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bois de l’époque antérieure. Pendant la période du bois, les procédés de l’art se transmirent de génération en génération avec une fidélité d’autant plus machinale que l'art tenait encore exclusivement dans le métier; les ouvriers statuaires ne se distinguaient pas du commun des ouvriers : ils apprenaient de leurs maîtres, qui souvent étaient leurs propres pères, les recettes à appliquer; ils les appliquaient, et à leur tour ils les enseignaient à de nouveaux élèves, qui souvent étaient leurs propres fils'. Ainsi se forma une technique routinière, très solidement implantée, parce que la routine datait de loin.
Représentons-nous donc ce qui se passa dans l’un de ces anciens ateliers, le jour où, pour la première fois-, un bloc de pierre y entra, destiné à en sortir bas-relief ou statue. La pierre appelle, théoriquement, un autre travail que le bois; les outils à employer ne sont plus les mêmes, et la façon de les employer est différente. Si, au moment que nous supposons, un étranger expert en l’art de tailler la pierre fût survenu en Attique au milieu des imagiers voués jusqu’alors au bois, et qu’il eût communiqué ses outils et ses procédés, c’eût été une brusque révolution dans les ateliers indigènes, et un progrès considérable eût été accompli d’un seul coup. Mais l’étranger ne survint pas; ces ateliers restèrent livrés à eux-mêmes, agités à une certaine époque d’un obscur désir de mieux. Voyons à quelles conditions ils le réalisèrent. C’aurait été, de la part d’un sculpteur d’alors, une prétention folle, si, voulant s’attaquer à la pierre, il se fût attaqué à n’importe quelle pierre, sans discernement. Les outils qu’il avait à son service lui faisaient une nécessité de choisir une pierre tendre; la plus tendre devait être pour lui la meilleure, de quelques défauts qu’elle payât, du reste, cette qualité indispensable. Car ses outils (point essentiel à noter) demeuraient provisoirement les mêmes. Comment aurait-il pu en inventer d’autres, du jour au lendemain, et se créer sur l’heure une nouvelle technique? Il était esclave des habitudes traditionnelles de son atelier, deve-
1. Il est tout naturel que, dans les sociétés primitives, les « secrets» de l'art passent de père en fils, comme les « secrets » des autres métiers. Les témoignages anciens nous avertissent en effet qu’il en a été ainsi.
2. Je rappelle ce que j'ai dit plus haut (p. 1-2), à savoir qu’on a pu et dû tailler la pierre de bonne heure, concurremment au bois, mais que les xoana en pierre ne furent que de rares exceptions ; et ainsi la plupart des ateliers devaient être’voués exclusivement au travail du bois.
nues ses habitudes propres. Non seulement il gardait les mômes outils, mais aussi la même manière de s’en servir, parce que, comme il eût pu dire en son langage d’ouvrier, « la main ne se refait pas ». Et sa main était faite à travailler le bois. Du reste, tout en se risquant à employer la pierre pour certaines œuvres, il continuait sans nul doute à en exécuter d’autres en bois1. Il devait donc traiter la matière nouvelle, dans les commencements, de la même façon que l’ancienne. Le résultat de son premier effort dut être une œuvre découpée dans la pierre tout comme elle l’eût été dans le bois, mais plus médiocrement peut-être, à cause des difficultés nouvelles qu’opposait le calcaire, si tendre qu’il fût. L’œuvre pouvait paraître un peu inférieure aux sculptures en bois qui l'avaient précédée ; seulement, elle était en pierre : en cela consistait le progrès.
La courte et simple déduction qui précède eût peut-être semblé hasardeuse il y a une trentaine d’années, lorsqu’on ne connaissait de la sculpture attique, avant les quelques monuments en marbre du vie siècle, que les xoana mentionnés par Pausanias. Cette découverte, parle calcul, d’une période ignorée de l’art et cette supputation de ses caractères essentiels, si quelqu’un s’en était avisé, eussent couru le risque d’être traitées comme des hypothèses en l’air; personne, d’ailleurs, ne s'en avisa ou du moins ne s’exprima là dessus en termes formels. Aujourd’hui, ce raisonnement s’impose à quiconque examine de près les plus anciennes sculptures en calcaire, et, entre toutes, le fronton de l’Hydre. Non pas qu’on puisse affirmer que ce fronton soit le premier absolument des monuments en pierre tendre ; rien n’autoriserait une affirmation aussi précise; mais, qu’il en soit un des premiers, on n’en saurait douter2. Il en témoigne lui -même hautement par la nature de la matière employée et de la mise en œuvre.
La matière est un calcaire très tendre, très friable, percé de trous, semé de coquilles. Si l’artiste a fermé les yeux à