Cf. Furtwængler, op. I., p
4. Il y a là un argument positif contre la date 490-4S0, proposée par M. Furtwængler pour l’original du marbre de Munich, si cet original était bien une œuvre attique, exécutée pour Athènes.
5. 11 ne s'agirait d’ailleurs pas d’un portrait de Miltiade, au sens strict de ce mot. L’art de cette époque ignore encore le portrait, en tant qu’étude attentive des traits individuels et du caractère personnel. La statue d’un stratège vers 490 n’était qu’une image généralisée d’un homme d’àge mûr (barbe longue), coiffé du casque, insigne de sa fonction. Ce n'était pas une image idéalisée , c’est à dire élevée de parti pris au dessus du réel; mais ce n était pas non plus une image individualisée, c’est à dire ne pouvant convenir qu’à
Une autre tête d’homme barbu, de grandeur naturelle, provenant de Rome et conservée au Louvre1, me semble devoir rentrer dans la série que nous constituons ici. Ce marbre est bien attique, comme l’a vu M. S. Reinach, et peu éloigné de 480; mais il doit être antérieur plutôt que postérieur à cette date2. La forme de la barbe est toute pareille à celle de la tête en bronze de l’Acropole. La paupière supérieure, encore plate et remontée seulement à demi, puis la bouche, légèrement arquée et éclairée d’un vague sourire, se sentent toujours de l’archaïsme ionien. Et l’on remarquera principalement le dessin des boucles de cheveux autour du front : ce sont des frisures régulières et compassées à l’ancienne mode, de purs ornements, une suite de flots, ou plutôt deux suites de flots disposées en sens inverse, chacune partant de l’oreille et aboutissant au milieu du front, où les deux flots extrêmes, sans se toucher, se tournent le dos. On comprendra la signification de ce détail, si on considère la tête d ' Harmodios, du groupe des Tyrannoctones 3, où les boucles de cheveux, tout en restant un peu factices, chacune en soi, se rapprochent du moins davantage de la vérité, en ce qu’elles existent indépendamment les unes des autres et ne servent plus à former un ensemble régulier, à parties symétriques, et purement ornemental.
Un petit torse d’homme ( flg . 34), en marbre, conservé au musée de l’Acropole4, porte des traces de fumée çà et là,
tel individu, à l'exclusion de tout autre : l'artiste ne faisait sans doute pas abstraction complète des traits propres à son modèle; mais ces traits, au lieu de les suivre de près et de leur laisser leur air particulier et personnel, on peut dire qu'il les généralisait et les impersonnalisait , parce que te) lui semblait être le devoir de l’art. La bouche légèrement déviée, dans le marbre de Munich, est un premier trait de ressemblance réelle, se glissant dans l image généralisée.
1. Calai, des marbres , 2714; cf. S. Reinach, Têtes antiques , pl. 18. — Toute la moitié postérieure de la tête, qui était faite d’un autre morceau, n'existe plus ; le nez est restauré. La chevelure est ceinte, au dessus des frisures du front, d’un cercle adhérent, de forme arrondie.
2. Ma première impression, que j’avais dite d'un mot en passant (cf. Rev. crit., 1903, II, p. 86), était que cette tête devait être voisine des Tyrannoctones et qu’on se figurerait volontiers sur ce modèle la tête perdue d'Aristogeiton. Un examen plus attentif m’a fait changer d avis.
3. N ous parlerons de ce groupe et de la date qu'il convient de lui attribuer (477/476) dans un des chapitres suivants.
4. N° 143. Cf. Brunn-Bruckmann's Denkmæler , 346, à droite (notice et bibliographie parM. Àrndt). — Notre fig. 34 est la reproduction réduite d’une excellente épreuve, que m’a communiquée la maison Bruckmann, de Munich, avec une complaisance dont je la remercie beaucoup.
COURANT ATTICO-IONIEN
témoignant qu’il a vu de près les incendies allumés par les
Fig. 34. — Torse d’homme, fragment d’un groupe (Acropole).
Perses, et qu'il n’est donc pas postérieur à 480. Ce personnage
représenté nu, debout, avec des proportions très réduites1, provient d’un groupe; à son épaule gauche adhère encore une main droite, celle d’un second personnage; et il s’agit probablement de deux combattants2. Or, voilà le premier groupe en ronde bosse que nous rencontrions dans la sculpture attique3, et il est singulièrement fâcheux que nous ne puissions pas en juger la composition et assister, par lui, aux débuts de ce genre nouveau. Car, sans considérer comme certain ni même comme probable que ce groupe ait été le premier, au sens absolu du mot, il fut certainement un des plus anciens : ce qui en subsiste nous laisse voir que l’auteur était encore malhabile à établir une juste liaison entre les éléments d’un groupe, et qu’il les traitait en quelque sorte indépendamment les uns des autres. Ainsi le personnage conservé, malgré qu'il soit engagé dans une action violente, la main gauche saisissant l’adversaire (probablement à la gorge) et le bras droit levé pour frapper, a le corps presque immobile, sans flexion apparente ni en avant ni de côté, et il est toujours, au moins pour le torse, dans l’attitude frontale ; on remarquera aussi combien la main droite du deuxième personnage disparu est placidement posée, au lieu qu’elle devrait, semble-t-il, se crisper sur l’épaule de l’adversaire et entrer dans sa chair.
Mais, le groupe n’existant plus pour nous, et le torse qui en provient n’ayant plus que la valeur d’un morceau isolé, il ne laisse pas de nous fournir un document d’un vif intérêt. La forme mince, maigre et plate du corps frappe au premier regard. Visiblement, l’artiste s’est préoccupé avant tout de rendre avec une justesse serrée et une concision étudiée l’anatomie de la figure humaine; il n’est pas attiré, comme, par exemple, l’auteur du fronton de la Gigantomachie , par les chairs pleines et fortes, élastiques et douces, qui prêtent à un modelé savoureux ; une structure nette et sèche lui agrée davantage qu’elle n’agréait aux Ioniens et à leurs anciens imi-