‹ La sculpture attique avant PhidiasChapitre 259 sur 312 · Beulé, L'Acrop. d'Athènes , 1, p · texte numérisé non relu

Beulé, L'Acrop. d'Athènes , 1, p

COlNSÉQUEïNCES de l’invasion perse

première moitié du ve siècle des idées et une tâche qui appartiennent presque totalement à la seconde moitié du siècle L En conséquence, on a imaginé qu’Athènes offrit le spectacle, aussitôt après Platées, d'une intense activité artistique ; qu’elle vit surgir chez elle, comme on l’a dit en propres termes, « partout des temples, des portiques, des statues » ; qu’elle donna immédiatement, et cinquante ans durant, abondance de travail aux artistes, non pas seulement aux artistes athéniens, mais à tous les artistes de la Grèce entière; enfin, pour enrichir encore ce tableau admirable, on a supposé que l’art attique, transformé miraculeusement par les victoires nationales, avait été, du jour au lendemain, pénétré et illuminé d’un esprit nouveau, et tout de suite avait dominé le monde grec par une supériorité, insoupçonnée la veille et désormais incontestée 1 2.

Quelle distance entre ces imaginations et la réalité ! Pour se préserver de telles erreurs, il suffit cependant de considérer exactement les divers faits, d’ordre historique ou archéologique, qui nous sont aujourd’hui connus, et de n’oublier pas cette notion élémentaire : que les pierres, quand c’est les pierres d’un édifice, coûtent de l’argent, et que les murs, depuis que le charmeur Amphion a quitté ce monde, ne se construisent plus eux-mêmes, docilement, aux seuls sons de la Ivre. — Redisons d’abord qu'en 479 le sol attique était dévasté, et une ruine de ce genre ne se répare que lentement: l’Attique, avec son territoire dépouillé, sa capitale et ses villages incendiés et rasés, était donc notablement appauvrie. D’autre part, la guerre contre les Perses n’était pas finie : pendant près de trente ans encore, il faudra pourvoir sans arrêt aux constructions et réparations des navires 3, à la nourriture et à la solde des équipages. Les dépenses militaires, qu’on ne peut ni éviter ni restreindre, absorbent les ressources

1 . Cf. Beulé, op. Z., p. 29-33 ; et, tout récemment, E. Gardner, Ancient Athens , p. 208 sqq.

2. Cf. André Joubin, La sculpt. grecque entre les guerres médiques et l'époque de Pe’riclès. — Je cite ici ce livre en bloc et n’y reviendrai plus, ayant dit ailleurs [Rev. critique , 1902, I, p. 121-133) ce que j’estimais juste qu'il en fût dit.

3. Diodore (XI, 43, 3) mentionne un décret athénien rendu en 417 pour la construction de 20 trières chaque année. — Curtius (Hist. gr ., trad. Bouché- Leclercq. Il, p. 261, note 1) voulait faire remonter ce décret à 487 ; mais il se comprend au moins aussi bien en 477, et M. Busolt ( Griech . Gesch.’2, II!, p. 53) le maintient à cette date.

delà cité; et, si impatient qu’on soit de reconstruire en plus grand et en plus beau les édifices religieux détruits, quelque ambition qu’on ait de donner à la ville une brillante parure de monuments, ces dépenses de luxe, qui peuvent attendre, sont en effet ajournées parce qu’on ne saurait les soutenir. La question d’argent prime tout ; aussi longtemps que la guerre réclamera l’argent de l’État, l’État ne devra presque rien commander aux architectes ni aux sculpteurs : voilà, en gros, le fait économique qui pèse sur l’histoire de l'art à Athènes, de 480 à 450. Il mérite qu’on le considère avec attention et qu’on l’étaye des preuves les plus fortes, de manière à le rendre incontestable à tous les yeux : car il compte pour beaucoup dans les causes de l’éclat incomparable qu’a jeté l’art attique après 450.

Sans entrer dans le détail 'des événements qui suivirent la victoire de Platées, il suffira de rappeler qu’ Athènes, au bout de peu d’années, se trouva à la tête d’une Ligue qui comprenait la plupart des lies de la mer Ægée et des cités ioniennes et æoliennes de l’Asie Mineure et de la Grèce du Nord '. Par son ardeur à continuer une lutte que les Spartiates jugeaient terminée dès lors qu’elle avait cessé d’avoir pour théâtre le continent européen, par la vaillance heureuse de sa flotte et par l’habileté politique d’Aristide et de Kimon, Athènes était apparue aux Ioniens, toujours menacés de la vengeance perse, comme la plus capable de diriger leur résistance et de leur procurer le salut. Elle avait l’hégémonie de cette grande Confédération maritime, la première que la Grèce eût connue, dont le siège nominal était le sanctuaire ionien de Délos. C’est à Délos qu’étaient centralisées les contributions annuelles versées par les villes confédérées ; mais les Hellénotames, administrateurs de cette caisse remise en garde au dieu de Délos, étaient des Athéniens. Et le rôle actif d’Athènes ne cessa de grandir, sa puissance de s’affermir, « par le fait, a dit justement Curtius1 2, des villes confédérées elles-mêmes ». En effet, beaucoup de celles-ci, qui avaient d’abord fourni leur contingent en navires et en hommes, ne tardèrent pas à envier le sort des plus petites villes, à qui on ne demandait que de payer une taxe annuelle ; elles rachetèrent leur contribution en nature par un

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