Cf. la grande coré « ionienne » 682 : ci-dessus, p
premières têtes attiques et de celui des têtes ioniennes 1 2 ! Il en procède cependant, mais devenu tout autre. Le sourire, dans les figures antérieures, a toujours quelque chose de raide et uniforme ; il fait partie d’avance de la physionomie ; destiné à animer le visage, il témoigne uniquement du désir qu’avait l’artiste de donner au visage cet air animé; mais il est sans rapport avec la nature, le sexe, l’attitude du personnage représenté. Il est donc indéterminé et quelconque; et, lorsqu’il diffère d’une tête à l’autre, c’est le résultat d’une pratique différente ou même d’un simple accident d’exécution : le sens n’en est pas du tout changé. Ici, au contraire, pour la première fois, il apparaît comme un instrument d’expression, docile à la main iqui s’en sert, capable de nuances à l'infini; il a désormais un caractère personnel. Or, la condition indispensable d’un tel progrès fut cette science des fins et souples modelés que les habiles marbriers de Chios et de Naxos communiquèrent à certains ateliers attiques : car il ne s’agissait plus alors de simplement plisser les joues et tendre la bouche en arc; c’est en provoquant, d’une main experte, des caresses délicates et glissantes de la lumière aux environs des ailes du nez et aux coins d’une bouche, en apparence calme et immobile, qu’on pouvait faire lever cette aube de clarté, légère et indécise, qui semble apporter du dedans au dehors la vie et le charme. — On a appliqué au sourire de cette belle coré les mots de Lucien sur la Sosandra de Calamis : xb p.stotap.a xqj.vbv -/.a: mots qui ne suffisent pas, il est vrai, à nous rendre le sourire de la Sosandra, et qui nous laissent seulement entrevoir que son sourire mystérieux était de ceux qu’on s’essaie toujours à définir, sans jamais se satisfaire. Mais le rapprochement est justifié, puisque la tête 684 de l’Acropole est la première où se rencontre 1’ « indéfinissable sourire », et qu’elle est aussi, je crois, une des premières productions de cet art attico-ionien du ve siècle, dont Calamis paraît avoir été, jusque vers 450, le plus illustre repi'ésentant.
La statue mutilée 674 [Au musée de t'Acrop., p. 279 sqq., pl. I-II) appartient à la même catégorie3. Elle aussi est demeu-
1. Pour ces deux espèces de sourire, au vi° siècle, cf., par exemple, la statue xoanisante et la coré « ionienne » 682, déjà rappelée ci-dessus.
2. Cf. Athen. Mittheil ., XI, 1886, p. 352 (Sludniczka) ; Journ. hell. stud., VIII, 1887, p. 174 (E. Gardner).
3. Pour la bibliographie, cf. Au mus. de l'Acrop ., p. 279, note 2 ; y ajouter:
COURANT ATTICO-iONIEN
rée, pour tout l’aspect extérieur, conforme au type ordinaire de la coré archaïque; et si son corps eût été retrouvé seul, sans la tête, il fût resté confondu dans la foule anonyme, n’offrant rien qui fût susceptible de retenir spécialement l’attention. Mais la tête mérite non moins de louange et le même genre de louange que celle de la précédente coré , bien qu’elle ait un caractère très différent de celle-ci. Seulement nous devons, comme tout à l’heure, faire deux parts dans les traits qu’elle nous présente : les uns déjà vus et fort connus, les autres nouveaux et pleins d’intérêt. La stéphané peinte et les pendants d’oreille en forme de petits disques peints, les boucles de cheveux qui encadrent le cou, et les frisures qui s’étagent au dessus du front sans raie médiane1, sont des détails qui rentrent dans le commun signalement des figures de la période antérieure; même, nous avons le regret de retrouver une fois encore les yeux obliques, d’une obliquité d’autant moins naturelle qu'elle n’a plus maintenant pour raison et pour excuse le relèvement des coins de la bouche. Par ce dernier trait, la statue semble vouloir nous obliger à la dater plus haut que 500. Mais l’impression qui résulte de cette survivance archaïque est compensée ou plutôt effacée par celle que cause ensuite la merveilleuse délicatesse du travail dans le bas du visage, les joues et les entours de la bouche. Par un miracle de modelé savant et discret, sans appuyer, comme en se jouant et en caressant, le ciseau a communiqué au marbre la souplesse, la fraîcheur, la moelleuse élasticité de la. chair ; et, sur ces joues virginales, aux deux coins de ces lèvres d’une ligne si nette et si juste, sur cette bouche immobile qui, elle-même, ne paraît pas sourire, il a répandu comme le reflet d’un doux sourire errant, à la fois candide et fin et imperceptiblement attristé, dont le charme est suave et pénétrant.
Ce n’est pas que l’artiste ait voulu exécuter ici un portrait, exprimer une qualité d’âme particulière2 : tout le reste de la
Bulle-Hirth, Schœne Mensch : Alterlum, pl. 31, et pl. 32, à droite ; Perrot, Ilisf. de l'art, VIII, p. 601, fi g. 302 (vue de face), pl. IV, 2 (vue de profil, en couleur), pl. XIII (la tête). — Je rappelle l’hypothèse mentionnée ci-dessus (p. 353, note 2), à savoir que le torse 674 pourrait provenir de la même figure que le fragment 609, lequel comprend le bas des jambes d'une coré et labase portant dédicace au nom d’Euthydicos.
