TROISIÈME PÉRIODE
[A partir d’environ 500 avant J.-C.J
• Les derniers mots du chapitre précédent indiquent pourquoi une coupure est nécessaire ici, dans l’exposé du développement de la sculpture attique. Si les effets de l'influence ionienne, dès qu’ils ont apparu, devaient être relevés avec un soin parj ticulier, comme marquant l’entrée d’une période nouvelle, il n’est pas moins important de relever la première apparition de certains traits propres à l’art qui aura son apogée dans les marbres du Parthénon. Avec ces traits nouveaux, c’est encore une nouvelle période qui commence. Mais elle n’a pas le même caractère d’unité que les deux autres. Après le temps où la sculpture attique se développe sur son propre fonds, suivant une direction fermement maintenue à la fois par les traditions de la technique et par les secrètes tendances du génie national ; puis, après le temps où elle s’imprègne d’ionisme tout entière, en sorte que ses productions diffèrent seulement par le degré dans l’imitation des œuvres ioniennes et par l’inégal dosage de l’ancien esprit indigène et des nouveautés étrangères, voici maintenant que vont se manifester concurremment deux formes d’idéal, deux courants artistiques bien différents, entre lesquels aucune conciliation n’apparait possible et n’est d’ailleurs souhaitable.
D’un côté, la sculpture attico-ionienne continue sa marche, adoucissant ses raideurs, affinant ses rares qualités de modelé, réalisant une élégance de plus en plus délicate, poursuivant un idéal de finesse voluptueuse et de grâce charmante. De l’autre côté, se présente une sculpture qu’on peut qualifier, dès l’abord, d'une façon négative, comme anti-ionienne, et en laquelle l’analyse permet de retrouver l’ancien art attique, mais déjà modifié à la surface par l’influence générale des Ioniens et, en outre, modifié de nouveau, plus profondément, par d’autres influences dites doriennes; et cette sculpture-là poursuit un
idéal de simplicité, de naturel, de vérité, qui ne redoute pas de sembler un peu nu et sévère, et, s'il porte avec lui une certaine fleur de grâce, la porte sans avoir l’air d'y penser. Nous séparerons les unes des autres et classerons en deux chapitres distincts les œuvres qui ressortissent respectivement à chacune de ces deux tendances.
Pour celles de la série attico-ionienne, la question de date est secondaire, puisqu’elles se lient sans interruption aux sculptures de la période précédente. Au contraire, il y a un grand intérêt à fixer quand commence la série attico-dorienne. Une précieuse indication à ce sujet nous est fournie par les résultats des fouilles de l’Acropole : des sculptures de ce caractère existaient déjà en 480. Elles ne sont pas très nombreuses, ce qui implique que le style représenté par elles était encore récent; mais aussi elles appartiennent à des genres divers, et les différences d’exécution autorisent à croire qu’elles ne sont ni de la même main, ni exactement contemporaines. Il serait bien arbitraire de les resserrer toutes ensemble dans les quatre ou cinq dernières années antérieures à l’invasion perse, et, si l’on ajoute qu’elles ne sont pas forcément les premières de cette espèce qui aient apparu en Attique, on admettra que l’orientation artistique nouvelle a dû se dessiner dès avant 490, peu après l’an 500. Le hasard des circonstances fait donc que cette troisième période où nous entrons commence avec le commencement même du ve siècle.