjus , sur laquelle je reviendrai plus loin.
5. Cf., en dernier lieu, Perrot, Hist. de l'art, VIII, p. 671.
RÉSULmTS DE i/lNFLUENCE IONIENNE* 3i3
l’action d’une influence étrangère; mais c’eût été un mal que l'adoucissement finit en amollissement1 2. Dans ce tj?pe féminin dont les Ioniens furent les heureux créateurs, il y a une tendance marquée au maniérisme et à l’afféterie ’ ; il semble que ces femmes s’observent devant le spectateur, et qu’elles surveillent à la fois leur parure, leurs gestes, leur sourire ; si agréable que soit leur élégance, elle est un peu étudiée, et leur grâce n’est pas entièrement naturelle : telle figure attique, comme la statue xoanisante , est plus «paysanne»3 par le costume; mais n’a-t-elle pas, dans sa simplicité, plus de vie et de saveur? Puis, on peut reprocher aux artistes ioniens leur recherche effrénée des effets décoratifs : dans une figure aùssi ancienne et encore aussi peu avancée à certains points de vue que l’est la Nike de Délos, on découvre au milieu du front deux petites volutes savamment contournées4, dont on ne saurait dire, au premier abord, si ce sont des boucles de cheveux ou des ornements de pure fantaisie. Or, ce précoce amour du joli détail superflu, de la fioriture amusante, ne s’est pas démenti parla suite; il a été un obstacle à ce que des artistes, qui étaient alors les mieux doués de tous pour l’observation du réel, poursuivissent plus résolument leurs études et leurs conquêtes en ce sens. Mais ce qui leur a plu davantage, ce fut de conduire d’une main légère le feston d’un bord de draperie et les zigzags ondulants d'une chute de plis, de ciseler une boucle de cheveux comme un fin bijou précieux, de semer sur la figure entière, par mille artifices du ciseau aussi bien que du pinceau, une grâce brillante et gaie. Bref, leur art parait un peu trop consister en petits moyens, et, capable de jolies trouvailles dans un cercle un peu resserré, n’avoir pas le fond de vigueur nécessaire pour un large essor. L’art attique, à leur école, eût donc pu s'anémier, en s’affinant, et laisser se perdre, par entraînement pour le décor et l’éclat, sa robustesse native et sa belle franchise d’expression. Heureusement lés Attiques, sinon tous, du moins les meilleurs, défendirent les traditions de l’art indigène : la grande coré d’Anténor a
1. Cf. ci-dessus, p. 291 : comparaison entre la tête du Discophore et celle d'Aristion.
2. Cf. ci-dessus, p. 283 : relief de l’Acropole n“ 581, Athéna et des adorants amenant une truie.
3. Cf. les vers de Sapphô rappelés à la page précédente, note 3.