1. Notons que ces frisures sont de la même sorte exactement et disposées de la même manière que celles de la coré précédente.
2. J’ai examiné cette question ailleurs, en détail: cf. Au mus. de l'Acrop., p. 286 sqq.
tête témoigne assez que nous avons devant nous simplement une répétition du type général de la coré et non la représentation d’une personne déterminée. Mais cet artiste a fait, par calcul ou d’instinct, la même découverte que l’auteur de la statue 684 : il s’est aperçu que le sourire, le vrai sourire révélateur de l’âme, sorte d’éclairement intérieur du visage, est affaire de modelé, parce qu’il dépend bien moins de l’arc delà bouche que des nuancements de la surface autour delà bouche '. Et il a concentré sur ce point tout son effort et toute sa science ; des divers détails du costume et de la coiffure, où ses prédécesseurs ioniens prenaient tant de peine, il a fait bon marché, se préoccupant davantage de parer sa coré d’un charme de vie qui fût nouveau et bien à elle. Je croirais volontiers, d’ailleurs, que, lorsqu’il commença le travail de ce délicat modelé, il n’en voyait pas clairement d’avance le résultat, c’est à dire qu’il n’était pas sûr de la nuance particulière à laquelle il atteindrait ; mais ce qu’il savait du moins, c’est que de ce modelé résulterait un sourire vraiment expressif, autre que le raide sourire monotone des bouches en arc. — Si maintenant on compare ensemble la tête de cette coré 674 et la tête 684, en constatant qu’elles ne le cèdent pas l’une à l’autre pour la délicatesse et le fini de l’exécution, que le modelé est d’une égale beauté dans les deux, et que cependant l’air de physionomie issu de ce modelé est si différent, on reconnaîtra tout de suite quelle heureuse variété comportait cet instrument d’expression , conquête nouvelle de l’art, et on en pressentira aisément la valeur pour le développement de la sculpture.
Voici une troisième tête ( Au musée de l'Acrop ., p. 363, fig. 35), la grande tête à polos-, qui nous apporte témoignage encore de ce remarquable progrès. Par la structure générale, notamment par la forme du front et la largeur carrée du men-
1. On fera plus tard, pour l’œil, une découverte analogue. M. Con ?e (Berlin. Sitzungsb., 1892, p. 50-53) me parait avoir placé trop tôt ce progrès en ce qui concerne l’œil, lorsqu’il le date de 500 environ. Ce que l’on constate vers 500, c’est les premiers indices que l 'ex ophtalmie archaïque va finir (cf. ci-dessus, p. 356-357) ; mais si, dès lors, on ne s’acharne plus à rendre l’aspect brillant et vivant de l’œil, en tirant à l'excès le globe en dehors, et si on accorde sa juste importance au dessin des paupières et des sourcils, cependant on n’en est pas encore à chercher, dans le modelé des entours de l’œil, un moyen d’expression.
2. Pour la bibliographie, cf. Au mus. de l'Acrop., p. 356, note 2 ; y ajouter: Perrot, Hist. de l'art, VIII, p. 629, fig. 320. — Quant à l’appellation dont je me sers pour ce marbre, cf. ci-dessus, p. 200, note 3.
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ton, elle rappelle la statue d’Anténor et la coré 671 1 2 ; elle est de cette forte lignée attique, qui a maintenu certains de ses caractères essentiels envers et contre la marée montante de Tionisme. Aussi l’arrangement simple des cheveux sur le front nous parait-il tout naturel ici; car le goût de simplicité, qui perce un peu partout dans les marbres postérieurs à 500, devait de préférence se manifester dans les œuvres de cette lignée. D’autre part, il est évident que le dessin des yeux aux paupières lisses, au globe en bourrelet, est toujours selon le modèle archaïque. L’originalité du visage consiste en l’absence complète du sourire ; les yeux droits et la bouche calme n’en offrent pas trace; l’expression est autant éloignée du léger reflet, heureux ou mélancolique, qui anime les faces des deux corés précédentes, que de l’apparence boudeuse qu’on trouve à la coré d’Euthydicos. C’est une autre expression, une autre sorte de vie. Nous n’avons pas devant nous l’ordinaire coré , mais bien une déesse, probablement Aphrodite, en raison du polos qui couvre la tête. L’auteur a cherché visiblement à donner à sa figure un caractère divin, c’est à dire idéal; sans rien changer du reste au type traditionnel de son école, mais en usant avec une habile sobriété des ressources du modelé, il a communiqué aux traits de la face quelque chose de détendu, d’apaisé, un commencement de tranquillité sereine, par où s’exprime en effet une âme supérieure à celle des simples corés -. Avec un dessin des yeux moins archaïque, la réussite serait déjà presque complète. Et je ne crois pas que la sculpture attique ait pu, avant 480, s’avancer beaucoup au delà du point où nous la voyons arrivée, dans cette tête et dans les deux précédentes, pour l’art de varier délicatement, grâce au modelé, le caractère d’une physionomie.
La tête manque aux deux statues qui vont suivre, et la sauvagerie de la destruction leur a fait perdre aussi mainte partie du corps. Mieux conservées, elles compteraient sans doute entre les plus belles productions de cette période. La première (fig . 31) est une Niké 3, coupée en deux tronçons que