Le visage aussi est d'un travail un peu hâtif et négligé
2. L'air gracieux, un peu frêle et féminin, que l'on prêtait à Thésée et que les peintres de vases ont souvent reproduit (voire en l'exagérant: cf. la coupe d’Euphronios, Thésée devant Amphitrite, dans Pottier, Allas des vases du Louvre , 11, pl. 102), a donné lieu à un Irait de sa légende qui s’accorde à merveille avec les représentations plastiques de ce type. Thésée arrive à Athènes, venant deTrézène; il a occis quelques brigands en route, il est déjà un vrai héros; mais il est encore inconnu, tout jeune, sans un poil au menton, ses longs cheveux flottant sur ses épaules. 11 passe près d’une maison en construction, devant laquelle était arrêtée une charrue attelée de deux bœufs. Et les maçons, voyant passer ce jeune étranger et lui trouvant l’air un peu « demoiselle », lui crient par moquerie : « lié là! mademoiselle, depuis quand une fille bien élevée court-elle la campagne et les rues toute seule? » Thésée
COURANT ATTICO-IONIEN
beauté, de sa cape flottante, de ses longues boucles qui lui caressent les joues et les épaules, et de cette naturelle couronne fleurie que lui mettent autour du front ses frisures coquettes.
L’opposition entre le type d’Héraclès et celui de Thésée, dans les métopes de Delphes, correspond très justement à la différence que les Athéniens entendaient établir entre leur héros national et le grand héros dorien. Car on sait que la légende de Thésée ne vaut point par la nouveauté et l’originalité des aventures, lesquelles ne sont guère qu’une simple répétition de celles d’Héraclès ; son intérêt principal est dans la personne seule de Thésée, création du génie athénien, miroir de l’âme athénienne, préparé et poli par elle-même, pour s’y mirer ellemême1. Or, c’est au début du ve siècle, particulièrement après Marathon -, que l’histoire héroïque de Thésée commença à se cristalliser sous sa forme définitive : peut-être les sculpteurs du Trésor élevé à Delphes furent-ils les premiers qui eurent à figurer dans le marbre le héros nouvellement adopté par la faveur populaire3 ; et il était juste que cette figure si purement attique reflétât le plus pur et le plus fin atticisme. — A ce point de vue, la métope la plus caractéristique me paraît être celle qui montre debout l’un en face de l’autre Athéna et Thésée , la déesse athénienne et le héros athénien4. Thésée a là, mieux que jamais, l’air d’un prince Charmant; son fin chitôn court ondule à petites rides; une ceinture amincit sa taille ; sa cape légère, agrafée aux épaules et un peu écartée par le mouvement des bras, l’enveloppe de plis gracieux et nobles. Mais l'élégance chez lui ne dégénère pas en mollesse; son corps souple est plein de force ; son pied aux contours délicats pose fermement sur le sol, et son bras droit à demi
répond comme il convient à un héros, non par des mots, mais par un acte : il dételle les bœufs près desquels il passait, prend la charrue d une main et la lance par dessus les murs. D’où les maçons comprirent que ces mains, qu’ils croyaient bonnes tout au plus à tenir la quenouille et filer la laine, pourraient leur donner d’autre (il à retordre, s’ils ne cessaient leurs gouailleries. Cf. Pottier, Pourquoi Thésée fui l'ami d' Hercule , p. 17 (Lecture faite à la séance publique annuelle des cinq Académies, 25 octobre 1900).