COURANT A TT ICO- DORI EN
d’Ouest, celles de l'Extrème-Ouest, bien qu'elles n’aient pas brillé au premier rang, n’ont pas été le moins personnelles et autonomes.
Mais, en tout cas, s’il y eut à Athènes une certaine complexité d’influences, il n’y eut pas conflit ; car c’est le même idéal, commun à toutes, que poursuivaient d’instinct les diverses écoles doriennes, avec une diversité de nuances plus ou moins forte : nous le reconnaissons implicitement, par les rapprochements justifiés que nous sommes conduits à faire entre la plupart des sculptures qui proviennent, les unes du Péloponnèse, les autres d’Ægine, les autres enfin delà Sicile ou de la Grande Grèce. Quelle que fût leur origine particulière, les artistes et les œuvres qui, venant de l’Ouest, arrivèrent à Athènes dans les premières années du vc siècle, apportaient aux Attiques un art non ionien, je veux dire un art non moins grecque l’ionien, mais correspondant à une autre face du génie grec, animé d’un autre esprit, recommandable par d’autres mérites*. Et cet art n’était sans doute pas nouveau, dans le sens absolu du mot, pour les sculpteurs d’Athènes; mais, jusque là, il ne les avait pas directement intéressés, tandis qu’à présent il devait les attirer, au moins quelques-uns d’entre eux, comme leur apportant le plus efficace des renforts dans leur entreprise de réaction à l’égard de l’ionisme.
L’importance de ce mouvement se laisse deviner encore par un certain nombre des peintures de vases contemporaines, dans lesquelles on perçoit un écho docile des arts supérieurs, particulièrement de la grande peinture, à jamais perdue pour nous. Des vases signés d’Euphronios, ou qui appartiennent au cycle de cet artiste, et ceux parfois d’autres céramistes, comme Douris et Hiéron, montrent dans leur décor peint des têtes qui, par le dessin des traits et le caractère de la physionomie, attestent nettement l’influence du style dorien, et qui vont même jusqu’à évoquer le souvenir direct de la plus « dorienne » entre les sculptures attiques, à savoir YÉphèbe blond de l’Acropole 1 2. Il y a là une double indication fort précieuse. D’abord, on observe que ces peintres, nommément Euphronios qui paraît être le
1. Cf., à ce sujet, quelques mots, brefs et expressifs, de M. Michaelis, Allaltische Kunst , p. 33.
2. M. Græf (Athen. Mittheil ., XV, 1890, p. 21-31) a donné un résumé précis et substantiel de cette question des intluences doriennes sur la céramique attique au début du ve siècle.
mieux entré dans le style nouveau, n’ont pas pratiqué ce style au début de leur carrière ; les vases où on le constate sont plus voisins de l’an 480 que de l’an 500' ; et, puisqu’il a dû naturellement passer par le grand art avant de descendre aux arts mineurs, ce fait confirme donc la date que nous avons déjà indiquée : c’est bien dans les toutes premières années du ve siècle que les influences doriennes ont commencé d’agir à Athènes. En second lieu, les peintures céramiques en question (avec les monuments de la grande peinture dont nous devons admettre l’existence à côté d’elles et avant elles) témoignent que ce n’est pas seulement quelques sculpteurs, par exception, qui tournèrent leur étude vers le style propre à la Grèce occidentale, mais que ce style a intéressé l'art attique tout entier : non pas que les influences doriennes aient entraîné à la fois tous les artistes, mais elles ont agi sur un plus ou moins grand nombre d’entre eux dans tous les divers domaines de l’art.
Ce que la sculpture attique y gagna me semble pouvoir être défini comme il suit. Elle dut, à partir de ce moment, s’adonner davantage qu’elle ne l’avait fait encore au travail du bronze et en même temps à la reproduction des types athlétiques, sujets préférés des sculpteurs péloponnésiens et pour lesquels le bronze était leur matière préférée. Après les savoureuses qualités de modelé que les Attiques avaient acquises des fins marbriers ioniens, ils apprenaient maintenant des bronziers dorions le mérite des contours nets, du dessin ferme, de la composition une et serrée. Pour le costume féminin, après l’agrément des draperies coquettes et capricieuses, ils en venaient à apprécier l’austère beauté et la noblesse de ce péplos qui, tout en étant le bien commun des Hellènes, avait fini par être appelé spécialement dorien, à cause de la fidélité plus grande que lui avaient gardée, au vi° siècle, les populations doriennes1 2. Pour l’expression du visage, à l’art souriant, éternellement souriant, succédait devant eux l’art qui ne sourit pas : on ne saurait douter
1. Les dates extrêmes de la carrière d’Euphronios, lesquelles importent ici. sont heureusement fixées aujourd'hui, à très peu d’années près. Voici celles que proposent les savants les plus autorisés : 500 ou un peu avant, jusqu'à 450 au plqs (Hartwig, Griech. Meisterschalen , p. 1 sqq.; Id., Mélanges Éc. franç. cle Rome , XIV, 1894, p. 282); 510 à 470 (Furtwængler, dans Berlin, phil. Wochenschrift , 1894, p. 109) ; 500 à 460 (Pottier, dans Gazette des Beaux-Arts, 1902, I, p. 34).